D'UN EX-TRADER : Des emprunts d'État aux corporate bonds (3)

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Aussi attrayante que fut la proposition de quitter les marchés pour démarrer une carrière en ingénierie financière internationale avec une première mission en Uruguay, j'ai finalement décidé de la décliner. C'était trop tôt. Je ne m'étais pas encore lassée du trading, où je voulais acquérir une plus grande expertise.

A postériori - et dans toute autre circonstance - lorsqu'on vous propose de changer en interne pour un poste radicalement différent et enthousiasmant, acceptez, c'est rarissime.

Pour ma part, je poursuis l'aventure du trading chez ABN AMRO. Au bout de 18 mois pourtant, étant l'unique arbitragiste de la salle, mes opérations s'inscrivent dans la même routine quotidienne, je commence alors à envisager un nouveau changement de cap. Cette opportunité m'est offerte lorsqu'en janvier 91, le trader crédit donne sa démission. Je propose de le remplacer. C'est pour moi une opportunité de comprendre comment sont évaluées les dettes des sociétés, et de pouvoir les comparer entre elles et aux dettes souveraines.

La banque ABN AMRO se développe de plus en plus en France : je monte un desk de market making sur valeurs du secteur public. Après avoir obtenus les statuts de SVT puis de SVSP (spécialiste en valeurs du secteur public), notre P&L augmente sensiblement.

Sur le plan personnel, je me marie, j'attends ma première fille, puis ma seconde. Pendant une période de présence moins soutenue sur le trading floor, je décide de tester à nouveau la joie insouciante d'être sales, cette fois-ci sur le marché obligataire. Une période agréable, les clients apprécient visiblement le contact avec quelqu'un qui a déjà, comme eux, pris des positions, et de surcroît sur les titres mêmes qu'il leur conseille.

Mais le trading a de nouveau vite ma préférence et je ne suis pas assez tenace pour ce travail. Pour retrouver une place de trader, je dois alors obligatoirement quitter ABN AMRO, car les activités de trading sont relocalisées à Amsterdam.

J'atterris d'abord à la Société Générale début 1994, mais regrette vite ma situation précédente d'électron libre, qui consistait à travailler dans la filiale française d'une très grande banque étrangère. La distance avec le siège social me donnait l'impression d'une plus grande liberté d'action. Cette liberté, je la retrouve finalement à la Deutsche Bank fin 1995, lorsque je prends la co-responsabilité de l'activité trading Eurobonds à Paris.

Le temps passe, le trading des credit bonds ne me lasse pas. Et pour cause, chaque cycle de croissance, chaque épisode de crise, chaque évènement politico-économique ou géopolitique a un impact sur les titres que je cote et vient avec son lot d'anomalies, différentes à chaque fois.

De plus, l'innovation technologique est galopante sur ce marché : après la création du marché des CDS, les produits structurés complexes et autres dérivés de crédit explosent. Un contexte stimulant qui comble ma soif d'apprendre.

La richesse de ma vie professionnelle ne trouve pas seulement sa source dans la variété et la complexité des produits que je traite, j'ai aussi la chance de travailler dans une équipe multiculturelle et de commuter régulièrement entre Francfort, Londres et Paris.

Bref, chaque année pendant 10 ans, j'ai l'impression de vivre une toute nouvelle expérience par rapport à l'année précédente. Arrive alors le 11 septembre 2001, date à laquelle ma vie professionnelle a à nouveau basculé.


A suivre... ( Y a-t-il une vie après le Trading ?)

Nathalie Columelli a travaillé pendant 16 ans en tant que sales puis trader sur les marchés financiers à Londres, Paris et Francfort. Depuis 2005, Nathalie est consultante en finance et surtout, coach de candidats au CFA dans les 3 niveaux. Elle enseigne également l'éthique aux élèves d'HEC, de l'ESSEC, de l'INSEAD et à l'université de Paris Dauphine.

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