Fabuleux Fab et les Frenchies coupables d'intellectualisme ?

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Responsable mais pas coupable. Dans son audition hier devant le Sénat américain, Fabrice Tourre a rejeté les accusations de fraude et assuré que ses produits n'étaient pas voués à l'échec , insistant sur le fait que ses clients étaient des investisseurs avertis.

Un héros !

Acculé pas les accusations de la SEC, le trader français semble pourtant rallier de plus en plus de personnes à sa cause. Fabuleux Fab n'est pas méchant, il serait même un héros, à en croire l'éditorialiste du Wall Street Journal.

Analysant ses emails, transmis à la presse par Goldman (qui l'a finalement lâché !), le journal vante la capacité de réflexion de ce banquier français et son scepticisme quant à la vraie valeur sociale de son travail. Une autocritique largement absente chez ses supérieurs.

Fabrice Tourre, pur produit du cartésianisme français

Le cynisme dont il fait preuve parvient mal en effet à cacher son malaise : Quand je pense que c'est un peu moi qui ait participé à la création de ce produit (qui soit dit en passant, est un pur produit de masturbation intellectuelle, le genre de truc que tu inventes en te disant: 'et si on créait un 'machin' qui ne sert absolument à rien, qui est complètement conceptuel et hautement théorique et que personne ne sait pricer ?', ça fait mal au cceur de voir que ça implose en vol... C'est un peu comme Frankenstein qui se retourne contre son inventeur , écrivait Fabrice Tourre le 29 janvier 2007 dans un email à sa petite amie.

Pour Olivier Lecomte, professeur de finance à l'Ecole Centrale de Paris, où a été formé le trader, l'ironie presque désespérée qu'il manifeste dans ses emails montre combien il n'est pas dupe. En cela, Tourre est un pur produit de l'éducation française, basée sur le cartésianisme : le primat de la raison, un certain scepticisme et une appréhension universelle du monde .

Un certain je ne sais quoi

Fabrice Tourre a également fauté par naïveté. S'il ne s'était pas épanché dans ses emails, il ne serait certainement pas aujourd'hui à devoir s'expliquer devant le monde entier. Au-delà du cas de Tourre, on peut se demander si l'exception française ne s'applique pas aussi en finance. Les Frenchies auraient-ils un code génétique différent de leurs collègues anglo-saxons ?

C'est du moins ce que semble penser un bon nombre de banquiers à la City, comme le montrent ces commentaires postés sur un récent article sur notre site anglais : La chose la plus précieuse dans la culture française est le fait que leurs banquiers écrivent de la philosophie et lisent de la poésie, alors que les banquiers américains achètent des grosses voitures et des yachts ou encore chaque nation a ses fraudeurs, mais les scandales impliquant des Français semblent toujours avoir une certaine élégance flamboyante, un certain je ne sais quoi...

Banquiers philosophes

Après tout, il n'y a qu'en France que l'on voit un banquier d'affaires publier un ouvrage avec un philosophe. Dans Le Banquier et le Philosophe , publié le mois dernier, François Henrot, président de la banque d'affaires Rothschild, dialogue avec le philosophe Roger-Pol Droit sur les ressorts de la crise.

Pour évoquer la responsabilité des banquiers dans cette crise, le banquier renvoie aux concepts de voile d'obscurité, de chaîne d'aveuglement et de survivance de croyance magique.

Pour lui, la matrice commune des dernières crises est l'optimisme (et accessoirement l'arrogance) des banquiers, explique-t-il dans une récente interview au journal Libération.

Intelligence américaine versus intelligence française

Pour Jean Manuel Rozan, auteur du Fric , il existe un écart culturel net entre l'Hexagone et les Etats-Unis : L'intelligence américaine sépare, alors que l'intelligence française lie. Même dans les plus grandes universités américaines, les étudiants sont testés à 90% sous forme de QCM : il faut tout connaître et savoir tout disséquer, explique-t-il. En France, l'essai et l'oral, au contraire, doivent lier les connaissances et font largement la place au subjectivisme.

Il n'est donc pas étonnant de voir les Français avoir des états d'âme. Quand les Américains segmentent et maximisent leur business, les banquiers français réfléchissent à la relation de leur business avec l'économie et le reste du monde! , conclut-il. Pour preuve, le citation de Chamfort (1741 - 1794) déclamée en guise de bienvenue sur son site : Les raisonnables ont duré, les passionnés ont vécu.

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