Kerviel en justicier, les employés de SocGen lassés...

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Media work outside headquarters of French bank Societe Generale in La Defense business centre, near Paris

Jérôme Kerviel ne lâche pas l’affaire. En fin d’après midi hier, il a annoncé sur RTL qu’il allait se pourvoir en cassation à la suite de la décision de la Cour d’appel de le condamner à trois ans de prison fermes et 4,9 milliards d’euros de dommages et intérêts.

Pourvoi en cassation, un coup d’épée dans l’eau ?

Sur RTL puis au JT France 2, Jérôme Kerviel a tenté le tout pour le tout. Se présentant comme la victime d’un jugement équivalent à un « châtiment », « une mort civile totale », l’ex-trader a « suppli(é) tous les traders de la Société Générale qui ont des éléments de venir [l]'aider » à étoffer sa défense.

Pourquoi pas ? Qui ne tente rien n’a rien. Cela dit, on voit mal, par les temps qui courent, des salariés de la banque en noir et blanc venir témoigner contre leur employeur au risque de perdre leur job… Même des ex-traders de la banque auraient peu à gagner à se faire « griller » dans le milieu, compte tenu de la médiatisation de cette affaire hors-norme. Pour reprendre l’expression d’un internaute, un certain King, hier sur le site : « Tout le monde se sert les coudes. La banque est une grande famille » !

De toute manière, rien ne dit que le pourvoi en cassation ne sera accepté. Pour Jean Veil, l'avocat de la Société générale, « la suite est déjà écrite, ce pourvoi sera évidemment rejeté »  (BFM TV)

Pourquoi Kerviel ne doit pas s’inquiéter des indemnités qu’il a à rembourser (qu’il prenne exemple sur Nick Leeson !)

4.915.610.154 euros à payer, 370.000 années de SMIC. L’addition est évidemment très salée pour l’ex-trader de 35 ans, au chômage depuis qu'il a quitté son emploi début 2011 au sein de la société d'expertise informatique LCA pour se consacrer à sa défense. Pas sûr, au passage, que cela ait été sa meilleure idée.

La banque est en droit de ponctionner tout patrimoine et revenus (salaires, retraites, droits sur son livre et film à venir…), ne laissant à Jérôme Kerviel que le strict minimum pour vivre (se nourrir, se loger).

Cela dit, la Société Générale se dit « réaliste » concernant ce remboursement et se dit prête à « examiner la situation de M. Kerviel, le cas échéant avec ses avocats ». Bref, l’accusé ne devrait pas trop avoir à s’en faire.

Prenez Nick Leeson, qui était, lui, parvenu à mettre à terre son employeur, la Barings. Il avait été condamné à payer 100 millions de livres de dommages et intérêts. Ses créditeurs l’ont depuis laissé tranquille. Il vit aujourd’hui très confortablement grâce à ses interventions. Selon son agent, il chargerait à ses hôtes 7.500 livres hors taxe pour un discours en Grande-Bretagne et entre 10k et 20k livres sterling à l’étranger (hors frais). La semaine passée, Nick Leeson a pris la parole dans des évènements à Moscou, Dubaï et en Australie, soit environ 40k livres.

À l’origine, l’ex-trader devait donner une portion de ses revenus aux créditeurs de la Barings, mais il aurait cessé de le faire il y a 7 ans.

Les employés de la SocGen « soulagés, mais lassés »  

La banque et ses employés pensaient pouvoir enfin faire leur deuil de toute cette affaire hier. Mais le pourvoi en cassation demandé par Kerviel repousse encore ce moment.

« Le verdict, très attendu, a été un soulagement pour nous car il était conforme au premier jugement et confirme la non-culpabilité de la banque », nous a confié ce matin un salarié de la SGCIB. En revanche, le pourvoi en cassation, même s’il était anticipé, n’a pas été du goût des employés. « On aimerait passer à autre chose et arrêter de voir les caméras en bas de la tour à chaque épisode de cette trop longue affaire... On aimerait surtout entendre parler de la banque autrement qu’à travers Kerviel », lâche-t-il.

Cette affaire a miné l’humeur des équipes, presque ou sinon autant que la crise financière elle-même. Et malgré, le rattrapage des résultats financiers et les bénéfices accumulés ces dernières années par la banque, « les gens ne sont plus fiers de travailler à la Société Générale. L'énorme succès du plan de sauvegarde de l'emploi ce printemps en a été la meilleure illustration », s'inquiète un syndicaliste, cité par Les Echos.

D’autres Kerviel se cachent-ils dans les salles de marchés ?

La question mérite d’être posée, notamment au vu de ce commentaire posté hier sur notre site (toujours ce fameux King) :

«  Le modèle d’organisation des tables de marchés n’a pas changé : ainsi on retrouve une population jeune, trop, qui jette son dévolu sur l’argent, le plus souvent sans avoir d’attaches familiales [..]. Du coup, une masse de personnes à risques. Ce schéma n’est même pas cartographié par les managers de risques, trop englués dans leurs calculs quantitatifs, alors qu’on manie de la pysché là pas uniquement des chiffres ! Donc personnellement je suis prêt à parier que les clones de kerviel sont déjà actifs dans le monde financier. La demande exacerbée pour les jeunes profils “quant” a fini par camoufler les failles psychologiques possibles de ces mêmes personnes et la piètre qualité de contrôle des cadres qui les entourent »

La probabilité qu’une telle affaire surgisse à nouveau a été cependant très fortement réduite si l’on considère les centaines d’emplois créés dans les départements de gestion de risques et de contrôle des banques, en premier lieu chez SocGen.

Concernant les profils “d’ingénieurs quantitatifs”, un chasseur qui côtoie quotidiennement cette population nous dit d’eux qu’ils constituent au contraire des « profils psychologiques solides comme du roc, parfois au point de présenter peu d’émotions, et c’est ce qui est précisément utile face à la pression de leur quotidien solitaire en salle de marchés ».

Kerviel n’était d’ailleurs pas issu d’une grande école d’ingénieurs mais est diplômé d’un DESS en finance de marché de l’université Lyon II, avec la mention « assez bien ». Bref loin de la population des X, Ponts, Mines, Centrale…

« Kerviel n’était pas un ‘ingénieur autiste’, il a agit sous la pression des pairs, pour plaire à ses supérieurs. Rappelons qu’il n’y a eu aucun enrichissement personnel dans cette histoire. L’esprit de corps est tel chez la SG que les employés recherchent la performance à tout prix. C’est une ambiance que vous ne retrouvez pas dans les salles de marchés d’autres banques », explique un chasseur de tête, ex-employé de la banque.

Vraiment ?

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