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Ces banquiers français qui craignent déjà les effets du Brexit…

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‘Davide’, un banquier français spécialisé dans les dérivés et basé à Paris, est inquiet. Il appréhende le Brexit et… Macron. Davide travaille pour Exane, la firme française de courtage et de gestion d’actifs, et il dit qu’il y a eu des licenciements. « Trois traders sont partis mercredi dernier, ainsi qu’un structureur arrivé en février dernier seulement. Il y a quelques semaines, Exane s’est séparée de Stéphane Bettane, managing partner de l’activité dérivés ».

À Londres, de tels départs sont monnaie courante : les licenciements font partie de l’univers de la banque. À Paris, c’est moins fréquent. Ainsi, lorsque SocGen a voulu supprimer 500 postes dans sa banque de financement et d’investissement il y a six ans, elle a d’abord dû s’engager dans de longues négociations avec les représentants syndicaux. Elle a fini par offrir à chacun de ses banquiers volontaires au départ une enveloppe comprise entre 30 et 300 k€. Le plan de départs volontaires a été massivement sursouscrit (2.200 personnes s’y sont inscrites), ce qui n’a pas empêché SocGen de récidiver le processus deux ans plus tard lorsqu’il a fallu supprimer des postes supplémentaires.

Sollicitée, Exane n’a pas souhaiter commenter les licenciements de la semaine dernière. Ils sont suffisamment restreints pour éviter de tomber dans les méandres des contraintes traditionnelles de la France. Ce qui n’empêche pas Davide de craindre que ces départs puissent traduire une nouvelle donne et une nouvelle façon de faire. Pour les banques françaises qui cherchent à réduire leurs coûts, il affirme que Macron et le Brexit ouvrent des fenêtres de tir jusqu’ici fermées. « Beaucoup de banques françaises sont en sureffectifs, en particulier dans le back-office : vous avez des gens qui n’y font rien pour ainsi dire. Macron permettra d’y mettre un terme. Dans le même temps, le Brexit signifiera un personnel plus qualifié en provenance de Londres, et les banques françaises seront en mesure de monter en gamme dans des domaines tels que les ventes et le trading ».

Dans la loi Travail, Macron a dévoilé une liste de nouvelles mesures en août et a tout fait pour qu’elles puissent être effectives dès septembre. Destinées à insuffler de la vie sur le marché du travail en France, elles facilitent la réduction des effectifs – les syndicats ne peuvent plus invoquer la rentabilité globale d’une organisation pour ne pas laisser les gens partir; les CDD peuvent être renouvelés plus de deux fois, ce qui permet aux entreprises d’embaucher des personnes à court terme et d’éviter la protection des contrats à plus long terme.

Un quant senior d’une banque française, s’exprimant sous couvert d’anonymat, convient que les nouvelles règles sont mauvaises pour les back-offices surpeuplés des grandes banques françaises. Bien que SocGen ait considérablement augmenté la délocalisation ces dernières années, il affirme que les banques françaises sont en retard en matière d’automatisation. « Elles avaient des systèmes informatiques avancés au début des années 1990 et 2000 mais n’ont pas suivi. Elles comptent trop sur les «petites mains» peu rémunérées pour réduire les coûts. Cela changera du fait que Macron et le Brexit bouleversent la donne ».

Les banquiers allemands moins inquiets

Si certains banquiers français s’inquiètent pour l’avenir, cela ne semble pas être le cas des banquiers allemands. Frank Lehmann, ancien directeur exécutif de Goldman Sachs, qui a travaillé pour AIG Financial Products à Londres jusqu’en 2009 et dirige désormais une société d’investissement à Berlin, et qui a été impliqué dans la restructuration du système bancaire du pays, explique que cela fait des années que les protections du travail allemand diminuent. Les banques allemandes mettent déjà de l’ordre en interne. Hormis la hausse des coûts de l’immobilier, le Brexit ne devrait pas avoir un impact local fort.

« Nous avions déjà un affaiblissement des lois du travail en Allemagne avec l’Agenda 2010 voté en 2003 », explique-t-il. « Il est facile à présent de se séparer de quelqu’un en Allemagne – les banques pourraient encore devoir compléter le salaire de base en guise d’indemnisation, mais les banquiers ne recevront pas leur bonus. Beaucoup de mes amis se plaignent de cela ». À la suite des récentes élections allemandes, qui semblent vouloir renouer avec une coalition incluant le parti des Verts, Franck Lehmann affirme que les lois du travail ne seront probablement pas affaiblies davantage. Il mentionne également les plans de restructuration existants chez Deutsche Bank et Commerzbank, qui concernent un total de 40.000 personnes. « En Allemagne, il y a déjà eu une énorme automatisation et une restructuration au cours des deux ou trois dernières années. Le Brexit ne changera rien à cela ».

Bien que Goldman Sachs, UBS et Bank of America aient déjà pris des engagements fermes pour s’installer à Francfort en raison du Brexit, la plupart des banquiers allemands sont sceptiques quant au nombre de nouveaux emplois qui seront créés. « Si vous avez 200 emplois à Londres et que vous les déplacez, vous en enverrez 30 ou 40 à Francfort. Certains seront remplacés par la technologie et le reste finira en Inde, à Varsovie ou à Dublin », explique Franck Lehmann. « Francfort est un endroit cher pour faire du business, même s’il est moins cher que Londres ». Un managing director allemand spécialisé dans les activités de marchés chez Goldman Sachs acquiesce : moins d’emplois iront à Francfort que les gens ne se l’imaginent. Le Brexit fournira simplement une excuse pour restructurer et automatiser.

Les quants français restent optimistes

Alors que les banquiers français comme Davide s’inquiètent d’un avenir avec une moindre protection de l’emploi et d’un afflux en provenance de Londres, rien de tel chez les banquiers d’outre-Rhin. Ils vivent déjà sous la menace d’être licencié (ou de perdre leur bonus) et se sentent à même de rivaliser avec les anciens employés de la City qui arrivent sur leur territoire. Cela vaut autant pour les M&A que pour les marchés. « La nature généraliste de nombreuses équipes à Francfort les rend beaucoup plus expérimentées dans l’exécution que leurs homologues londoniens », explique un MD responsable d’une équipe M&A Indutrie au sein d’une grande banque européenne de la City. « Ici, tout le monde travaille main dans la main, employés ou seniors. Ce qui constituera un choc pour quiconque a travaillé dans un grand pool anonyme d’analysts à Londres ».

Les banquiers de Londres à la recherche d’un point de chute pourraient donc vouloir préférer essayer Paris plutôt que Francfort. Le fait que les écoles anglaises aient toujours privilégié l’enseignement du Français à celui de l’Allemand signifie que c’est déjà la préférence de beaucoup de jeunes banquiers. « Je m’exprime avec un bon niveau de Français, et je peux encore faire des progrès », reconnaît ainsi un analyste actions de Londres qui envisage de déménager en Europe.

Cependant, tous les financiers français ne craignent pas un afflux de francophiles issus des business school anglaises. La communauté française des analystes quantitatifs de renommée mondiale voit même dans le Brexit des opportunités. Citi et HSBC ont déjà indiqué qu’elles allaient transférer des emplois de vente et de trading. Si d’autres banques font de même, le quant senior nous explique que les choix de destinations pourraient s’améliorer considérablement : « Nous avons souffert en France car seules quelques banques ont recruté parmi les nombreux diplômés des écoles françaises, obligeant les meilleurs d’entre nous à partir à Londres ou Hong Kong pour de meilleurs salaires. Les quants français espèrent que l’afflux de nouvelles banques dans le sillage du Brexit améliorera le marché du travail à Paris et qu’ils pourront enfin rester sur place ».

Photo credit: La Défense – panorama by Bernard Laguerre is licensed under CC BY 2.0.

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