OPINION : Juniors, la crise vous rend la tâche plus difficile mais pas impossible !

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Mieux vaut être parfaitement transparent avec les jeunes candidats de la banque d'investissement : il ne fait pas bon être junior ces temps-ci. Bien que la définition soit souvent galvaudée, est junior le professionnel qui a jusqu'à 2-3 ans d'expérience (hors stages). C'est généralement le profil qui paye le plus les pots cassés pendant les crises. Celle que l'on traverse aujourd'hui ne fait pas exception : les jeunes sont les principaux fusibles pour les établissements.

En tant que chasseur de têtes, je constate, côté recrutement, une tendance nette du marché à se sénioriser . Les juniors représentaient 20 à 30 % de mon activité avant la crise contre 10 à 15 % aujourd'hui. Les recrutements (lorsqu'ils ont encore lieu !) concernent des profils qui vont davantage rassurer le client par leurs résultats, leur track record. En un mot : des professionnels ex-pé-ri-men-tés ! Un choix que les banques d'investissement, les brokers ou encore les sociétés de gestion estiment plus sécurisé , jugeant ces derniers mieux armés pour les aider à sortir de l'ornière, à préparer la relance des marchés.

À l'inverse, l'embauche de juniors est perçue comme une prise de risque, un investissement à long terme. Un pari certainement accepté et même encouragé en période d'euphorie, mais abhorré en période de crise.

Cela signifie-t-il qu'il n'y a plus de places pour les juniors ? L'heure est clairement au stand-by. Et il est difficile de faire des pronostics pour ces prochains mois. Pour ceux qui ont le sentiment d'avoir été stoppés dans leur élan, il y a toutefois des raisons d'espérer :

1. Le turn-over des candidats reste une réalité, même en période de bear-market .

2. Certains acteurs, même affaiblis par la crise, mettent en place une stratégie de recrutement visant à s'entourer des meilleures ressources du marché lorsque celui-ci est au plus bas de sa forme. L'intérêt est double : anticiper la reprise et, surtout, recruter d'excellents profils aux packages financiers beaucoup moins onéreux. Les boutiques se sont, par exemple, montrées agressives récemment sur le marché.

3. Tous les métiers ne sont pas logés à la même enseigne. Aujourd'hui, l'ensemble des institutions repensent leur stratégie de développement. Les métiers du contrôle et de la gestion des risques sont à l'honneur. En front-office, les métiers de vente sont privilégiés à ceux du trading, de même que les activités de flux (produits vanille) peuvent encore recruter ponctuellement là où l'activité structurée (produits exotiques) a été fortement ralentie. Les banques disposent toujours de desks qui performent et qui nécessitent des ressources.

4. Ce que les recruteurs recherchent encore actuellement, ce sont des profils porteurs de business . D'où leur penchant pour les profils seniors, qui, pourtant, peut se révéler trompeur. Nous sommes souvent en contact avec des jeunes candidats hypermatures qui ont, en peu de temps, réussi à développer leur business de manière très intéressante. Certes, je place encore au compte-gouttes des profils d'un tel acabit. Mais ceux-là ont su apporter des gages malgré leur jeune âge : des contacts, une reconnaissance dans l'entreprise, une bonne connaissance des clients et du secteur, une vue sur les marchés, bref une attitude proactive convaincante.

Certes, l'étau se resserre et les exigences sont de plus en plus pointues. Mais rappelez-vous : votre valeur n'évolue pas en fonction de la physionomie du marché, mais en fonction de votre P&L !

Jérémie Lempkowicz est consultant senior au sein du bureau parisien du cabinet Aston Carter International, en charge de l'activité finance de marchés front-office auprès des banques d'investissement, des brokers, des asset managers et des hedge funds. Aston Carter International est présent dans 16 pays et couvre l'ensemble des principales places financières européennes et asiatiques.

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