Comment les chasseurs de têtes en finance choisissent-ils leurs candidats ?

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Un quart des recrutements des cadres passe par les chasseurs de tête et cabinets de recrutement. Comment procèdent-ils, quels critères orientent leurs choix ? Pour répondre à ces questions, OasYs Consultants, spécialiste de la transition et gestion de carrière, a interrogé, pour la quatrième fois, 130 cabinets représentatifs (dont 15% intervenant dans les métiers de la finance). Pour éviter les réponses “trop commerciales” ou “politiquement correctes”, il a été garanti une stricte confidentialité de leurs propos

L'étude fait apparaître des points d’évolution intéressants. « Malgré la reprise et la tension sur certains métiers, les cabinets comme leurs clients se montrent de plus en plus rigoureux dans les processus de sélection », relève Karine Lair, directrice générale adjointe d’OasYs Consultants. « Les candidats doivent en avoir conscience, et travailler notamment à mieux mettre en avant leur valeur ajoutée. C’est pour eux le moyen d’émerger, face à des recruteurs qui cherchent, avant tout, à limiter la prise de risque ».

« C'est encore plus vrai pour les postes à forte criticité comme les project managers,les business analysts ou les fonctions top et middle management », nous explique Adrien Toul, en charge de l’activité IT du cabinet de recrutement Huxley où il accompagne les clients banque/assurance/hedge fund dans leur recrutement de profils IT et Digital. Voici donc les évolutions constatées dans l'étude que nous avons complétées par des témoignages de professionnels du recrutement en finance...

Des critères de sélection en évolution

Pour 98% des consultants interrogés, l’expérience métier et la personnalité restent, comme en 2007, 2011 et 2014, les deux critères les plus importants pour leurs clients. « Nous recherchons à la fois des compétences fonctionnelles fortes, une bonne compréhension de l'environnement (notamment réglementaire) et des soft-skills comme la capacité à communiquer, à présenter ses projets, à être à l'écoute du recruteur pendant l'entretien », explique Adrien Toul

Parmi les critères en hausse, on voit apparaître le critère de la mobilité géographique, en France et à l’International, qui devient indispensable pour 66% des consultants recruteurs. En baisse : la formation initiale et l’expérience secteur, même s’ils restent des critères essentiels pour les clients. Quant à l’expérience "digitale", elle entre dans le classement mais n’apparaît pas encore comme un critère déterminant : 37% jugent ce critère important.

C'est encore plus vrai dans la finance. « Les banques traditionnelles, les banques en ligne et les Fintechs ont dû s’adapter à des clients toujours plus exigeants et demandeurs de solutions digitales. C’est pourquoi 58 % des embauches en CDI sont des commerciaux », rappelle Marie-Hélène Agard, directrice senior directrice des recrutements sur les métiers bancaires chez Page Personnel.

Des clients de plus en plus prudents

Malgré la sortie de crise, les clients restent frileux lors des recrutements. 72% des chasseurs interrogés indiquent que leurs clients leur demandent un “clone” (c’est-à-dire un candidat dont la formation et l’expérience sont identiques à celle de son prédécesseur) dans plus de 2 missions sur 4. Résultat : les candidats issus d’autres secteurs ne sont guère appréciés par ces clients. Et les chasseurs, logiquement, leur en présentent peu. Seuls 11% présentent "souvent" des candidats récemment formés à un nouveau métier.

Le temps moyen des missions s’est considérablement rallongé. Il est aujourd’hui de quatorze semaines, contre 11,5 en 2011. Évidemment, cela varie en fonction des secteurs et des métiers. « Le processus de recrutement d'un développeur doit durer idéalement 2- 3 semaines entre le moment où le cabinet identifie le candidat et le moment où l’offre est faite au candidat », relève notre Senior consultant IT – Data & analytics chez Huxley.

« Avec le retour de la croissance, les entreprises renouent avec la création d’emplois, et les candidats reprennent les commandes du marché du recrutement », fait remarquer Olivier Gélis, directeur général France de Robert Half. « L’optimisme qui en découle oblige les entreprises à accélérer les processus de recrutement sous peine de perdre des talents, dans le cadre de marchés tendus, les candidats les plus compétents sont rapidement embauchés. »

Toujours des freins à l’embauche...

Sur un marché de l’emploi plus tendu, les clients des chasseurs de tête ont assoupli certains de leurs critères. Ainsi, 46% des chasseurs affirment qu’aujourd’hui, le fait qu’un candidat soit en poste ou en recherche d’emploi n’a pas d’importance aux yeux de leur client… tant que ce chômage ne dure pas depuis plus d’un an.

« Dans l'IT Finance, ce serait plutôt six mois. J'encourage les candidats à s'autoformer durant cette période, sachant qu'il existe de nombreuses formations en ligne sur le machine learning ou l'Intelligence Artificielle si le candidat a des appétences pour la data science », explique Adrien Toul. « Ils peuvent aussi monter en compétences sur des langages comme Python ou bien reprendre leurs études en passant un MBA par exemple »

La seule discrimination qui résiste, et même s’aggrave, concerne l’âge. Malgré l’interdiction légale d’en faire un critère discriminant, selon 75% des consultants, il reste un facteur essentiel pour leurs clients. Pour la majorité des consultants en recrutement, le seuil critique démarre à partir de 45 ans. 34% des chasseurs déclarent n’avoir placé aucun candidat de plus de 50 ans lors des dix dernières missions.

« Passé cet âge, mieux vaut postuler pour des fonctions de direction des systèmes d'informations plutôt que pour un poste d'ingénieur », reconnaît Adrien Toul. Il arrive cependant que certaines banques fassent exceptionnellement appel à des seniors de 50 ans qui maîtrisent des langages devenus obsolètes (ex: Cobol) lorsqu'il s'agit de basculer d'un système informatique à un autre.

Éléments-clés pendant l’entretien..

Même si les candidats sont de mieux en mieux préparés aux entretiens, 44% des chasseurs estiment que les candidats savent insuffisamment mettre en avant leur valeur ajoutée, et 36% jugent que leur projet professionnel n’est pas clair. 64% des cabinets (contre 54% en 2007) ont recours aux tests et aux questionnaires, principalement pour évaluer la personnalité des candidats. La maîtrise des langues étrangères n’est pratiquement plus testée, mais elle est fréquemment évaluée lors des entretiens en face-à-face.

« Le parcours de carrière du candidat doit être clair, pas opportuniste. Pendant l'entretien, nous lui demandons comment il interagit, comment il prend les remarques de son manager, comment il conçoit le travail en équipe et dans quel environnement de travail le candidat s’épanouit le plus avec à chaque fois des exemples à l'appui », poursuit notre senior consultant IT – Data & analytics. « Pour évaluer les connaissances techniques d'un candidat, nous utilisons la plateforme CodinGame, et pour les tests de personnalité la plateforme AssessFirst ».

Enfin, sachez que les références fournies par les candidats sont quasi-systématiquement vérifiées (87% des cas). 45% des consultants en recrutement mènent ces contrôles auprès de l’ancienne hiérarchie directe du candidat, suivant les références qu’il a lui-même données. Mais plus de 31% des consultants prennent des références qui ne sont pas uniquement données par le candidat : anciens N+1, anciens N-1, anciens fournisseurs ou clients… En moyenne, les consultants vérifient quatre références par candidat. Vous voilà prévenu !

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Credit photo : rudall30 / gettyimages

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