OPINION : Le jour où un analyste junior a fondu en larmes en entretien

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Cela s'est passé il y a 5 ans, les banques ont donc peut-être amendé depuis leurs pratiques en ce qui concerne leurs conditions de travail, quoique j'en doute.

Je travaillais alors comme consultant à Londres dans un cabinet de recrutement spécialisé en charge des postes d'analystes junior en M&A et dans le private equity. Ce jour-là j'avais un entretien prévu avec un candidat qui avait tout du candidat exemplaire : diplômé d'une des meilleures grandes écoles françaises, un analyste reconnu par ses pais, avec trois ans d'expérience dans une équipe TMT (technologie, media and télécommunication) leader sur le marché, au sein d'une banque d'investissement européenne.

Le candidat est arrivé promptement. Il était âgé de 25 ans seulement, mais était prématurément dégarni et portait des lunettes. Même à travers ses verres, je pouvais voir les poches sous ses yeux. Franchement, il portait facilement 10 ans de plus.

J'ai commencé par les questions préliminaires, l'interrogeant à propos de sa formation et de son expérience professionnelle. Il est rapidement apparu qu'il avait fait beaucoup de pitching. Je dirais même une sacré quantité.

Le souci à cette époque, c'est qu'il n'y avait pas énormément de deals dans ce secteur. Bien que le candidat fût employé dans une équipe top, il avait dû travailler sur pas plus de deux ou trois deals in fine. Mais pendant ce temps, il avait probablement pitché pour des centaines.

Il était interviewé pour un poste en private equity. Je me suis aventuré à lui demander pourquoi précisément il voulait quitter la banque pour le capital-investissement. C'était un mauvais calcul.

Pendant longtemps, le candidat a regardé fixement la fenêtre en silence, des larmes coulaient sur ses joues. Finalement, il a fini par reconnaître qu'il travaillait de 8h à 2h du matin tous les jours, y compris les week-ends, assemblait des pitchbooks, qui en fin de compte ne débouchaient sur rien. Le fait que son MD était, de notoriété publique, un esclavagiste qui passait en revue les pitchbooks deux jours avant la deadline avant exigeait une complète réécriture, n'arrangeait pas son cas.

Si vous travaillez jusqu'à 2h du matin, ne pouvez-vous pas vous permettre d'arriver un peu plus tard le matin suivant ?, ai-je demandé.

Apparemment non.

Il était bien payé. Après trois ans dans son poste, il gagnait autour 200K (et c'était il y a cinq ans), mais il voulait tourner la page. Il était décidé à travailler dans le private equity ou dans une boutique où la vie était plus plaisante. J'ai fini par lui dégoter un job dans une boutique. Je ne l'ai jamais revu ensuite, mais j'aime à croire qu'il a retrouvé une vie.

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