Paris et Francfort rivalisent d'efforts pour attirer les talents post-Brexit

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La place financière de Paris vient d'enregistrer une victoire supplémentaire dans la compétition qui l'oppose à Francfort pour attirer les grandes institutions mondiales suite au Brexit. La banque américaine Wells Fargo a sollicité une licence auprès des autorités françaises pour s'installer à Paris. On ignore cependant combien d'emplois seront transférés depuis Londres car encore faut-il que la banque réussisse à convaincre les talents de venir.

Pourtant, la demande est bien là. « En provenance de Londres, le flux de cv reçu ou les appels téléphoniques liés à un souhait de relocalisation ou de mobilité à Paris se sont considérablement intensifiés depuis l’été dernier », reconnaît Denis Marcadet, président fondateur du cabinet de chasse Vendôme Associés. « Il s’agit principalement de professionnels de la finance en poste à la City, la plupart du temps de longue date, a minima cinq ans, le plus souvent une dizaine d’années ».

« Ce sont des cadres expérimentés qui mettent à profit le contexte actuel qui ne leur permet plus de se projeter localement professionnellement pour repenser leur futur professionnel », poursuit-il. « En quête d’un projet moyen long terme en France, il est d’ailleurs fréquent de les voir s’interroger sur la faisabilité d’une autre voie que celle qui consiste à dupliquer à Paris leur fonction actuelle ».

Si la majorité des demandes concerne des français (expatriés ou non ), Vendôme Associés note de plus en plus d’entrées en relation d’autres nationalités (italiens, irlandais, néerlandais, indiens, russes...). Tous évoquent une énergie nouvelle et réalisatrice en France... Cependant, des chasseurs de têtes basés à Londres précisent que s'il est naturel pour les banquiers français et allemands qui travaillent à Londres de revenir vers Paris et Francfort, des incitations financières devront être mises en place pour attirer les banquiers d'autres nationalités vers ces deux places.

Des packages attractifs...

A ce sujet, alors que la perspective d'un hard brexit se précise, les banques basées à Paris et Francfort commencent à rivaliser d'ingéniosité tant en terme de mise en place d'incitations financières (salaire fixe, bonus...) que d'incitations extra-financières (avantages en nature, aide à l'installation...) pour attirer les banquiers de la City, toutes nationalités confondues.

Niveau salaire, Francfort semble mieux lotie. « Les banques paient généralement mieux à Francfort qu'à Paris », relève Anne von Bredow, fondatrice du cabinet d'Executive search Congruence à Francfort (et partenaire de Vendôme Associés en Allemagne) qui rappelle que les charges patronales sont plafonnées en Allemagne, ce qui permet d'afficher des salaires compétitifs par rapport à Paris.

« Les banques semblent demander aux MD ayant des rôles commerciaux de quitter Londres avec à la clé des packages de rémunération attractifs », précise Anne von Bredow. « A un niveau de séniorité moindre (vp, analyst, associate...) les recrutements se font souvent en externe et localement ».

Le salaire n'est pas tout

D'une place à l'autre, l'écart salarial est en train de se resserrer. Il faut dire que le Brexit a pour effet de provoquer une véritable inflation des salaires dans l’industrie financière, notamment à Paris où, « tant côté front office que support,  sur la base fixe des lignes métiers font l’objet d’ajustements », rappelle Denis Marcadet. Même si sur certains métiers tels que le trading l’écart-type en terme de rémunération reste plus restreint à Paris qu'à Londres, dans l’ensemble « Paris soutient de plus en plus la comparaison notamment pour l’encadrement intermédiaire ».

« Quant à l’enveloppe globale elle est en France enrichie de dispositions sociales et  fiscales (intéressement défiscalisé...) plus attractives. À cela s'ajoute pour les candidats au retour un nouveau régime d’impatriation incitatif », poursuit Denis Marcadet. « Beaucoup d’idées reçues volent aujourd’hui en éclat, il n’y a pas que les mentalités qui ont évolué... dans nombre de cas il devient même plus intéressant de travailler à Paris ».

« Et puis, contrairement à d'autres places financières européennes, la vie à Paris attire les banquiers comme leurs conjoints, notamment du fait d'une vie culturelle et artistique intense comparable à celle qu'ils connaissent à Londres », ajoute-t-il.

Macron vs Merkel ?

La place de Paris qui, au lendemain du referendum sur le Brexit, faisait figure d'outsider face à Francfort commence à récolter les fruits de sa campagne de lobbying à Londres, notamment dans les activités de marché, trading en tête, où elle marque aujourd’hui des points vis-à-vis d’autres places financières telle que celle de Francfort. Paris est ainsi considéré comme un vivier de talents où il est plus facile pour les banques qui s'installent de recruter.

D’un point de vue réglementaire, Paris se distingue également. « L'ACPR et l'AMF conçoivent et publient des guides en anglais sur l'environnement réglementaire français s'adressant à la plupart des acteurs de marché », note Hannah Rossiter, experte franco-britannique de compliance et réglementation au sein du cabinet de conseil en évaluation financière Duff & Phelps. « La procédure de candidature pour les nouvelles entreprises cherchant à obtenir une licence en France peut être effectuée à 100% en anglais, et peut souvent être terminée en 4 à 6 mois, en fonction de la nature des activités de la société ».

« En terme de lobbying pour faire la promotion de la place financière auprès des banques américaines, Macron a été plus efficace que Merkel », reconnaît sans détour Anne von Bredow. Mais la capitale économique allemande ne manque pas d'atouts pour accueillir les banquiers de la City. « Les prix de l'immobilier à Francfort ont certes augmenté depuis quelques années mais se loger reste plus abordable qu'à Paris ».

Avant de conclure : « les choses ne sont pas binaires et cela n'a pas forcément de sens d'opposer Paris à Francfort. Certaines banques choisissent ainsi Paris pour y implanter leur hub de trading et Francfort pour leurs opérations ». Les deux places sont donc amenées à jouer la carte de la complémentarité plus que celle de la concurrence frontale si elles veulent séduire les top managers des banques de la City qui prennent les décisions de transferts d'équipes.

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Credit photo : wildpixel / gettyimages

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