Féminisation des directions : le patron de Deutsche Bank dit-il tout haut ce que les autres pensent tout bas ?

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Le patron de la Deutsche Bank, Josef Ackermann, a déclenché une polémique en Allemagne en déclarant qu'augmenter la part de femmes à la direction de sa banque la rendrait "plus colorée et plus jolie".

Des propos qui font tâche alors que le pays débat de la possibilité d'instaurer un quota légal de femmes à la tête des grands groupes et de sanctions (Le Figaro).

Ackermann a relevé qu'il n'y avait aucune femme dans le comité exécutif de la Deutsche Bank, l'organe subordonné au directoire."J'espère toutefois qu'un jour ou l'autre [la direction] sera plus jolie et plus colorée" en accueillant des femmes, a-t-il déclaré, rapporte le quotidien Handelsblatt.

Toujours est-il que le CEO de la banque allemande s'oppose à l'idée de quotas. La banque qu'il dirige emploie 44,3% de femmes, mais seuls 16,1% des postes de direction sont occupés par des femmes.

En France, où le constat chiffré n'est pas plus brillant, on se demande si l'opinion quelque peu désuète de Josef Ackermann n'est pas finalement partagée (secrètement) par un certain nombre de dirigeants, tellement on avance sur ce dossier à tous petits pas.

Les femmes représentent 56% des effectifs des banques et continuent de renforcer leur présence en représentant quasi 59% des embauches en 2009, selon la FBF. La part des femmes parmi les cadres est cependant encore limitée à 42,7%, même si ce chiffre connaît une progression lente mais sûre.

Quand aux fonctions de direction, même BNP Paribas, banque française plutôt modèle en la matière, se situait l'an passé à un taux de femmes de 15% avec l'objectif d'atteindre 20% de femmes aux postes clés (cadres très supérieurs) d'ici à 2012.

Même s'il s'agit de rétablir un équilibre, ce n'est pas toujours bien vécu:il faut gérer la peur des hommes qui craignent un manque à gagner. Ils ont l'impression qu'avec l'instauration de quotas, ils auraient à payer pour ce que les précédentes générations n'ont pas fait ou mal fait. Sans oublier que dans certains cas, il n'y a pas assez de femmes pour répondre à l'objectif fixé, nous a confié une responsable diversité au sein d'une banque française.

La ministre de la consommation, Ilse Aigner, quant à elle, n'a pas cherché d'excuse à Josef Ackermann.<i<"Ceux qui aiment ce qui fait joli et coloré n'ont qu'à aller se promener dans un champ de fleurs ou au musée", lui a-e-lle rétorqué, dans le quotidien économique.

Le chef de la communication de Deutsche Bank a plaidé que les propos de son patron avaient été sortis de leur contexte et que M. Ackermann était un "gentleman ancienne école". C'est le moins que l'on puisse dire...

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