Le secteur financier africain fait du pied à sa diaspora

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L’Afrique fait déjà sérieusement rêver les banques, à l’instar de Lazard qui a récemment lancé un département consacré au conseil financier en Afrique subsaharienne, ou encore les fonds d’investissement comme Wendel qui met pour la première fois les pieds sur le continent (La Tribune).

Désormais, la région pourrait bien séduire les professionnels de la finance. Car le secteur financier, à l’image de l’industrie des services dans son entier, y connaît un vrai boom depuis quelques années, en particulier au Maghreb, tout en faisant face à une pénurie accrue de compétences techniques et managériales locales.

Wanted: nationaux avec expérience à l'international et autres profils experts (si affinités avec le continent)

Les entreprises recherchent donc de nouvelles compétences pour accompagner leurs développements. Les contrats d’expatriation étant devenus une denrée en voie de disparition, un boulevard s’ouvre aux nationaux ayant acquis des savoir-faire à l’international et même aux  professionnels envisageant une carrière dans une zone émergente, selon la division Afrique du cabinet de recrutement Robert Walters.

Doté d’une quinzaine de consultants, ce département ouvert à Paris en 2009, effectue des chasses dans le monde entier afin de faire notamment revenir des candidats à haut potentiel ayant quitté leur pays d’origine pour des raisons économiques ou politiques.

De la banque de détail au private equity en passant par la banque d’affaires

Les banques locales à l’instar de BMCE et de Attijariwafa Bank sont friands des banquiers dotés d'un parcours international solide. « Les acteurs de ce secteur sont particulièrement sensibles aux profils pointus dans le risk management et s'intéressent également aux professionnels seniors à même de structurer le développement du réseau sur le continent africain », constate Hatim Lahmiym, consultant senior chez Robert Walters.

Parallèlement, le secteur du private equity connaît une vraie montée en puissance au Maghreb, avec le lancement de nombreux fonds adossés souvent à des banques, à la Caisse de dépôt et de gestion marocaine, ou encore à des assureurs. Le segment du capital développement et les fonds en infrastructure se montrent particulièrement dynamiques. « Les fonds recherchent des portfolio managers, des business analysts seniors, qui après quelques années d’expérience peuvent prétendre à des postes de directeurs d’investissements, et des directeurs de fonds », précise Hatim Lahmiym.

Les banques d’affaires ne sont pas en reste. Elles multiplient le conseil aux acteurs mondiaux tentés par des opérations sur le continent, à l’instar de Kraft Foods devenu l’actionnaire exclusif le mois passé de BIMO (Aujourd'hui Maroc) ou encore Danone, qui a pris le contrôle avant l’été du groupe marocain Centrale laitière (Capital). Pour des postes de direction de projets, elles apprécient particulièrement les professionnels internationaux avec une expérience significative dans des grands cabinets de conseil en stratégie ou des grandes banques européennes.

Enfin, le secteur de l’assurance est en plein boom avec des acteurs locaux d’envergure comme Saham Finances, aujourd’hui à la conquête de nouveaux marchés sur le continent via notamment l’acquisition l’an passé de Colina, leader panafricain de l’assurance. Pour répondre aux nouvelles ambitions du secteur, « les assureurs recherchent activement divers types d’experts en assurance - en pénurie sur ces marchés locaux - des profils techniques, des actuaires et des risques managers », fait remarquer Hatim Lahmiym.

De plus grandes responsabilités mais des rémunérations pas nécessairement attractives

« Les raisons qui poussent les candidats à (re)venir sur le continent africain résident notamment dans les perspectives d’évolution, nombreuses », assure le cabinet de recrutement dans un communiqué. Ce que trouvent les candidats de la diaspora africaine, ce sont avant tout des postes avec des responsabilités beaucoup plus importantes que ce qu’ils auraient pu prétendre à Paris ou à Londres.

Si certains candidats ont accès à des packages améliorés (véhicule de fonction pour les postes de directeurs, « welcome bonus », hébergement gratuit les premiers mois…), les rémunérations ne sont cependant pas toujours à la hauteur de ce qui est proposé par les employeurs basés sur des marchés matures. C’est surtout en termes de pouvoir d’achat que les candidats sont gagnants.

« Au-delà de l'aspect purement financier, les candidats qui sont prêts à un retour le font surtout pour participer à la construction de leur pays », témoigne Hatim Lahmiym. Encore faut-il être mûr pour un nouveau départ, alors que des changements importants relatifs au mode de vie, au droit du travail ou encore de la fiscalité sont en jeu.

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