Banque par banque, qui recrute et qui réduit ses effectifs ?

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hiring firing banks 2018

Voici les dernières tendances banque par banque, et leurs conséquences d'ici à la fin de l’été.

ABN AMRO

A la même période l’an dernier, ABN AMRO ne parlait que de structurer sa banque de financement et d’investissement (BFI). Douze mois plus tard, elle semble avoir changé d’avis. La banque néerlandaise a en effet annoncé ces derniers jours qu’elle envisageait 250 suppressions de postes au sein de sa BFI et de se recentrer sur son marché domestique, alors qu’elle cherche à améliorer sa rentabilité financière. De quoi sonner comme un avertissement pour qui serait tenté de rejoindre une banque européenne en pleine crise expansionniste.

Barclays

Recrutements de masse et licenciements a minima : championne des recrutements en 2017, Barclays semble bien partie pour être une nouvelle fois le gros créateur de postes en 2018. De janvier 2017 à juin 2018, la banque britannique a indiqué avoir recruté plus de 30 managing directors (MD) pour sa division Global Markets, au nombre desquels s’est récemment ajouté Dean Galligan, MD de Goldman Sachs. Barclays s’est attachée à renforcer sa division Equities Sales and Trading, placée sous la responsabilité du nouveau venu Stephen Dainton au niveau mondial, mais en poussant parallèlement sur la BFI avec un recrutement ‘offensif’ de banquiers pour couvrir l’Europe continentale. Cela dit, elle a tout de même procédé à quelques réductions d’effectifs – à la fois en crédit et en actions.

Et ensuite ? Barclays réalloue son capital aux secteurs à haut rendement de sa banque d’investissement et sans parler ouvertement de nouveaux recrutements, il est probable qu’elle s’engage sur cette voie. Lors de la présentation des résultats de la banque pour le deuxième trimestre, son CEO Jes Staley a déclaré que Barclays était maintenant « en mesure de considérer de nouveaux investissements et opportunités pour accroître ses revenus et bénéfices ».

Bank of America

En manque de banquiers M&A ?  Bank of America ne l’a pas formulé exactement dans ces termes, mais un rapide coup d’œil à ses résultats du deuxième trimestre laisse à penser qu’elle pourrait avoir besoin de quelques nouveaux banquiers M&A pour le marché américain. Bloomberg indiquait en juin que BofA avait perdu 14 managing directors de sa division Conseil, dont 10 aux Etats-Unis. Pour une raison inconnue, les revenus M&A de BofA ont accusé une baisse de 36% au premier semestre 2018 par rapport à la même période en 2017, alors que dans le même temps, ses rivales comme J.P. Morgan et Morgan Stanley affichaient des hausses de 20%.

Brian Moynihan, CEO de Bank of America, n’a pas évoqué spécifiquement d’éventuels recrutements en M&A lors de la téléconférence investisseurs du deuxième trimestre. Il a simplement déclaré : “nous savons que nous pouvons mieux faire et l’équipe y travaille ».

BNP Paribas

Censée recruter, pourrait tirer un bénéfice de réductions d’effectifs : BNP vise la croissance pour sa division CIB (Corporate and Institutional Banking). Comme nous l’indiquions la semaine dernière, la banque française vise un taux de croissance annuel moyen pour les années à venir grâce aux opérations transfrontalières, à une meilleure pénétration des produits global markets auprès de ses clients institutionnels et des relations clients approfondies en général. Mais pour l’instant, les revenus sont en baisse.

Il y a bien des recrutements en cours chez BNP, qui vient entre autres de débaucher James Moi, trader en crédit structuré chez Credit Suisse. Elle recrute également pour son équipe vente dérivés actions. Cependant, la banque de la rue d’Antin doit encore réduire ses coûts de 1,1 milliard d’euros sur l’année 2018. Si le CIB a été jusqu’ici la cible privilégiée – 42% des économies réalisées à ce jour l’ont été dans cette division, les résultats en Global Markets sont en deçà des attentes et le discours sur la recherche d’efficacité ne varie pas. Une réduction d’effectifs paraît donc inévitable.

Citi

Ajouter des talents, éliminer l’inefficience : selon le discours tenu lors de son dernier Investor day, Citi est censée augmenter les revenus de sa banque d’investissement en investissant justement dans les talents, avec en ligne de mire les deals dans les secteurs de la technologie, des institutions financières et de l’énergie. La banque américaine a d’ailleurs embauché en juillet pour le marché français deux banquiers M&A d’UBS qui rejoindront son antenne parisienne.

La présentation de la journée investisseurs a également indiqué la volonté « d’exploiter au mieux le réseau global » en fixed income et « de capitaliser sur les investissements [existants] dans les talents et la technologie » dans la division Equities Sales and Trading. Dans les actions, les choses semblent conformes aux plans : les revenus de Citi en vente et trading actions ont enregistré une hausse de 29% au premier semestre 2018 – devancés seulement par Barclays qui affiche une progression de 30%. On ne peut pas en dire autant du fixed income : avec une baisse de 7% sur les six premiers mois de l’année dans ce secteur, Citi se retrouve au niveau de Bank of America. Seule Deutsche Bank a fait moins bien, avec des revenus fixed income en chute de 19%.

Comme la plupart des banques, Citi réduit les coûts. Son CEO Mike Corbat, a indiqué, lors de la présentation investisseurs des résultats du deuxième trimestre, les intentions de la banque américaine de gagner en efficience pour réduire les coûts à hauteur de 2,5 milliards de dollars sur l’ensemble des entités à l’horizon 2020. Si 1,5 milliard doit provenir de la division Global Consumer Banking, il est cependant peu probable que l’Institutional Clients Group sorte indemne des projets portant sur « l’optimisation, la rationalisation et la réingénierie des processus d’affaires ».

Credit Suisse

Renforcement des effectifs en equities et disparition mystérieuse de centaines d’emplois en Global Markets : Credit Suisse réduit les coûts de sa division Global Markets. La banque suisse aspire depuis longtemps à les amener en deçà de 4,8 milliards de francs suisses par an. Ils étaient encore de 2,5 milliards CHF au premier semestre 2018, soit tout juste 1% de moins que l’an dernier à la même période, laissant entrevoir un long chemin à parcourir pour atteindre l’objectif.

Parallèlement à la réduction des coûts, il semble que Credit Suisse procède aussi à des coupes sombres dans ses effectifs. Comme nous avons pu l’observer par le passé, la présentation des résultats de la banque indiquait très clairement une baisse des effectifs en Global Markets – 350 personnes de moins entre avril et juin – même si, en interne, on insiste sur le départ de « dizaines » de personnes seulement.

Quoi qu’il en soit, les recrutements ne semblent guère à l’ordre du jour : les effectifs nets ont chuté dans toutes les divisions de Credit Suisse au deuxième trimestre, exception faite du Corporate Centre où 10 personnes ont fait leur entrée.

Les nouvelles embauches semblent avoir baissé progressivement en Equities, où Mike Stewart, nouveau responsable mondial du trading actions, a enregistré des revenus en baisse de 1% au premier semestre, malgré un recrutement intensif l’an dernier et un effort pour accéder au Top 5 mondial. Ce qui ne signifie pas pour autant que le recrutement en actions est terminé : Mike Stewart va devoir renouveler son équipe suite à plusieurs départs chez Barclays, où Stephen Dainton, lui-même ex-Credit Suisse, s’attache à débaucher ses anciens collègues, dont Mathew Cousens et Kevin O'Connor pour ne mentionner que les derniers transfuges. Chris Marsh, responsable Advanced Executions Services pour l’Europe chez Credit Suisse, a lui aussi fait défection pour rejoindre UBS.

Dans ce contexte, Credit Suisse va donc devoir pallier un sérieux manque de ressources dans son équipe electronic equities. Pendant ce temps, son CEO Tidjane Thiam n’a d’yeux que pour la division International Trading Solutions, au sein de laquelle les équipes global markets fournissent des produits aux clients en gestion de fortune. Les gens y sont très « heureux et enthousiastes » précise-t-il. Reste à savoir si la banque compte augmenter leurs effectifs…

Deutsche Bank

Des milliers de licenciements à venir, en particulier en back office : Deutsche Bank en a théoriquement fini avec les licenciements en front office de sa BFI. Mais elle est loin du compte pour les autres divisions.

Son CEO Christian Sewing déclarait en mai dernier prévoir la fin des licenciements en front office avant la fin juillet 2018. La banque allemande révélait fin juin avoir procédé à 1700 suppressions de postes sur l’ensemble de la banque au cours des trois derniers mois, dont 983 en BFI. En dépit des départs de juillet, il semble que Deutsche Bank n’en ait pas terminé avec les licenciements, loin s’en faut, pour atteindre l’objectif fixé par Christian Sewing, soit plus de 7000 au total. Les personnels de middle et back office seront les prochains sur la liste.

Dans le même temps, il y a peu de signes d’embauche au sein de la banque d’investissement de DB cette année – à part pour les nombreux jeunes diplômés arrivant sur le marché.

Goldman Sachs

Les embauches d’executive directors, traders et ingénieurs se poursuivent : malgré l’arrivée prochaine de David Solomon au poste de CEO, le scénario stratégique de Goldman Sachs reste gravé dans la présentation d’Harvey Schwartz – alors COO - en septembre dernier. La banque vise un milliard de dollars de revenus supplémentaires par an en FICC, et 500 millions de dollars supplémentaires pour chacun des secteurs actions et banque d’investissement (M&A, ECM, DCM). Elle recrute par ailleurs à l’extérieur plus qu’elle ne l’a jamais fait par le passé.

Les recrutements externes restent une priorité chez Goldman en 2018, avec de nouvelles embauches aux grades d’executive director et vice-président (VP) et l’arrivée de divers managing directors (MD) dans les secteurs touchés par des départs, comme le desk macro européen. Durant la conférence investisseurs du deuxième trimestre, le COO de la banque Marty Chavez déclarait que Goldman cherchait toujours à « exploiter les possibilités » de gagner des parts de marché en low touch (trading électonique).

Il n’est pas exclu que David Solomon apporte quelques modifications mineures à sa prise de fonction, eu égard à son parcours en banque d’investissement. Néanmoins, les premiers indices quant à ses intentions laissent supposer qu’il continuera de pousser le trading systématique et les produits de flux, tout en étendant la couverture de Goldman sur les clients de la banque d’investissement mid-market dans le monde.

J.P Morgan

Des recrutements en toute discrétion : J.P. Morgan semble bien recruter pour sa banque de financement et d’investissement mais reste d’une rare discrétion sur le sujet. La banque américaine a créé 109 postes en BFI dans le monde au deuxième trimestre. Elle recrute activement en Chine, où elle veut étoffer ses équipes de banque d’investissement de 40% à 50%. Même si les recrutements de J.P. Morgan pour les activités de courtage actions (cash equity) appartiennent pour l’essentiel au passé, la banque reste cependant ouverte à des embauches sélectives pour soutenir ses activités européennes, comme celles annoncées en juin dernier de Mark Coetzee et Gil Peleg, deux anciens traders de Citigroup.

Morgan Stanley

Recrutements en mode camouflage : si Morgan Stanley recrute, la banque américaine est peu bavarde sur le sujet. Alors qu’elle obtient avec constance de solides résultats au fil des trimestres, la seule déclaration récurrente de son CEO James Gorman consiste à dire que Morgan Stanley a la bonne taille pour le marché et que si « le marché va bien, nous allons bien sur le marché ». Toutefois, Morgan Stanley s’attache à renforcer son équipe infrastructures américaine, et vient de s’attacher en toute discrétion ce mois-ci les services d’un spécialiste crypto de Credit Suisse pour prendre la tête des marchés des actifs numériques à Zurich.

SocGen

En pleine intégration des activités EMC de Commerzbank : SocGen se débat dans ce qu’elle qualifie de « recentrage du groupe » induisant « un strict contrôle des coûts » dans sa banque d’investissement. Les signes ne trompent pas : les revenus de la division Equities au deuxième trimestre ont été médiocres, en baisse de 2% alors même que ses rivales européennes comme Barclays enregistraient de fortes hausses. SocGen a déclaré que les dérivés actions avaient été particulièrement faibles durant le trimestre, à l’inverse de Credit Suisse qui voit dans les dérivés actions une force.

Malgré cela, les changements au sein de la banque d’investissement de SocGen dans les six mois à venir resteront probablement limités à l’assimilation des activités Equity Markets and Commodities de Commerzbank. Lors de la présentation de ses résultats du deuxième trimestre, la banque a déclaré vouloir utiliser cette acquisition pour devenir un acteur majeur en Allemagne et un acteur mondial du trading des produits de flux.

UBS  

UBS ne fait pas l’unanimité. Andrea Orcel, responsable de la banque d’investissement, déclarait lui-même à Financial News en juillet : « je reconnais que la banque d’investissement d’UBS et sa culture ne conviennent pas à tout le monde. Mais si vous choisissez de venir y travailler, on attend de vous un engagement total par rapport à sa vision, sa stratégie et sa culture ».

C’est finalement peut-être une bonne chose que tout le monde n’apprécie pas de travailler chez UBS car la banque suisse a quelques licenciements à son actif. Elle a réduit le mois dernier les effectifs du desk trading taux avec, parmi les victimes, David Steckl, ex Institutional Head of U.S. rates sales, récent transfuge de Deutsche Bank à la mi-2017.

UBS continue cependant de recruter : la banque suisse fait un gros effort sur la zone Amériques, pour laquelle elle a un plan d’expansion très agressif, et la volonté de recruter « des banquiers old-school avec des relations ». Cela pourrait toutefois prendre un moment : Andrea Orcel avait précisé auparavant que la banque aimait prendre le temps de recruter sur la base du bouche à oreille, et laisser à ses nouvelles recrues le temps de prendre leurs marques.

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