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Brexit : les traders des banques américaines ne sont pas les seuls susceptibles de quitter Londres pour Paris

Paris, future "place to be" après le Brexit ?

Paris, future "place to be" après le Brexit ?

Bank of America, Citiroup, JPMorgan Chase et maintenant Goldman Sachs : les grandes banques américaines vont-elles faire de Paris leur principal hub de trading dans l’Union européenne ? Toujours est-il qu’entre les annonces officielles (ou officieuses) d’achats de licence bancaire, d’acquisitions d’espaces de bureaux et de transferts de desks de trading, la capitale française semble être de nouveau dans la partie après une petite période d’effacement derrière la place de Francfort.

Ainsi, BoA a annoncé lundi qu’elle s’apprêtait à déplacer une première vague de 200 vendeurs et traders sur ces deux places. Idem pour Goldman Sachs qui va transférer un grand nombre de traders et de banquiers de Londres vers Francfort et Paris à la suite du Brexit, a indiqué mardi une source proche du dossier. Il faut dire que le CEO de la banque, Lloyd Blankfein, semble conquis par la capitale française, indiquant sur son compte twitter qu’il était frappé par « l’énergie positive » qui y règne.

Surtout, il n’y a pas que les banques d’investissement américaines qui sont susceptibles de quitter les rives de la Tamise pour rejoindre celles de la Seine. Il y a certes les banques françaises installées à la City, mais également le géant sino-britannique HSBC qui dès la mi-janvier annonçait qu’il allait déplacer un millier d’emplois de ses bureaux londoniens vers Paris où il emploie déjà 9.500 salariés. Credit Suisse pourrait aussi être de la partie, même si le géant helvète hésite encore avec Francfort et Milan pour délocaliser son hub de trading.

Les autres banques étrangères

Certains établissements viennent d’autres continents que l’Europe ou l’Amérique. « Je constate un certain dynamisme du côté de certaines institutions financières japonaises », rapporte Olivier Coustaing, associé au sein du cabinet de chasse de têtes Alexander Hughes et basé à Paris. Sans toutefois citer de noms. Par contre, d’autres banques avancent à visage découvert.

C’est notamment le cas des banques du Moyen-Orient qui actuellement interviennent en Europe depuis Londres mais ne cachent pas leur tropisme pour Paris, que ce soit la National Bank of Kuwait, la Bank ABC (Arab Banking Corporation) du Bahrein, le groupe financier jordanien Arab Bank ou bien encore la banque iranienne Saderat qui a rejoint le Cercle des banques étrangères en France.

Les professionnels de l’investissement

Les traders ne sont pas les seuls concernés par le Brexit, loin s’en faut. Pour preuve, une étude menée par CFA Institute (qui pour rappel a publié le Guide du Brexit 2017) auprès de plus de 1.100 de ses membres installés au Royaume-Uni (incluant citoyens britanniques, étrangers issus de l’Union Européenne et hors-UE) met en avant les incertitudes des professionnels de l’investissement européens travaillant au Royaume-Uni quant à leur avenir après le Brexit.

Seuls 42% des citoyens de l’UE interrogés ont indiqué vouloir continuer à travailler au UK après le Brexit, contre 16% décidés à partir ; les autres étant encore indécis à ce stade. Ils sont 91% à considérer que la compétitivité du UK en tant que place financière s’est dégradée (contre 71% des Britanniques interrogés), et 15% seulement seraient prêts aujourd’hui à inciter des non-Britanniques à venir travailler au UK (contre 48% des Britanniques). À l’inverse, une proportion significative de professionnels de l’investissement non originaires de l’UE envisage toujours son avenir au UK : 69% des étrangers hors-UE souhaitent continuer à y travailler après le Brexit, dont une forte majorité (80%) originaire d’Asie ou d’Amérique du Nord.

« Afin de conserver son attractivité auprès des établissements financiers et des professionnels, le Royaume-Uni pourrait être tenté de relâcher ses efforts en termes de réglementation financière et économique, comme l’a récemment souligné un rapport de l’Observatoire International des régulations économiques », estime Myriam Ferran, présidente de CFA Society France, pour qui le risque serait alors « de voir émerger un monde de la finance à deux vitesses, avec une intensification des échanges entre le Royaume-Uni, l’Amérique du Nord et l’Asie alors que l’Europe continentale pourrait être tentée de se replier sur elle-même ».

Les spécialistes de l’assurance

Certes, le géant de l’assurance Lloyds of London a choisi Bruxelles pour établir sa base européenne et l’on ne compte plus les compagnies d’assurances (AIG, Hiscox, RSA, CNA Hardy, Tokio Marine, etc.) qui ont choisi le Luxembourg en passe de devenir un véritable hub européen dans ce domaine.

La capitale française sauve néanmoins l’honneur avec l’annonce en septembre dernier de l’arrivée prochaine du géant américain de l’assurance Chubb qui a choisi Paris pour y établir son nouveau siège européen post-Brexit. On ignore à ce stade le nombre d’emplois susceptibles d’être relocalisés depuis Londres.

Les profils entrepreneurs

Après les financiers de la City, Paris tente de séduire les entrepreneurs basés à Londres. La présidente de la Région Ile-de-France Valérie Pécresse était ce mardi à Londres avec des représentants de Paris Europlace ainsi que des spécialistes de la fiscalité, de l’immobilier, ou des cursus internationaux afin de convaincre des chefs d’entreprises d’échapper au Brexit en traversant la Manche.

Certains d’entre eux n’ont d’ailleurs pas attendu que l’on vienne les chercher, à l’instar des patrons de Smart Lenders AM ou Eleva Capital. Ou bien encore de la fintech londonienne SETL spécialisée dans la blockchain qui a annoncé fin février l’ouverture d’un bureau à Paris qui sera dirigé par Pierre Davoust ,un haut fonctionnaire du Trésor débauché pour la circonstance.

Certes, le retour des petites structures financières qui comptent souvent moins d’une dizaine de salariés ne créera pas beaucoup d’emplois dans l’immédiat, mais elles pourront facilement trouver leur main-d’œuvre en région parisienne où près de 150.000 personnes travaillent dans la finance et où les salaires demeurent nettement moins élevés qu’à Londres.

Les grandes entreprises (corporates)

Et il n’y a pas que les petites structures qui soient concernées. « Paris est la ville européenne qui compte le plus de sièges sociaux. Je m’engage à ce qu’elle devienne la première place financière européenne », a indiqué la maire de Paris Anne Hidalgo au Grand Jury RTL. S’il ne tenait qu’à elle… Car dans les faits, l’accueil de sièges sociaux (16 en 2016, soit 7 fois moins que le Royaume-Uni) reste à un niveau très insuffisant et la France ne se classe qu’au 5ème rang européen.

« Les perspectives de transferts liées au Brexit ne suffiront pas à régler la question stratégique sur les fonctions décisionnelles », faisait remarquer Jean-Pierre Lieb, avocat associé chez EY Société d’Avocats et responsable Tax Policy EMEIA, à l’occasion de la sortie du Baromètre 2017 de l’attractivité de la France. Le chemin est donc encore long pour convaincre les grands groupes basés au UK de venir s’installer en France.

Heureusement les efforts ne faiblissent pas. Preuve en est, le mois dernier, le cabinet d’avocats Fidal spécialisé dans les droit des affaires lançait un site dédié au Brexit permettant entre autres aux entreprises de suivre les avancées des négociations en cours, au travers d’articles et de billets rédigés par les experts sur le sujet.

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Crédit photo : Leontura /  gettyimages

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