OPINION : "Quel est le salaire juste pour les banquiers ? Baissez-le de 75% !"

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Suite à l'annonce d'une perte de 3,6 milliards de livres, le patron de la Royal Bank of Scotland, Stephen Hester, a renoncé à son bonus de 1,6 millions de livres, mais pas à celui de ses banquiers. Les Britanniques sont furieux car le patron de RBS a donné naissance à une centaine de millionnaires grâce à l'argent du contribuable (RBS est détenue à 84 % par l'Etat).

Mais Stephen Hester sait que s'il ne paye pas ses banquiers, ils s'en iront. Certains l'ont déjà fait ces dernières semaines, préférant les banques de Londres, qui les accueillent à bras ouverts et leur offrent des primes bien plus intéressantes. Je n'aimerais pas être à la place de Stephen Hester. Il doit diriger une banque commerciale dans une économie de marché, sous contrôle de l'Etat, mais s'il ne parvient pas à garder ses meilleurs éléments, il pourrait tout aussi bien choisir de fermer la banque d'investissement, qui a pourtant rapporté beaucoup d'argent dans le passé.

La seule issue pour lui est de prier pour que le G20 se réunisse bientôt et parvienne à un accord sur le salaire des banquiers. Tant qu'un tel accord ne sera pas trouvé, si RBS ne distribue pas des bonus à la hauteur de ceux pratiqués dans le secteur bancaire, ses banquiers quitteront RBS. Et si Londres ne joue pas le jeu des bonus non plus, les banquiers quitteront Londres.

Aucun pays, aucune banque ne peut se permettre de ne pas s'aligner, car elle courrait au désastre financier. C'est pour cela qu'une approche commune est nécessaire pour contrôler les fluctuations du marché, et ne pas laisser la possibilité aux banquiers de se cacher dans des niches. En fait, nous ne sommes pas face à une économie de marché, mais à un oligopole avec quelques grosses banques internationales, qui demandent à peu près toutes les mêmes taux à leurs clients, se protégeant ainsi toutes mutuellement.

A quoi correspondrait un salaire juste ? Il doit se situer juste au-dessus d'un seuil en dessous duquel les banquiers quitteraient le secteur bancaire. En effet, quand on réduit les payes au point de faire fuir tous les banquiers du secteur bancaire, c'est qu'on est allé trop loin. Le salaire doit se situer à peu près 10 à 20 % au-dessus de ce seuil pour ne pas détruire le secteur bancaire. Cela correspond probablement à 60 voire 75 % de salaire en moins par rapport à ce que la plupart d'entres eux touche actuellement.

Chris Roebuck est Professeur honoraire à Cass Business School.

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