Quand vous donnez votre vie à une banque et qu’elle finit par… vous licencier

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Quand vous donnez votre vie à une banque et qu’elle finit par… vous licencier

« Quand vous voulez vous débarrasser d'un chien, vous dites qu'il est atteint de la rage ». C'est ainsi que l'avocat de Zeina Bignier décrit ce qui est arrivé à sa cliente cette semaine devant un tribunal du travail en France. Mme Bignier a été licenciée en 2016 par SocGen, qui lui a reproché son style de management et le traitement réservé aux employés. De son côté, celle qui a jadis été nommée “Socgen Woman Of The Year” affirme que personne n’a eu de problème avec son style de gestion au cours de ses 21 ans de carrière et qu’elle a été harcelée par ses supérieurs dans la banque.

C'est un cas difficile à juger, et le plus étrange, c'est que personne ne semble être en désaccord sur les faits. SocGen admet volontiers que Mme Bignier a très bien performé pendant la majeure partie de sa carrière, et l’équipe de Mme Bignier reconnaît librement que cette dernière n'a pas toujours été polie dans ses relations avec ses collègues. Les juniors étaient apparemment qualifiés d’« imbéciles » et invités à se taire sans ménagement, tandis que les patrons étaient accusés de « manquer de courage ». En revanche, cela ne semblait pas avoir été traité comme un problème grave nécessitant un accompagnement ou une intervention, et les seules mentions du tempérament de Mme Bignier évoquées lors des évaluations de performances remontent à plus de dix ans.

Il s’agit d’un problème de personnel vieux comme le monde en banque d’investissement. Comment gérer un top performer se comportant comme une diva ? Dans un monde idéal, nous aurions toujours des normes élevées en matière de comportement professionnel, sans que personne ne soit au-dessus des lois. Mais dans le monde réel des marchés ultra-concurrentiels, c'est difficile à maintenir. Certains sont invités à faire preuve de tolérance si bien que le génie autoproclamé ne reçoit jamais aucun retour.

Fait significatif : parmi les personnes accusées par Mme Bignier de la harceler figurent… les responsables de la conformité de la banque, accusés de créer un « monde kafkaïen de pressions intenses ». Cela reflète l’évolution des rapports de force dans l’industrie moderne et la réticence croissante à tolérer des cas particuliers. Le tableau de la culture de travail dans le secteur bancaire n’est certainement pas flatteur. Si tout le monde se sent tellement stressé au point de crier sur autrui, c’est rarement le fait d’un seul individu.

Mais comme toujours, il y a rarement des gagnants dans un tribunal du travail. Mme Bignier réclame 6 M€ d’indemnités pour perte de revenus, affirmant que ses luttes avec la direction et la conformité de Socgen l'ont rendue épuisée et incapable de travailler au cours des trois dernières années. Et il y a un réel sentiment de perte émotionnelle qui ressort des rapports du tribunal.  Comme le dit son avocat, Zeina Bignier « a donné sa vie à la Société Générale. Elle travaillait jour et nuit. La lettre de licenciement a eu l’effet d’un uppercut ».

L'expérience de Mme Bignier sonne comme une leçon pour quiconque s’implique 24h/24 et 7j /7 dans son job bancaire. Elle n'est pas la seule à crier et à rabaisser ses subordonnés à cause de sa "passion du succès". Mais ce n'est pas une bonne façon d'être. Ce n’est pas non plus un bon moyen de vivre votre vie, de consacrer tant d’énergie émotionnelle à un travail qui, au bout du compte, est tout simplement incapable de vous apprécier en retour.

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