D'UN EX TRADER : Y a-t-il une vie après le Trading ? (4/4)

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Le 11 septembre 2001, j'ai 37 ans et suis trader Fixed Income Credit à la Deutsche Bank. Ma mission est transversale dans l'équipe crédit:d'une part, je cote les obligations de tous les secteurs de l'économie, d'autre part, je ne traite géographiquement que les titres des sociétés françaises. Les onze autres traders, basés à Londres, couvrent un ou deux secteurs de l'économie seulement mais au niveau global , comme sur le marché des actions. Je voyage et ai un desk à Paris et à Londres.

L'intérêt de mon poste est double : en amont, je suis souvent sollicitée par les originateurs pour rencontrer les CFO et trésoriers des grandes entreprises du CAC40 et leur donner l'avis du trader. En aval, j'ai également un rôle clé auprès des sales parisiens auprès desquels je tente de promouvoir et de faciliter leurs transactions avec mes collègues londoniens.

Le 11 septembre donc, les opérateurs du trading floor sont comme partout, tétanisés, et se rassemblent devant les écrans diffusant en boucle les images traumatisantes. Je me demande alors si j'ai un vrai métier:je ne sauve pas de vies, je vis à un rythme effréné et ressens un besoin urgent de faire le point sur mes valeurs.

Le soir même, j'allume une première cigarette, geste auquel j'avais pourtant renoncé dix ans plus tôt. La semaine suivante, je prends la décision de procéder à un changement de cap, mais sans aucune idée de la suite à donner à mon parcours professionnel. J'ai juste envie de réordonner mes priorités et de prendre du temps et en donner à ma famille.

Etre recrutée pour un job senior qui me laisse du temps libre en quittant un poste de trader après 14 ans d'ultra-spécialisation nécessite à ce moment là quatre ingrédients:du talent, un projet convaincant, une motivation sans faille et enfin, beaucoup de chance.

Au bout de 15 jours de réflexion, je décide d'embellir la case talent en m'attaquant, pour les 3 années à venir, à l' Iron Man de la Finance , la certification CFA. Ce sera mon self-cadeau d'anniversaire, pour mes 40 ans si possible. En parallèle, je construis et fais mûrir mon projet, et fais confiance au temps, 5ème composant de la recette.

Je commence donc à ouvrir les yeux sur l'extérieur et à développer un réseau relationnel plus large que le monde des traders et des courtiers Fixed Income . Mes contacts et échanges me permettent dans un premier temps de prendre du recul et de considérer la situation à travers d'autres regards.

Je trouve mon job de moins en moins passionnant et m'en détache petit à petit. Le temps passe dans une ambiance monacale mais pourtant très plaisante et sereine car je suis le nez dans mes livres CFA , ce qui a un effet détoxifiant sur mes neurones. Petit à petit, mon profil se rapproche de celui d'un généraliste:mes connaissances, initialement spécialisées en fixed income et plutôt maigres en analyse financière et en gestion de portefeuille, s'étoffent.

Je fais alors part de mon intention de bouger à des personnes clés et qui me soutiendront, à l'intérieur de la banque:le responsable des activités marchés, la DRH et les originateurs. Grâce à eux, je passe des entretiens avec d'autres départements de la banque. Cela n'aboutit pourtant pas en interne à cause d'une restructuration, mais en 2004, l'effet CFA fonctionne à plein régime, ainsi que le bouche à oreille des originateurs.

J'ai alors une très belle proposition:adjoint du trésorier d'un grand équipementier français. Le poste implique à nouveau un emploi du temps de ministre. J'hésite pourtant un moment car l'équipe est extrêmement dynamique et le poste passionnant, mais finalement je décline l'offre et prend la décision de faire plus ample connaissance avec.... mes enfants quitte à repartir de zéro au niveau salaire. L'électron libre que je suis a enfin réordonné ses priorités et valeurs.

Pour comprendre comment j'ai finalement décidé de quitter la Deutsche Bank et monter ma propre activité dans le domaine de la formation en finance et de l'éthique financière, une activité que je mène en tant qu'indépendante depuis 5 ans, il faut que je précise quelques points supplémentaires :

A la Deutsche Bank, les jeunes diplômés des grandes écoles recrutés via l'internship program finissaient, pour la plupart de ceux qui passaient par Paris, par atterrir à mon desk, car beaucoup de mes collègues considéreraient que mon équipe pouvait leur offir un bagage technique solide. De mon côté, je prenais un réel plaisir à transmettre mon savoir, et la réussite de ces jeunes diplômés, par la suite, me ravissait.

Ce travail de transmission était pour moi également un vrai métier, j'ai plongé dans cette activité sans retenue. Cette nouvelle voie a finalement coulé de source, et s'est concrétisée lorsque la même année, j'ai reçu le parchemin CFA tant convoité. J'ai alors écrasé une dernière cigarette, et j'ai clôturé définitivement ma position, ainsi que le chapitre Trading.


Nathalie Columelli a travaillé pendant 16 ans en tant que sales puis trader sur les marchés financiers à Londres, Paris et Francfort. Depuis 2005, Nathalie est consultante en finance et surtout, coach de candidats au CFA dans les 3 niveaux. Elle enseigne également l'éthique aux élèves d'HEC, de l'ESSEC, de l'INSEAD et à l'université de Paris Dauphine.

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