INTERVIEW : « Ce n’est pas tant les métiers de l’IT Finance qui peinent à attirer les talents féminins que l’IT en général »

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Sylvie Clémot

Data scientists, développeurs, chefs de projets IT, ingénieurs système… Ces métiers du numérique ont le vent en poupe et les recruteurs s’arrachent ces profils. Pourtant, si plébiscités, ils peinent à attirer les talents féminins. Selon le Conseil économique social et environnemental (Cese) les femmes occupant des métiers d’ingénieurs en informatique représentent seulement 20% dans le secteur du numérique, pourtant en plein développement.

A l’occasion de la Journée Internationale des Femmes, nous vous proposons ce jeudi le portrait de Sylvie Clemot, Global Head of Digital Workplace à la Société Générale. Ingénieure informatique de formation, membre de l’association SG au Féminin, elle témoigne de son parcours en tant que professionnelle de l’IT résolument engagée en faveur de l’insertion des femmes dans un domaine manquant encore cruellement de talents féminins.

Pouvez-vous brièvement nous décrire votre parcours académique et professionnel ?

Ma scolarité a commencé dans le public à Aulnay-sous-bois. J’ai ensuite suivi une classe préparatoire aux grandes écoles d’ingénieurs à Paris pour finalement intégrer l’ENSTA (maintenant ENSTA Paristech), école généraliste avec une option réseau.

L’infrastructure informatique constitue le fil rouge de ma carrière. J’ai passé 10 ans de ma carrière dans le monde réseau et télécoms et 10 ans dans les fonctions finance/secrétariat général. Je suis rentrée chez Société Générale en 1993. Depuis 2013, je suis à la direction du Digital Workplace.

Les métiers de l'IT Finance peinent à attirer les talents féminins. Pourquoi selon vous ?  

Ce n’est pas tant les métiers de l’IT Finance qui peinent à attirer les talents féminins que l’IT en général. Les femmes sont très présentes dans le secteur bancaire, mais elles occupent principalement des postes opérationnels.

Les métiers de l’IT souffrent encore aujourd’hui d’une image masculine, de geek isolé, or la réalité est bien différente. Les hommes qui y travaillent n’ont pas du tout ce profil, bien au contraire ! Les qualités pour travailler dans le digital sont la rigueur, l’engagement, l’intelligence scientifique et le relationnel. Des qualités présentes à part égale chez les femmes et chez les hommes.

La mixité est évidemment un atout majeur qui permet de casser les façons de réfléchir, d’inventer d’autres manières d’interagir, source de créativité et de performance collective. Il faut aller dans ce sens.

Le secteur bancaire que vous connaissez bien fait-il figure de bon ou mauvais élève dans ce domaine ?

Chez Société Générale, comme dans beaucoup d’entreprises du secteur bancaire, la part des femmes dans l’IT est de l’ordre de 20%. Chiffre à rapprocher de la part des filles qui suivent une formation d’ingénieurs.

La transformation digitale que mène le groupe, complétée de notre engagement pour plus de mixité, nous pousse à mieux faire savoir nos besoins auprès de tous les talents, notamment féminins. Nous avons le souhait de recruter plus de femmes spécialisées dans ces métiers, nous cherchons des développeurs, des architectes SI, des spécialistes de la cyber-sécurité… C’est la raison pour laquelle nous multiplions les événements à destination des femmes ingénieures.

Quelles sont les principales pistes d'amélioration que vous préconisez ?

A court terme, il faut renforcer l'attractivité des métiers de l’informatique est un deuxième axe sur lequel on peut travailler. Cela commence à fonctionner : aujourd’hui, en école d’ingénieurs, les femmes autant que les hommes comprennent le caractère porteur de l’informatique.

A moyen terme, et c’est une réflexion que nous avons entamée au sein de Société Générale, je pense qu’il ne faut pas essayer d’amener les femmes à s’orienter vers l’IT dans le cadre d’une reconversion professionnelle. Nous sommes dans un monde où les métiers évoluent très vite. Si l’on parvient à convaincre les femmes que les métiers informatiques sont des métiers d’avenir, et qu’ils leur sont accessibles, elles seront mieux représentées.

A long terme, cela semble être à la fois le plus évident et le plus difficile - il faut briser les barrières mentales qui font que les jeunes filles ne se tournent pas vers les filières informatiques. C’est au collège, voire même avant, qu’il faut aller les chercher ! Il faut ouvrir leur esprit à la myriade et à la diversité des possibilités offertes par l’informatique. C’est le sens de mon engagement dans des associations comme « Capital filles ».

Quelles sont les actions concrètes que vous menez ? L'effet réseau est-il primordial ?

L’Association Capital Filles vise à accompagner les jeunes filles des quartiers défavorisés ou ruraux dans leur orientation scolaire. Je suis moi-même marraine d’une jeune fille du lycée Alfred Nobel à Clichy-sous-bois que j’accompagne et conseille dans ses choix d’orientation. Nous nous rencontrons régulièrement pour échanger sur ses besoins et répondre à ses questions.

Bien sûr que le réseau est important : il permet de nouer des liens, de rencontrer des « rôles modèles », de faire des recommandations, plus fortes que l’auto-promotion…

Pour finir, quel conseil donneriez-vous à une jeune femme qui désire faire carrière dans l'IT Finance ?

D’être elle-même. De se choisir des ambitions (pro, perso, les deux) et de s’y tenir. De ne pas s’auto-censurer ou se sous-estimer. Et de ne pas hésiter à poser des questions ou rechercher des conseils, que ce soit auprès de managers hommes ou femmes ou auprès de membres d’un réseau comme Féminin by SG.

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