OPINION : Traders, oubliez votre ego et acceptez de perdre !

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Les mouvements boursiers défient notre esprit cartésien. Un état de fait qu'il faut assumer pour réussir, assure Thami Kabbaj*, auteur de Psychologie des grands traders.

L'affaire Kerviel nous a rappelé avec force que les traders ne sont ni rationnels ni omniscients. Battre les marchés est une gageure, les revers courants. Et force est de constater que nous ne sommes pas préparés psychologiquement à affronter l'incertitude qui y règne, comme l'a montré la finance comportementale. Cette théorie, popularisée par le prix Nobel d'économie Daniel Kahneman, a montré que les opérateurs de marché étaient soumis à des biais psychologiques d'ordre cognitif (connaissances, croyances) et émotionnel. Ce qui a permis de mettre en évidence les principales erreurs commises par les traders.

Le refus de perdre incite le trader à moyenner1 à la baisse

Les recherches menées par Daniel Kahneman et Amos Tversky montrent que la déception ressentie pour une perte a deux fois plus d'impact que la satisfaction retirée pour un gain du même ordre. Le refus de perdre place le trader en situation de dissonance cognitive : il rejette l'information qui va à l'encontre de son raisonnement et se focalise uniquement sur celle qui confirme sa position. Au lieu d'assumer sa perte en coupant sa position (quitte à se repositionner par la suite), il préfère la conserver voire la renforcer.

De nombreux investisseurs en mars 2000 avaient moyenné à la baisse après la forte baisse du marché. Sans doute estimaient-ils que diminuer leur prix de revient leur permettrait de revenir plus rapidement à l'équilibre après un rebond du marché. Cette situation révèle que les investisseurs préfèrent entrer en mode espoir plutôt que d'affronter la dure réalité des marchés. Les bons traders font l'inverse : ils coupent rapidement leurs pertes et optimisent leurs positions gagnantes en laissant courir leurs profits. De cette manière, ils peuvent enregistrer une performance positive même en ayant raison dans seulement 50 % des cas puisque le gain moyen est largement supérieur à la perte moyenne.

L'excès de confiance : une erreur souvent fatale

L'ego incite le trader à négliger le risque et lui donne l'illusion d'être infaillible. L'excès de confiance est probablement le travers qui touche le plus de traders novices. Le débutant considère qu'il dispose de qualités innées pour réussir dans ce métier et que son flair infaillible lui permettra de battre les marchés. L'économiste Terrence Odean a montré que le passage du courtage par téléphone au courtage en ligne a provoqué une baisse de la performance des investisseurs. Ces derniers, victimes d'un excès de confiance, se sont mis à opérer de manière frénétique et irréfléchie. L'accès direct aux marchés a probablement donné à ces opérateurs l'illusion de mieux les maîtriser !

Cet excès de confiance n'épargne pas les traders aguerris. Victor Niederhoffer symbolise le mieux les dangers de l'ego. Diplômé d'Harvard et titulaire d'un doctorat de l'université de Chicago, il avait fait ses classes dans l'équipe de Georges Soros. En 1997, ce trader, considéré comme le meilleur gérant de hedge fund au monde, publie un livre intitulé The Education of a Speculator. La même année, il enregistre des pertes colossales, qui le contraignent à clôturer son fonds alternatif. Mao n'a-t-il pas dit qui prétend détenir la force n'est qu'un tigre en papier ?

* Thami Kabbaj, ancien trader (au sein d'un hedge fund à Londres, et pour compte propre sur le marché américain), agrégé d'économie et gestion, directeur de collection aux éditions Eyrolles, auteur des ouvrages Psychologie des grands traderset L'art du trading.

www.thamikabbaj.com.

1. Renforcer une position perdante.

À lire la semaine prochaine du même auteur : Traders, soyez en phase avec le marché !

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