☰ Menu eFinancialCareers

Les professionnels du courtage en actions menacés de disparaître en Belgique ?

Le brokerage est-il mort ? Tel était le titre un peu provocateur de la première conférence métier organisée ce mois dernier à la Bourse de Bruxelles par le Belgian Finance Club autour de l’avenir de l’intermédiation et du courtage en actions en Belgique et en Europe.

Devant un parterre de 120 professionnels de la finance réunis pour l’occasion, François Jurd de Girancourt, directeur de projets au sein du pôle Institutions financières de McKinsey France, a rappelé qu’il existait à la fois des acteurs mondiaux (Deutsche Bank, Morgan Stanley, Barclays, CA Cheuvreux, etc.) et des acteurs régionaux (Petercam, Banque Degroof, KeyTrade Bank, etc.). Ces derniers ont perdu des parts de marché ces dernières années, passant de 26 % en 2005 à 18 % en 2010, au profit des acteurs globaux, qui eux sont passés de 45 % à 68 % de parts de marché sur la même période.

Et pour cause : les big players ont augmenté leurs volumes, réduit leurs coûts de trading, lancé des plates-formes de trading multi-actifs et investi dans de nouvelles générations d’algorithmes. Parmi les 10 plus gros traders sur Euronext Bruxelles, il n’y a aujourd’hui qu’un seul acteur belge : Citadel Securities , constate François Jurd de Girancourt.

Les difficultés ne datent pas d’hier

Depuis dix ans, l’activité de Brokerage en Belgique a dû faire face à un effondrement de son activité et de sa rentabilité sous l’effet d’un effritement graduel mais systématique de l’actif géré localement (performances boursières misérables et concentration des institutionnels vers Londres, Francfort et Paris), d’une transparence montante grâce à Internet qui a rendu l’information disponible pour tous , rappelle Thierry Beauvois, président du Belgian Finance Club.

La propriété intellectuelle qu’est la recherche en analyse financière est – on ne peut le nier – bafouée. Chacun a accès à tout gratuitement. Des sociétés de marketing proposent aux sociétés (belges) cotées de les introduire auprès d’institutionnels à travers l’Europe. Plutôt que de payer une commission à chaque transaction, des gestionnaires préfèrent payer un montant fixe annuel pour accéder à la recherche, une évolution déflationniste. Bref, une spirale négative est enclenchée. Bruxelles n’est plus, de facto, une ville où les “global brokers” s’arrêtent lors d’opérations au marché primaire , poursuit Thierry Beauvois.

En Europe, le cash equity market a souffert avec des revenus en baisse de 61 % en 2010 comparé à 2007, générant par la même occasion une baisse des commissions de courtage (45 % en moyenne en Europe). Les équipes dédiées au brokerage dans les banques ont été ajustées en fonction de la baisse de ces volumes , nous confie sans détours Philippe Guillot, responsable trading chez Crédit Agricole Cheuvreux.

Rester optimiste

Si le brokerage et la promotion de sociétés cotées en bourse auprès de clients institutionnels ne sont probablement pas les métiers bancaires les plus populaires, ni les plus porteurs, les professionnels se refusent de tomber dans la sinistrose. L’investisseur privé part vite de la Bourse, mais il y revient vite , plaisante Thierry Ternier, CEO de Keytrade Bank. Le cash equity a été moins impacté par les nouvelles régulations que la plupart des marchés de capitaux , fait remarquer pour sa part François Jurd de Girancourt. Et même si, comme l’évoque Damien Crispiels, Head of sales chez Bank Degroof, des tensions régulatoires pèsent aujourd’hui sur le secteur, la Belgique reste à ce jour l’un des rares pays où, en règle générale, il n’a pas de taxation des plus-values boursières.

Les participants s’accordent également à dire que l’activité courtage en actions n’est pas prêt de disparaître au sein des banques. Sans brokerage, difficile de proposer d’autres services comme la recherche , explique Sébastien Füki de chez KBC Securities, qui insiste sur la nécessité d’intégrer le brokerage dans un pôle plus large si nécessaire. Les acteurs locaux doivent se diversifier comme l’a fait Petercam en Belgique , note François Jurd de Girancourt. Et en attendant que la situation s’améliore, les brokers peuvent toujours se recycler dans ces activités connexes (research, banking, asset management) qui ont justement besoin de leurs compétences !

commentaires (0)

Comments

Votre commentaire est en attente de modération. Il apparaîtra sur le site une fois validé

Réagissez

Pseudo

Adresse e-mail

Consultez notre règlement concernant notre communauté ici