La meilleure banque d’investissement française n’est pas celle que vous croyez

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La meilleure banque d’investissement française n’est pas celle que vous croyez

Crédit Agricole n’est pas vraiment ce qu’on pourrait appeler une boutique, ni un acteur de second rang – c’est tout de même la dixième banque mondiale. Mais elle n’entre pas non plus à proprement parler dans le top tier- ni même dans le mid-tier – des banques d’investissement. Et pourtant, sa division banque d’investissement a enregistré, selon les tout derniers rapports, un rendement des fonds propres (RoE) de 12%, tenant largement la comparaison face à Goldman Sachs. Ses revenus sont en croissance de 22% - un niveau quasiment inégalé sur l’année en cours, et son objectif de croissance est à 3%, contre 2% initialement pour Deutsche Bank. Pas anodin non plus, les revenus du pôle Grandes Clientèles de Crédit Agricole ont atteint 1,3 milliard d’euros sur le troisième trimestre, soit quasiment la moitié des revenus cumulés des divisions Corporate Banking et Investment Banking de Deutsche Bank. Mais comment s’y prennent-ils ?

Une bonne partie de la réponse semble tenir à sa capacité à maîtriser les coûts. Crédit Agricole parvient à atteindre un ratio coût/revenus de 54% par division, un chiffre très respectable en banque de détail mais qui force l’admiration en banque d’investissement. Le bonus moyen par tête est de 272k €, très en dessous des 530k € en moyenne chez Deutsche Bank, et Crédit Agricole ne compte que 23 material risk-takers (MRT) gagnant plus d’un million d’euros. Mais l’histoire ne s’arrête pas là – on n’affiche pas une hausse de revenus de 22% seulement en réduisant les bonus.

Le véritable secret de Crédit Agricole semble tenir au fait que la banque n’opère quasiment pas en trading, et, aussi surprenant que cela paraisse, que très peu en ECM/DCM ou en conseil au sens classique du terme. Au cours des dix dernières années, elle s’est de plus en plus spécialisée dans un petit nombre d’industries – le rail, le shipping et l’aviation, qui toutes doivent trouver les moyens de financer d’énormes actifs à long terme. Ce type de clients a souvent besoin de conseil très pointu et sur mesure en matière de structuration – avec souvent d’importants enjeux fiscaux, mais reste peu sensible au prix dès lors qu’il s’agit de passer à la caisse. Après tout, il est toujours possible de remettre à plus tard des émissions d’actions ou des entrées en bourse, mais un bateau, un avion ou un élément d’infrastructure est souvent soumis à un calendrier très strict de construction et de livraison, facilement mis en péril si le financement n’est pas en place.

Evidemment, bien que ce soit une niche importante, cela reste une niche – l’ensemble du secteur européen de la banque d’investissement ne pourrait pas se réinventer sur les mêmes bases que Crédit Agricole ; sans compter que la marge de manœuvre pour lui prendre des parts de marché est probablement réduite. Mais cela démontre peut-être que tout espoir n’est pas perdu. Crédit Agricole est arrivé là où il est aujourd’hui en comprenant le jeu des marchés et sa nature profonde du ‘tout au vainqueur’, et en se posant les bonnes questions : ‘de quels services les clients ont-ils vraiment besoin ?’ plutôt qu’en poussant toujours plus sur les activités déjà en place. Un peu plus de réflexion dans ce sens pourrait être une bonne idée.

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