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OPINION : Les ingénieurs en informatique ne veulent plus coder !

Les développeurs n’ont jamais été aussi sollicités, notamment en finance de marchés. Pourtant le métier rebute, regrette Rodolphe Bellenguez, directeur associé de Cap Fi Technology*.

Vingt ans auparavant, l’ordinateur éveillait des passions dans la tête des étudiants brillant en maths. Aujourd’hui, l’ingénieur en informatique n’est plus un technophile. Aujourd’hui, un simple composant J2EE ou NET fait le travail pour vous. Résultat: plus besoin de mettre les mains dans le cambouis mais la tâche, ainsi réduite, en est aussi beaucoup moins satisfaisante. De fait, la programmation est devenue plus orientée métier (celui de l’utilisateur).

Au niveau professionnel, l’ingéniosité se retrouve alors dans la passerelle métier -logiciel et non plus dans la création du logiciel lui-même. D’où cette récente vocation pour le métier de maîtrise d’ouvrage. Le MOA, comme disent les SSII, c’est celui qui comprend le métier de l’utilisateur et l’explique ensuite aux développeurs. Avant, l’ingénieur communiquait avec son utilisateur final. Aujourd’hui, le MOA a le beau rôle: l’informaticien n’a plus qu’à faire du lego à partir de plans prémâchés!

On comprend aisément que notre future élite renâcle à apprendre la syntaxe des processeurs. L’informatique est devenue un métier banal, mondial et appris dans toutes les langues. Il sort autant d’ingénieurs en informatique chaque année des écoles indiennes qu’il y en a en exercice en France.

Devant ce fait, l’étudiant en informatique en France se demande quelle va être sa place demain dans l’entreprise. Où sont les postes clés en phase avec sa formation? J’ai pas fait les classes préparatoires pour taper du code toute la journée derrière un écran! Pourtant, dans des secteurs exigeants comme celui de la finance de marchés, la demande en développeurs n’a jamais été aussi forte.

Taper du code pour mieux évoluer

Les banques doublent ou triplent leurs effectifs afin d’avoir le système d’information le plus performant et le plus innovant: architecture NTiers, tenue de portefeuille en temps réel, ferme de serveurs pour le calcul de risques… Inutile de préciser qu’elles veulent les meilleurs et que le niveau technique des équipes informatiques doit flirter avec l’excellence. Or, en choisissant la finance comme secteur d’activité, un jeune ingénieur est disposé à taper du code pendant un an au mieux, afin d’évoluer rapidement vers du management ou de la maîtrise d’ouvrage. S’il possède des aptitudes à communiquer, il peut passer par le support utilisateur en salle de marchés avant d’évoluer. Nous ne parlerons même pas des ingénieurs ayant une bonne formation en mathématiques comme l’Ensimag (École nationale supérieure d’informatique et de mathématiques appliquées à Grenoble) et qui veulent être directement traders!

Qu’y a-t-il de plus stimulant intellectuellement: piloter un avion bardé d’assistance ou le concevoir?

L’outsourcing n’est pas un risque fort car la connaissance du métier est primordiale. Un DSI sous-traitera aisément la mise en place d’un outil de reporting mais ne confiera jamais son modèle de données à une société extérieure. De même que la proximité utilisateur est essentielle dans la réussite d’un projet métier: la preuve en est que la méthode de gestion du développement dite itérative -c’est-à-dire avec des cycles courts allers-retours entre la conception du logiciel et le client final- est en plein essor.

Le MOE, à la fois architecte, ouvrier et assureur de son ouvrage

Le métier d’informaticien doit retrouver ses lettres de noblesse. Dans les entreprises dépendantes comme les banques d’investissement, l’ingénieur d’études et développement -le MOE en langage SSII- n’est pas assis derrière son écran toute la journée. Il prend en charge la responsabilité d’une partie d’un projet, de la compréhension métier à la livraison et maintenance en production avec des objectifs de délais, sécurité, rapidités d’exécution et disponibilités très contraignants. Il est à la fois l’architecte, l’ouvrier et l’assureur de son ouvrage. C’est un métier qui s’adresse à des ingénieurs : excellente formation technique sur les nouveaux langages, les cycles de projets comme sur le métier et la gestion de la relation utilisateur. Seuls ceux qui se saliront les mains pourront prétendre à une évolution de carrière ascendante les mettant à l’abri du spectre du développeur quadragénaire.

* Cap Fi Technology est une société de conseil en informatique qui accompagne les banques d’investissement dans l’architecture et la mise au point de leurs systèmes de trading et de gestion des opérations de marchés.

Cet édito est une version résumée de l’article publié dans Programmez !, n° 100.

commentaires (17)

Comments
  1. Que d’imprécisions et de flous qui ne décrivent absolument pas la situation actuelle: si les ingénieurs ne veulent plus coder c’est que la formation en école est peu adaptée aux exigences métier – 1 an de codage au moins? 3 ou 5 au moins est plus exact? L’informatique actuelle, du lego? c’est comme si on disait que construire une voiture se fait en appuyant sur un bouton pour générer les plans et enclencher la chaine de montage…

    Je passe sur l’outsourcing qui est en échec du fait de la non compréhension des fondation du pilotage de projet, de la communication, et j’en passe.

    Enfin je conclus en reprenant un argument choc: l’évolution du programmeur – s’il a des capacités à communiquer, il sera du support… Sachant qu’il en fait déjà et que les deux carrières sont plus disjointes qu’autre chose…

    Très très loin de la réalité… Faudrait-il encore savoir comment cela se passe dans le monde réel!

  2. En réalité, il faut être honnête avec les jeunes informaticiens qui sortent de l’école.
    “Plus tu codes, plus tu bousilles ta carrière”
    Les ingénieur codeurs se retrouvent par dizaines, sur des plateaux tels des poules dans une ferme.
    on lui demande jamais son avis, c’est un soldat qui obéit aux ordres….En plus il est mal payé lol
    Le mieux c’est d’aller vers le fonctionnel, être MOA, connaitre les métier, apprendre à faire la réunionite, de la com, du léchage des directeurs…

    C’est moche ce que je viens de dire, mais c’est la réalité de ce qui se passe sur tous les projets

  3. Mon article est plutôt optimiste. Oui, le souhait d’évoluer est bon mais notre secteur a besoin d’excellents ingénieurs en informatique.

    DB : voici mes réponses :
    C’est une réalité pour tous les recruteurs du secteur Finance : une majorité de jeunes diplômés ne souhaite pas coder plus de 1 an avant de passer côté fonctionnel. C’est à la fois sain et dommage car au bout de 1 an, on sort du statut de junior et on commence à apporter quelque chose au projet.
    – “L’informatique actuelle, du lego?” On s’en rapproche oui. Auparavant, le client-serveur, c’était une socket et du marshalling à la main ; le mapping objet-relationnel, c’était du code SQL dans le code objet. Aujourd’hui, les frameworks font tout cela pour vous et vous vous concentrez sur les aspects métiers. C’est une avancée indéniable.
    Outsourcing : lisez bien mon opinion, elle va dans le même sens.
    Le support applicatif s’adresse bien à des JD qui souhaitent apprendre le fonctionnel et évoluer, par ex, vers de la MOA sans passer par la case codage.

    Quant au monde réel, je pense que 10 années en salle de marchés dont 7 sur des projets m’ont permis de prendre un peu de recul.

    Rodolphe Bellengez, Cap Fi Technology Répondre
     
  4. Cher Rodolphe,
    Je suis tout à fait d’accord qu’en java, on tend à penser que l’on ne fait que du lego (et encore pour les applications serveur devant fournir de hautes performances, le lego peut vite tourner au bain de sang quand le JD s’aperçoit que le garbage collector prend toute la CPU du serveur). Cependant, ma forte expérience sur les logiciels propriétaires de trading temps-réel m’a appris à ne pas sous-estimer la complexité de customisation de ces applications, ainsi que la complexité de leur architecture. A un certain niveau de performance, une connaissance technique pointue s’avère necéssaire et ne s’acquiert généralement pas en dessous de 2-3 ans.

    La multiplicité des types de projet en informatique financière font que l’expertise technique est indispensable, malheureusement ce type de compétence n’est effectivement pas reconnue et est un frein à la carrière. Les meilleurs développeurs que je connaisse: plus de 5 ans d’xp maitrisant la technique et le fonctionnel, ce qui permet de répondre au mieux aux attentes de nos chers DSI.
    Il est sur que pour maximiser la marge commerciale d’un JD, il vaut mieux lui donner une xp de dev, plus facile à vendre, et ensuite en MOA

  5. “Piloter un avion avec plein d’accesoirs à coté ou le concevoir?”
    voilà comment vous posez le problème.
    La réponse est claire pour la plupart des JD, donnez le meme salaire au pilote qu’au concepteur et vous verrai.

    En salle le developpeur n’est qu’une m***** devant un trader, quelle que soit la formation de l’un ou de l’autre (c’est le poste qui compte) alors sortant de l’ENSIMAG, le JD va preferer faire du trading (si possible).

  6. et n’oubliez pas la difference des salaires entre un developpeur et un AMOA. Moi, personnelement, je prefere ne pas galerer à la fin du mois

  7. Piloter un avion c’est clairement plus stimulant…

  8. Je ne suis pas d’accord pour l’outsourcing. Ce n’est pas un risque majeur c’est LE risque majeur. La connaissance du métier de même que la méthode itérative se gère aisément par quelques conf calls…

  9. Je pense que le choix entre MOA ou MOE dépend également des sensibilités de chacun. Ce sont deux ouvertures d’esprit sur des sujets différents. Le MOE va s’intéresser à toutes les nouvelles techno qui pourront l’aider à optimiser ses dev, son temps. Le MOA est tout aussi curieux mais sur les autres métiers afin de comprendre les enjeux, challenger les besoins clients et orienter les projets dans la bonne direction. Le MOA bénéficie du fait qu’il est en frontal avec le client et donc d’une réelle reconnaissance si le projet fonctionne.

    Mais il faut rester prudent car le MOA doit acquérir une certaine crédibilité afin d’être “écouté” par les autres métiers, et cela passe par une solide connaissance fonctionnelle mais également technique. De plus, il doit savoir de quoi il parle, pour rester crédible face aux équipes de dév.

    Le MOE a un avantage sur le MOA, c’est de maîtriser la technique et donc il doit bonifier ces compétences en s’intéressant à la partie métier.
    Ce qui lui permettra rapidement de prendre une autre dimension.

  10. Il est vrai que les développeurs sont sous-payés et mal considérés. leur carrière sera moins bonne.
    C’est le reflet de la société : l’élite qui gagne très bien sa vie doit parler, être vue et jet-set, être superficiel et travailler uniquement sur le look.
    La technique est réservée aux citoyens de deuxième zone ou aux ingénieurs du tiers monde ….
    Alors le choix des ingénieurs des Grandes Ecoles qui ne rêvent que de salaires à 6 digits est vite fait !!!!!

  11. J’aimerai savoir ce que l’on appelle sous payé? Les gens ne veulent plus faire de dev en France, car la profession n’est pas valorisée. Maintenant, allez faire la même enquête à la City ou à Wall Street, le son de cloche n’est pas le même. Un IT-Quant à Wall Street peut toucher facilement un fixe de 150-200k$ plus le variable dérrière. Allez demander aux codeurs qui sont chez RenTech où chez Citadel s’ils sont à plaindre.

    De plus quelqu’un de très expérimenté en dev et en finance peut continuer à éxercer son métier de codeur en freelance et palper sévère. J’en connais qui tournent à 1500euro/jour et qui ne changeraient de boulot pour rien au monde.

    Dans le dev comme dans les autres métiers de la finance c’est l’excellence qui paye. Si on est trader et que l’on genère un maigre P&L on ne vole pas bien haut.

  12. Je suis IT-Quant en salle de marchés, et on fait passer des entretiens depuis plus de 6 mois pour avoir un stagiaire ou un VIE. Mais sur une douzaine de candidat vu depuis 3-4 mois, je peux dire qu’en général le gars qu’on a vu sont mauvais en informatique. Depuis que toutes les écoles d’ingénieur se sont mises à faire une spécialité math-fi, elles forment des gens moyens (voire mauvais) en math, finance et informatique.Ils veulent tous devenir trader… Faut déjà être bon dans une chose puis convaincre dans autre chose.
    Il y a des jobs de développeur qui sont très valorisés et très bien rémunérés, suffit et démontrer qu’on est bon. Faut pas forcément avoir fait l’Ensimag ou mines pour réussir en tant qu’IT.

  13. il serait bon de rappeler à un grand nombre de formations que les écoles d ingénieurs en informatiques forment avant tout des ingénieurs, et pas des pisseurs de code.

    En effet, le backgroud en maths, physique, anglais… est souvent largement au niveau des formations dites generalistes… leur formation en code se résume souvent à leur stage de fin d’etudes… et les autres personnes issues des autres formations ont bien tendance de manière volontaire ou pas à les cantonner à des taches de codeur… bref, quoi de plus normal pour un ingénieur de vouloir exploiter ses capacités? on prend bien trop d ingenieurs en informatique pour faire un travail de bts informatique…

  14. Je suis MOA, formation pur finance, jamais décortiqué un code et pour moi un ex MOE finance avec slt 1 an d’exp peut rarement faire un bon MOA sur un gros projet de 1 an avec du project management en prime.
    Car ils ont été peu entrainés durant leur étude à rédiger des documents claires. Leurs specs partent souvent dans tous les sens, manque d’efficacité et surtout un MOA doit savoir poser les bonnes questions au business et pour cela il faut deviner comment fonctionne le produit et solliciter le moins possible le business avec des questions basics fonctionnelles que le MOA pur ne posera pas.
    Le MOE junior qui joue au MOA a tendance aussi à développer des trucs non demandé par le business, couteux en temps dc en jours hommes à la poubelle. Par contre je trouve injuste qu’un MOA soit mieux facturé qu’un MOE. Avec leur intelligence et leur logique carthésienne et leur bagage mathématique, ils comprennent vite le business à 3-4 ans d’exp . Ils rajoutent une vrai Valeur Ajouté au projet. J’ai tjs culpabilisé d’être mieux payé qu’eux, je ne le mérite pas. Il est vrai que mon travail est approximatif. Le leur est dans la précision.

  15. entierement d’accord avec les commentaire de Hakos , Kritik, Phillipe
    par aileurs les articles sur ce site sont vraiment a la ramasse. a quand de vrais articles qui bosuculent la langue de bois plutot que du discours officiel rechauffe et faussement provocateur

  16. @Chris

    les freelance en france a 1500 eur/jour c’est tres rare et c’est pas des dev, peut-etre architecte ou chef de projet, MOA tres specialise
    j’ai ete longtemps freelance, je connais un peu les tarifs

    @J20

    des dev competents sont difficiles a trouver, c’est peut-etre vrai,
    mais j’ai fait des annees au debut de ma carriere du dev (C++) et abandonne car sous-paye et sous-considere. de plus dans les banques le dev est merdique au niveau technique, ca va du excel au cobol . une raison de la deconsideration est qu’on prend des bac+2, bien moins chers pour pisser du code

  17. je suis quant inge avec master finance, j’ai beaucoup code en C++ en debut de carriere mais la plupart de mes collegues en sont incapables et on s’en fout.
    de toute facon tout est merdique en banque, je prefere meme le milieu scientifique pour sa rigueur plutot que tous ces charlots qu’on recontre dans le management des grandes banques (la crise actuelle est liee a tous ces charlots et leurs copains politiciens). et kerviel, faudrait peut-etre interroger ses superieurs ?? (ou le systeme est ce point pourri ?)

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