INTERVIEW : J'ai passé chez Goldman Sachs les pires années de ma vie

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Nous avons accordé une (longue) interview à Bethany McLean, ancienne analyste chez Goldman Sachs et coauteur du livre All The Devils Are Here : The Hidden History of the Financial Crisis, où elle explique que ses années chez Goldman ont été les pires de sa vie et ont eu pour effet de changer la couleur de ses cheveux. Entre autres choses, nous lui avons demandé pourquoi...

1) Combien de temps avez-vous travaillé chez Goldman ?

Trois ans.

2) Qu'y faisiez-vous ?

J'ai été analyste (Goldman et d'autres banques d'investissement embauchent directement des personnes à la sortie de l'université, plus connu sous le nom d'analyst program) dans le département fusions acquisitions pendant deux ans, avant de travailler la troisième année pour Whitehall, le principal fonds d'investissement immobilier géré par Goldman Sachs.

3) Vous avez décrit votre temps passé là comme les pires années de votre vie. Cela n'est pas très engageant. Pourquoi était-ce ainsi ?

La citation, bien que précise, est un peu réductrice sortie de son contexte ! J'ai également dit que j'avais été très heureuse et ce fut le cas. Le passage chez Goldman a été difficile pour moi car ce n'était pas une culture chaleureuse et conciliante, et cela m'a forcé à devenir mature.

Non seulement vous devez apprendre la finance, mais aussi vous débrouiller à résoudre des problèmes dont vous ignorez tout, comment parler et vous présenter de manière professionnelle, comment faire face à l'intimidation et comment être précis, le tout sous la pression d'un manque de temps et de sommeil et dans une culture impitoyable.

Je suis vraiment reconnaissant à Goldman de m'avoir appris toutes ces choses quand j'étais encore très jeune. Leurs leçons m'ont été extrêmement précieuses. Je ne voudrais pas revivre ces années, et j'ai été bien malheureuse, mais je blâme ma misère, quand j'étais au firmament de ma propre immaturité.

4) Comment décririez-vous la culture de Goldman quand vous y étiez ?

Dure. Je me souviens que quelqu'un m'a dit que ce n'était pas acceptable d'être bronzé en été parce que cela signifiait que vous ne travailliez pas assez. En tant qu'analyste, vous vous sentez coupable et inadapté si vos semaines de travail n'excèdent pas les 100 heures. Il n'y avait pas beaucoup de tolérance en matière d'erreurs ou de présentation personnelle qui ne rentrait pas dans un moule très étroitement défini.

5) Qu'est-ce qui vous a fait entrer dans la banque ?

J'étais diplômée en maths et en anglais, et je ne savais pas quoi faire d'autre ! Plus sérieusement, mes parents m'avaient fait comprendre qu'après l'université, je devrais subvenir à mes besoins à 100% (et tant mieux pour eux). Je n'avais aucune idée de ce qu'était la banque d'investissement, mais elle m'a semblé être un moyen d'utiliser mes compétences en mathématiques dans le monde réel.

6) D'après votre expérience, quel profil est le mieux adapté pour une carrière en M&A ?

Je suis probablement mal placée pour y répondre. Le monde a tellement changé au cours des vingt dernières années qui se sont écoulées depuis que j'ai travaillé chez GS. Je présume qu'aujourd'hui, il y a plus de place pour la diversité...

7) Si vous quittiez l'université aujourd'hui, quel métier choisiriez-vous ?

Journaliste ! J'ai d'ailleurs fini par faire le métier que j'avais envie de faire, et j'en suis très reconnaissante parce qu'il y a une bonne dose de chance.

Mais je ne renie pas mon passé. Travailler chez Goldman pendant ces trois années a été une expérience inestimable, et a fait de moi une bien meilleure journaliste. Si comme moi vous êtes diplômé de l'université, tout à fait inexpérimenté et naïf sur le monde et incertain quant à ce que vous voulez faire plus tard, il y a bien pire que de se retrouver analyste en banque d'investissement. Ce ne seront pas des années perdues, quoique vous fassiez par la suite.

8) Quels conseils donneriez-vous à un junior travaillant en banque d'investissement qui est assommé par sa charge de travail ?

Passer outre. Sérieusement, vous avez beaucoup à perdre, non seulement en termes de rémunération, mais aussi en termes de capacités pour vous recycler.

Je pense aussi que dans la finance, les juniors comme les seniors tendent à exagérer quelque peu la pénibilité de leur travail. Je travaille autant d'heures en tant que journaliste que lorsque j'étais en banque d'investissement (même s'il est vrai que je choisis mes horaires de travail).

Mais beaucoup de gens dans notre société travaillent aussi dur que les banquiers pour un salaire nettement moins élevé. J'invite ces juniors à discuter avec leurs amis qui font des études pour devenir chirurgiens combien ils travaillent dur, et ils découvriront qu'à travail équivalent, ces derniers sont payés des cacahuètes !

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