L'INVITÉ : Comment ça fait d'être un survivant ?

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Pardonnez-moi pour mon optimisme. L'an dernier, les banques ont licencié 20 à 30 % de leurs effectifs. Cette année, nombreux sont ceux qui les ont rejoints, victimes d'une autre vague de licenciements. Et moi je suis toujours là. Alors comment je le ressens ?

Mon principal sentiment est un mélange d'humilité et de soulagement prudent, et je ne pense pas que je sois le seul dans ce cas. Quiconque a vu un voisin de bureau partir ou ses propres collègues de travail se faire virer ne peut pas ne pas ressentir une certaine sensation de chance à l'idée d'être encore ici.

Avec des institutions entières comme Lehman qui disparaissent, ce n'est plus seulement une question de personnes capables ou incapables, mais une loterie puisque tout dépend de la banque dans laquelle vous travaillez. Même les plus arrogants et autosuffisants ont appris à douter.

Personnellement, je trouve toujours triste que quelqu'un qui est en fin de carrière doive s'en aller. Cela concerne surtout ceux qui ont travaillé dans la même institution depuis des années et font partie des meubles . Contrairement aux idées reçues, beaucoup ont encore besoin de travailler : ils ont une famille à soutenir et à des prêts immobiliers à rembourser.

J'ai moins de sympathie pour les plus jeunes. C'est difficile pour eux, bien sûr, mais ils n'en sont qu'au début de leur carrière. Et vous savez quoi ? Ce n'est probablement pas une mauvaise chose pour certains d'entre eux de se faire un peu bousculer.

Entre nous autres survivants, l'ambiance demeure tendue. Malgré un bon début d'année, l'avis général est que d'autres séries de licenciements sont à prévoir. Il n'y a pas de véritable signe de reprise pour le moment et peu nombreux sont ceux qui voient la fin du tunnel avant 2010.

Cette crise a jeté un joker dans le paquet de carte : le gouvernement. Pour les institutions qui ont accepté l'argent du gouvernement - ou l'argent du contribuable si vous préférez -, l'avenir demeure très incertain. Les gouvernements eux-mêmes ne semblent pas savoir ce qu'ils vont faire.

En tant que survivant, je privilégie donc une vision à long terme, l'embellie n'étant pas prévue de sitôt.

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