D'UN EX-TRADER : Du marketing à la salle des marchés, c'est possible ! (1)

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Vous allez peut-être me trouver nostalgique d'une époque que beaucoup d'entre vous n'ont pas connue. Je reste cependant convaincue que la finance, bien qu'elle ait connu de profondes transformations en 15 ans, demeure le seul secteur où une telle histoire - mon parcours en l'occurrence - peut arriver. Et j'aimerais en témoigner car je constate dans mon activité de formation aujourd'hui que beaucoup de recruteurs ne veulent prendre aucun risque : ils parient trop rarement sur une personne et continuent d'exiger 5 ans d'expérience dans le même poste pour considérer une candidature.

En 1987, à la sortie de l'ESSEC, filière marketing dois-je préciser, j'ai certainement fait le plus gros pari de ma carrière et il a payé. J'ai obtenu mon diplôme lorsque j'étais en fin de contrat chez L'Oréal, une mission de lancement d'une gamme de cosmétiques extrêmement challenging et gratifiante pour mon jeune âge. J'ai vite réalisé que je ne retrouverais pas de mission aussi passionnante avant plusieurs années. C'est ce qui m'a poussée à changer complètement de cap.

C'est un ancien de l'ESSEC qui m'a mise sur la voie de l'industrie financière. Le contexte sectoriel était favorable : embauches massives dans les banques, modernisation des marchés, lancement des marchés à terme. J'ai débuté un master en finance que je n'ai jamais eu l'occasion d'achever. Entre-temps j'ai décroché un entretien à la Banque de l'Union Européenne, au cours duquel je me suis montrée aussi déterminée que sincère face à un DRH doté d'une ouverture d'esprit absolument hors normes. Le fait d'avoir été prête à repasser par la case diplômes une seconde fois (stages en mathématique financière, pricing d'options, analyse technique... J'ai éclusé le catalogue de formation de la banque en quelques mois !) ainsi que mon niveau de réalisation dans mon activité précédente ont clairement joué en ma faveur, faisant de moi une candidate crédible .

Suite à cet unique échange, il a considéré que je devais avoir une bonne capacité à agir dans le contexte irrationnel et mouvementé d'un trading floor puisqu'il m'a demandé de venir en observatrice dans la salle de marchés pour voir si le métier me plaisait.

Je me suis exécutée, mon jour d'essai tomba le 1er octobre, la veille du krach de 87. En sortant de la salle des marchés , ma décision était prise : je devais signer ce contrat ! J'ai eu le sentiment que je pouvais retrouver dans cette ambiance survoltée le même niveau d'intensité et de créativité que j'avais expérimenté lors de mon passage chez L'Oréal. Je me suis plongée avec passion dans ma nouvelle vie de sales clients institutionnels et corporates sur le marché monétaire.

Théoriquement, mes quelques bases en finance ne me suffisaient pas pour me permettre de comprendre ce qui se tramait autour de moi, ni quelles étaient les fonctions attitrées des différents opérateurs. Rien ne justifiait ma présence ici, si ce n'est mon tempérament, qui correspondait assez bien au profil salle des marchés : créativité, combativité, capacité à gérer les priorités et à passer à l'acte (et accessoirement un bon niveau en mathématiques). Je venais pourtant d'être recrutée. Il me fallait comprendre vite les ficelles de mon nouveau métier, savoir évaluer, conseiller et convaincre, bref me faire une place sur le marché. Et la sauce a pris, plutôt bien même.

À suivre ( Comment je suis passé de sales à trader )...

Nathalie Columelli a travaillé pendant 16 ans en tant que sales puis trader sur les marchés financiers à Londres, Paris et Francfort. Depuis 2005, Nathalie est consultante en finance et surtout, coach de candidats au CFA dans les 3 niveaux. Elle enseigne également l'éthique aux élèves d'HEC, de l'ESSEC, de l'INSEAD et à l'université de Paris Dauphine.

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