TÉMOIGNAGE : « Le banquier français que je suis déplore les concours de gloutonnerie de mes collègues britanniques... »

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Food competitions banking

Je suis Français et je travaille à la City de Londres. J'aime commencer ma journée avec un café au lait, un croissant ou un pain au chocolat, en écoutant Charles Aznavour sur mon AirPods. Et j'aime les choses raffinées. On ne peut pas en dire autant de mes collègues britanniques. Surtout le vendredi.

Avant même d'arriver au bureau, les vendredis matins à la City de Londres, les murs d'immeubles sont badigeonnés de flaques de vomi, après la forte consommation d'alcool de la veille. Quand j'arrive au bureau, beaucoup de mes collègues ne sont pas là : ils sont soit à la cantine, soit dans un café à proximité en train d'engloutir quelque chose de consistant pour se remettre du jeudi soir. Et les choses ne font qu'empirer au fil de la journée.

Le vendredi vers 10h30, après quatre heures de travail non productif, les Anglais vont commencer à discuter de ce qu'il vont manger à l'heure du déjeuner. Parce que c'est vendredi, la tradition consiste à commander quelque chose de l'extérieur, ou d'envoyer un junior aller le chercher. Les hamburgers, burritos et autres pizzas sont la norme. Ceux qui préfèrent les plats exotiques peuvent aller chez Nandos, ou peut-être Wagamama, voire même chez Haz, un restaurant turc près de St. Paul. Quoiqu'il en soit, les options non-caloriques ne sont jamais au menu.

Lorsque le junior revient, les festivités commencent. Les vendredis après-midi sont littéralement des "compétitions de bouffe". Pour le plus grand bonheur des Britanniques. Et des Américains. Les Européens comme moi regardent tout cela avec dégoût.

Le pire que j'ai vu est le concours McNuggets. Quelqu'un - généralement un junior – se porte volontaire pour manger le plus de McNuggets possible. Le record est d'environ 40. Le protagoniste est presque toujours malade et vient généralement la semaine suivante le visage couvert d'acné. A défaut de McNuggets, cela peut être du wasabi : combien de grosses cuillerées pouvez-vous avaler pour cent livres ? C'est le sport préféré des parieurs du vendredi après-midi : les gens parient 10 £ et si le cadet infortuné mange le plus de nuggets ou ingère la cuillère de Wasabi, il recevra l'argent. C'est humiliant et peu ragoûtant.

Le plus étrange, c'est que ce sont uniquement les anglo-saxons qui participent à ce petit jeu. Les Français comme moi restent à l'écart. Je peux manger un hamburger avec des frites, mais je ne vais pas en manger dix. Les banquiers français à Londres sont raffinés : nous vivons à South Kensington, nous aimons passer du temps avec nos familles, nous ne sommes pas dans un comportement grossier au travail. Vous ne verrez jamais non plus un banquier scandinave se livrer à ce genre de chose : ils sont trop raffinés eux aussi pour cela.

Aux banquiers anglo-saxons se livrant à cette frénésie alimentaire du vendredi après-midi, je demanderai simplement d'avoir une petit pensée pour les personnes ayant une sensibilité plus fine que la leur. Je ne tiens pas à vous voir vomir dans la poubelle. Ni vous retrouver couvert d'acné ou avec des kilos en trop. Et au lieu de vous ruer chez Krispy Kreme ou M&S pour le dessert, faites donc preuve d'un peu de retenue. Un jour, vous me remercierez : vous vous sentirez beaucoup mieux. Et si votre patron vient d'Europe, je peux vous assurer que vos faits d'armes ne passeront pas inaperçus.

Sébastien Charron est le pseudonyme d'un Français dans une banque américaine à Londres

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