Banque par banque, voici où les prochains recrutements et licenciements auront lieu...

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Bank hiring third quarter

Les licenciements ont commencé. Berenberg a soudainement mis un terme à ses projets d'expansion et réduit de 20% son personnel londonien, tout comme l'a fait BNP Paribas avant elle. D'autres suivront presque certainement. Alors, qui survivra jusqu'en 2019 ? Et qui aura le plus de chance d'être recruté dans les grandes banques d'investissement d'ici la fin de l'année ? Voici l'état des lieux en ce début novembre au vu de la publication des résultats du troisième trimestre 2018....

Bank of America

En quête de banquiers seniors : pour le moment, Bank of America n’a qu'une chose en tête : les top investment bankers. Le Financial Times a indiqué hier que BofA prévoyait d'embaucher «jusqu'à 50» managing directors (MDs) ainsi que du personnel de niveau intermédiaire nécessaire pour les fonctions support.

BofA va devoir agir : ses revenus dans les M&A ont chuté de 33% d'une année sur l'autre au troisième trimestre. Cependant, BofA a déjà renforcé son activité M&A : suite au départ de 28 managing directors, un porte-parole a déclaré le mois dernier au Wall Street Journal qu’il en avait déjà engagé 49 autres pour les remplacer. Il s’agit d’un rafraîchissement complet des activités de banque d’investissement. Lors de la conférence téléphonique aux investisseurs relative au troisième trimestre, le directeur financier de BofA, Paul Donofrio, a déclaré que la banque d'investissement devait "recentrer" son objectif et "redynamiser" ses équipes.

Le bureau de BofA à Londres est affecté par l’ouverture du nouveau bureau parisien au début de l’année prochaine. Plusieurs banquiers seniors ont déjà été transférés et d’autres suivront probablement. En vue compenser le coût de son déménagement en France, il est à craindre que BofA réduise ses dépenses (et ses coûts) à Londres.

Barclays

Cap sur le trading électronique : comme nous l'avions annoncé la semaine dernière, Barclays tenterait d'urgence de pourvoir les postes vacants sur son desk taux londonien avant la fin de l'année. Cependant, il ne s'agit que d'une goutte d'eau dans la frénésie de recrutements de la banque qui, encore une fois, est le plus gros recruteur de l’année.

Entre janvier et septembre 2018, Barclays a annoncé avoir effectué 275 recrutements externes dans ses activités de marché dans la foulée des nombreuses embauches de l'année précédente. Depuis le début 2017, Barclays a recruté 50 managing directors dans ses activités de marché et 33 dans ses activités de banque (M&A, ECM et DCM). Elle a également investi dans la technologie et dans la data science, de même que dans la recherche actions.

Et pour la suite ? Barclays se concentre désormais sur le trading électronique et la digitalisation. Jes Staley a déclaré au cours de la conférence téléphonique relative au troisième trimestre que Barclays avait commencé à investir dans un programme de restructuration de son activité de trading électronique à la mi-2016. Après avoir mis à niveau le trading taux, il a déclaré que la banque avait multiplié par dix le nombre de ses transactions électroniques et qu’elle venait de déployer un nouveau programme de trading électronique pour les actions. « Il s’agit de faire venir les bonnes personnes et de leur apporter l’appui du senior management », a déclaré Staley.

BNP Paribas

Transformation digitale et réduction des coûts en douceur : comme nous l’avons noté la semaine dernière, BNP Paribas n’a pas atteint ses objectifs de croissance dans sa banque de financement et d’investissement. Il y a déjà eu des réductions de coûts discrètes (150 emplois ont été supprimés, selon les initiés) et d'autres suppressions de postes sont à prévoir. Lors de la présentation aux investisseurs relative au troisième trimestre, le directeur financier, Lars Machenil, a déclaré que la stratégie de la banque pour 2019 consistait à générer des revenus dont la croissance était supérieure aux coûts

Les licenciements chez BNP Paris à Londres sont la preuve que la banque française est prête à tailler dans ses effectifs de front office, en particulier dans le trading fixed income. Les professionnels (traders,vendeurs, analystes) les plus exposés à des coupes d'effectifs sont ceux travaillant dans la division Global Markets dont les revenus ont accusé une baisse de 8,3% par rapport au troisième trimestre 2017, et plus encore ceux dans les FICC (Fixed Income, Change et Commodities) où les revenus sont en baisse de... 15,1% !

Cependant, ce sont les employés de back-office à la banque qui devraient être plus préoccupés encore : le principal levier de la banque pour réduire les coûts est l'automatisation des processus. BNP affirme avoir déjà automatisé ses processus et en avoir identifié 200 autres prêts à être automatisés à l'avenir. Ces derniers incluent le client on-boarding et le credit processing. Les emplois dans ces domaines sont les plus susceptibles de disparaître.

CACIB

Recrutement probables dans la banque de financement : au troisième trimestre, la banque de financement a vu son PNB croître de 25,5% sur un an, permettant à la BFI d'afficher une hausse de plus de 4%, compensant ainsi le recul des activités de marché. la banque a une nouvelle fois profité du dynamisme de ses activités de financement, principalement dans la syndication et les financements structurés, notamment Télécoms.

« Comme on maîtrise les différents métiers, on a la capacité de financer les besoins de nos clients quel que soit le canal qu'ils peuvent choisir », explique Jérôme Grivet, le directeur général adjoint de CASA en charge des finances, cité par Reuters. « On a un bloc de compétences et de métiers qui nous permet finalement d'être un peu tout-terrain quelles que soient les périodes ».

A contrario, l'activité fixed income, taux, changes et matières premières (FICC) a connu une forte chute de ses revenus (-16 % sur un an au troisième trimestre). « En FICC, les volumes sont à la hausse, mais les marges sont si faibles que nous terminons sur une chute des revenus », déplore un responsable de la banque. La concurrence des banques américaines sur ce segment n'arrange bien évidemment pas la situation et les recrutements ne devraient donc pas se bousculer.

Citi

Associer la BFI à l'origination des marchés de capitaux : le principal objectif de Citi est désormais la restructuration plutôt que le recrutement. La banque est en train de combiner sa banque de financement et d’investissement avec ses activités d’origination des marchés des capitaux (equity capital market et debt capital market). Au cours de la conférence téléphonique relative au troisième trimestre, le CEO Mike Corbat, a déclaré que la banque « intégrait les services de conseil à la mobilisation de fonds ». Cette semaine, Philip Drury a été nommé responsable des activités combinées dans la zone EMEA.

La nouvelle structure pourrait prendre des mesures. Le Financial Times a noté que Citi avait tardé à combiner les deux unités après une douloureuse fusion entre sa banque de financement et sa banque d’investissement en 2008, les banquiers d’investissement considérant alors les banquiers corporates comme des moins que rien. Les dirigeants de Citi ont déclaré au FT que la nouvelle initiative visait davantage la croissance que la réduction des coûts - bien que certains doublons semblent probables lorsque les activités sont combinées.

Cette année, les stars de Citi seront vraisemblablement ses macro-traders. La banque a recruté dans les changes et le trading d’obligations gouvernementales américaines. Le directeur financier sortant John Gerspach a souligné la solide performance de la banque au troisième trimestre en ce qui concerne les taux G10 et G10 FX. Dans les métiers actions, la banque a monté son desk Delta One.

Credit Suisse

Priorité aux dérivés actions , réduction des coûts possible ailleurs : si vous deviez travailler aujourd'hui chez Credit Suisse, mieux vaudrait que ce soit dans les dérivés actions. Au cours du troisième trimestre, leurs revenus ont augmenté de 70% par rapport au troisième trimestre de l'année précédente, si bien que le CEO Tidjane Thiam ne tarit pas d'éloges sur ses responsables. « Nous avons vraiment une équipe de premier plan qui dirige maintenant notre activité de dérivés actions », a-t-il déclaré durant la conversation téléphonique relative au troisième trimestre, avant de faire l'éloge du responsable mondial des actions, Mike Stewart, et de Ross Mtangi, responsable américain des activités exotiques. Tous deux semblent avoir les coudées franches pour recruter : Hippolyte Agkpo, l'ex-responsable mondial des stratégies quantitatives et du trading dérivés exotiques, a rejoint Londres après avoir quitté Bank of America à New York.

Si les dérivés actions prospèrent chez Credit Suisse, il n'en va pas de même pour le reste de la banque d'investissement, qui a connu un terrible troisième trimestre. La division global markets a réduit ses dépenses d'exploitation de près de 20% depuis 2015 et est en voie d'atteindre son objectif de 4,8 milliards de dollars de dépenses d'exploitation par an. Toutefois, après une perte de 96 millions de francs suisses au troisième trimestre, il est à craindre que la division n'ait à tailler encore plus dans ses effectifs.

Deutsche Bank

Prochaines coupes dans les infrastructures : Deutsche Bank vise des coûts de 23 Mds€ pour 2018 et de 22 Mds€ pour 2019. En théorie, les licenciements dans le front-office de sa banque d’investissement sont terminés. Lors de la conférence téléphonique relative au troisième trimestre de la banque, le CEO Christian Sewing a déclaré que Deutsche avait achevé la restructuration de son front-office conformément à son objectif initial. « De nouvelles réductions d'effectifs, comme nous l'avons dit en juillet, sont désormais davantage axées sur l'infrastructure et les fonctions support. Cela nous permet désormais de nous concentrer sur la rentabilité et les rendements en nous focalisant continuellement sur les activités des clients », a-t-il déclaré. Les banquiers d'investissement de Deutsche ont maintenant pour mandat de chasser les clients et de se concentrer sur la croissance des revenus. Cependant, toute embauche supplémentaire - à moins que ce ne soit au niveau junior - est improbable.

Qui risque-t-il de perdre son emploi alors que Deutsche Bank cherche à réaliser plus d'un milliard d'euros d'économies supplémentaires ? Le CFO James von Moltke, a déclaré que la tentative de la banque de réduire les coûts d'infrastructure serait entre autres axée sur « l'efficacité de la livraison, l'infrastructure technologique ». Les technologues sont donc peut-être en première ligne. En réalité, il se peut que DB doive également procéder à davantage de réductions dans le front office de sa banque d’investissement. Les coûts ont absorbé près de 95% des revenus au troisième trimestre.

Goldman Sachs

Recrutement au compte-goutte de banquiers d'investissements mais pas de décisions majeures avant la fin de l'examen des lignes métiers début 2019 : avec sa nouvelle direction, Goldman Sachs est dans une situation de transition. Le nouveau CFO Stephen Scherr, a déclaré que la banque examinait toutes ses activités de bout en bout pour veiller à ce que son personnel et ses ressources financières soient déployés de manière optimale . « Nous examinons ... quel est le potentiel de revenus de ces activités et comparons les coûts de base ... et évaluons ensuite de manière très clinique si cette activité prend en charge le coût de son capital ». La crainte est que l'examen n'aboutisse à des coupes dans les activités sous-performantes des devises fixed income et des commodities.

En dépit de cet examen, Goldman Sachs a un plan de croissance en cours que Stephen Scherr a répété dans une présentation cette semaine. À l'instar de Barclays, la banque recherche des opportunités dans l'automatisation et l'exécution électronique et a effectivement recruté (et perdu des personnes) dans ce domaine.

Cependant, Goldman Sachs a également discrètement recruté des banquiers d'investissement. Comme nous l'avons noté en septembre, son nouveau CEO David Solomon (lui-même banquier d'investissement) semble s'être concentré sur l'ajout de managing directors dans la division investment banking. Entre janvier et juin, Goldman a déclaré en avoir recruté 20 de plus, puis encore 20 supplémentaires entre juin et septembre a déclaré cette semaine Stephen Scherr. Les managing directors qui ne veulent pas rejoindre BofA peuvent toujours essayer Goldman à la place.

J.P. Morgan 

Embaucher des banquiers d'investissement et investir dans la technologie : les plans de J.P. Morgan concernant sa banque d'investissement se résument à deux choses : la technologie et les banquiers. La directrice financière, Marianne Lake, a déclaré que la société « investissait dans la technologie et les banquiers » lors de la publication des résultats relatifs au troisième trimestre. Les effectifs de la banque de financement et d’investissement ont augmenté de 5% au cours du trimestre se terminant en septembre, soit une augmentation de 2.652 personnes.

Qui sont toutes ces nouvelles recrues ? Certaines sont probablement des stagiaires diplômés, mais hormis les technologistes et des banquiers, Marianne Lake n'a rien précisé. Il y a trois ans, Daniel Pinto, responsable de la banque d'investissement, avait promis de recruter "des dizaines" de banquiers M&A. La banque a effectué plusieurs recrutements en M&A chez Morgan Stanley en mai. Elle a également été occupée à développer la technologie dans sa banque de financement et d’investissement sous la responsabilité de Mike Grimaldi.

Morgan Stanley 

Les technologues bienvenus sur le trading floor : Morgan Stanley répète depuis longtemps que le front-office de sa banque d'investissement (ses vendeurs, traders et investment bankers) a la bonne taille. La banque semble davantage se focaliser sur le recrutement de technologues et de quants/strats.

A l'occasion de la conférence téléphonique aux investisseurs relative aux résultats du troisième trimestre, son CEO James Gorman a déclaré : « Nous continuons d'investir dans toutes nos plateformes technologiques, l'automatisation, l'IA, le big data, le cloud computing et la digitalisation, notre projet digital concerne l'expansion des activités de gestion de fortune et de gestion d'actifs et la construction de nouvelles plateformes, la levée de nouveaux fonds. Tous ces investissements sont des investissements que nous faisons en permanence et nous recrutons des talents ».

Morgan Stanley a modernisé ses bureaux pour pouvoir accueillir toutes ces nouvelles recrues. La banque réaménage ses bureaux avec des canapés en cuir marron, des sols en pierre et des poufs pour faire appel à "la prochaine génération des meilleurs et des plus brillants". Jusqu'à présent, 9.000 "sièges" ont été convertis (à New York, Houston, Francfort, Chicago, Glasgow, Budapest, Londres, Mumbai et Bengalore) et d'autres sont à venir. « Nos traders doivent travailler avec nos techniciens », a déclaré Rob Rooney, responsable de la technologie de la banque. « Vous verrez une salle des marchés très différente dans cinq ans par rapport à aujourd'hui ».

SocGen

Recrutements discrets de traders fixed income et renforcement de la fonction conformité : SocGen qui a publié ce matin ses résultats du troisième trimestre, voit les revenus de la banque de financement et d'investissement nettement augmenter sur la période (+7,7%). « Nos revenus augmentent grâce notamment à la bonne dynamique des activités de Financement et Conseil et de Marché », relève son directeur général Frédéric Oudéa. A noter que SocGen enregistre sur le trimestre une stabilisation de ses revenus dans les activités de taux, là où BNP Paribas et CACIB ont en revanche accusé une baisse de leurs revenus.

Si du fait de sa politique de maîtrise des coûts la banque ne peut pas se permettre de recruter beaucoup de nouveaux traders, il lui arrive tout de même de recruter au compte-goutte quelques traders seniors dans le fixed income, notamment à Londres.

Enfin, ayant mis fin ce trimestre aux impacts financiers des grands litiges avec les autorités américaines relatifs à la période pré-crise financière, Frédéric Oudéa entend bien « ancrer une culture de responsabilité dans la banque » et « être aux meilleurs standards en matière de conformité » afin de s'engager « dans la durée à éviter les litiges ». Des recrutements devraient donc avoir lieu dans ce domaine.

UBS 

Cap sur la croissance dans les M&A , l'ECM et les Amériques : le géant bancaire suisse n’a recruté que très peu d’employés. Au troisième trimestre, la banque d’investissement n’a ajouté que 179 personnes (y compris les stagiaires diplômés), ce qui ne constitue pas vraiment un boom du recrutement. À Londres, la banque suisse est en train de transférer 64 personnes en Europe continentale dans le cadre de ses préparatifs en vue du Brexit. Elle recrute également pour son équipe de sponsors financiers et son équipe consumers à Londres. À la suite du départ d’Andrea Orcel, les nouveaux responsables de la banque d’investissement - Robert Karofsky et Piero Novelli - souhaitent accroître les revenus M&A et ECM. « Le talent et la technologie sont les imputs clés », a déclaré Piero Novelli au Financial News. Il est donc possible que des embauches aient lieu.

Pa ailleurs UBS concentre ses efforts sur les Amériques. Le CEO Sergio Ermotti, a indiqué que les activités de banque d'investissement aux États-Unis avaient dégagé une "surperformance notable" au troisième trimestre. Cette décision fait suite à une déclaration antérieure de la banque concernant un "plan très agressif" pour l'expansion Amériques et son intention d'engager des "banquiers à l'ancienne" ayant des relations dans cette zone.

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