OPINION : Réponse à... ceux qui condamnent les traders et leurs bonus

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Personne n'est choqué par les salaires très importants des joueurs de football ou les sommes données aux tennismen qui gagnent un tournoi. Pour quelle raison ? Sans doute parce que l'on sait que, par leur travail (car en l'espèce le jeu est un véritable travail), ils créent une valeur énorme pour l'économie tout entière. Le spectacle créé par les performances de tel ou tel grand joueur a des répercussions économiques immenses, et contribue indirectement à l'existence de milliers d'emplois (vendeurs de boutiques de produits dérivés, employés des entreprises dont il assure la publicité, etc.). Les traders sont moins spectaculaires qu'un petit pont de Zidane sous l'ceil des caméras, mais ils créent aussi de la valeur pour beaucoup de monde.

Il faut rappeler de plus qu'un très grand nombre de professions sont rémunérées à la performance (c'est le cas de la plupart des vendeurs ou représentants). Si les bonus qui en résultent sont si importants pour les traders, c'est qu'il s'agit d'un métier où les sommes manipulées sont considérables.

Enfin, il faut se souvenir que le métier de trader est un métier à haut risque. Il demande une réactivité permanente puisqu'il faut décider en temps réel de l'achat ou de la vente d'actions, de devises, d'obligations ou d'options. Armé de plusieurs téléphones, placé face à de nombreux écrans qui délivrent des informations en temps réel et permettent de surveiller l'évolution et les fluctuations des marchés internationaux, il doit apprécier les risques, fixer le prix des produits et négocier, minute par minute, les transactions. Il doit prendre des décisions lourdes de conséquences en quelques secondes. Les journées de travail commencent très tôt et finissent tard, car il faut suivre en temps réel les ouvertures des bourses des marchés internationaux qui se succèdent tout au long de la journée (Tokyo, Francfort, Paris, Londres, New York). Le stress est permanent et la pression énorme. Ce métier n'est d'ailleurs pas de ceux que l'on fait trop longtemps car il use... Le montant de la rémunération est aussi, en quelque sorte, une compensation pour la brièveté de l'exercice de cette profession.

Ajoutons qu'on ne s'improvise pas trader comme cela. Parfaitement bilingue, il doit posséder une solide formation en gestion, économie, mathématiques, statistiques et informatique. Ce n'est pas une fiche de poste tout à fait banale !

Quelques chiffres pour être concret : 753 000 euros par an et par personne, c'était le montant des bonus versés aux traders en 2007. Ces bonus représentaient une part très importante de la rémunération totale des salariés, puisque le salaire de base annuel en 2007 d'un junior était de 74 500 euros brut en moyenne et celui d'un senior de 126 500 euros brut.

Georges Pauget est directeur général du Crédit Agricole, docteur d'État ès Sciences économiques, il a effectué l'essentiel de sa carrière au sein du groupe Crédit Agricole. Il est l'auteur du livre Faut-il brûler les banquiers ? publié en novembre 2009 aux éditions Jean-Claude Lattès et dont est tiré cet extrait.

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