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OPINION : La crise économique et financière, synonyme de mort des modèles ?

La rumeur d’abord sourde a enflé, elle gronde maintenant, raisonnant sur la moquette épaisse des institutions financières : Une équation subversive tuerait les banques en série… On s’inquiète. On met les équipes quantitatives en quarantaine. On met tout le département d’audit sur le coup. On s’en prend à la réglementation qui laisse des équations en liberté (vous rendez-vous compte ? quelle inconscience !)… Voilà qui aurait fait un très bon sujet pour Kafka, mais c’est un peu mince pour expliquer une crise sans précédent.

Lorsqu’il s’agit d’identifier les responsabilités de chacun dans la crise, beaucoup de gens pointent aujourd’hui du doigt les mathématiques financières et les dérives de la modélisation. On ne peut pas nier leur implication, puisqu’elles sont aujourd’hui parties intégrantes de la plupart des processus métier relatifs, notamment, à la banque d’investissement. Néanmoins, les mathématiques sont un outil, au même titre que l’informatique et le téléphone, qui contribuent à améliorer la gestion, et en aucun cas, une boîte à réponses infaillible qui outrepasse le management. D’ailleurs, je ne me rappelle pas avoir vu un modèle siéger à un comité exécutif ou à un comité nouveau produit !

Avant que tous les docteurs en mathématiques ne se promènent avec une clochette pour éloigner les gens sains de leur passage, il serait peut-être bon de rappeler la difficulté inhérente à l’exercice. Celle-ci réside principalement dans l’estimation de la marge de sécurité , qui doit être ajoutée aux modèles pour tenir compte des risques extrêmes. En effet, cette estimation repose sur l’appréciation des conséquences de phénomènes rares, et un modèle n’est théoriquement valable que dans le cadre d’un fonctionnement normal . Cet exercice très subjectif est au cceur de la gestion des risques et représente une composante essentielle de la réglementation prudentielle.

Dans les institutions financières, on s’appuiera pour ce faire sur des stress tests ou des analyses de scénarios, dont les paramètres extrêmes sont issus de jugements d’experts. Les équipes quantitatives feront en sorte que ces approches à dires d’experts soient cohérentes avec les modèles classiquement utilisés, mais cette cohérence n’est pas une justification statistique, et la quantification du risque reste pour l’essentiel un exercice arbitraire.

Bien que la quantification des risques extrêmes n’ait pas de fondements statistiques (dans le sens où elle ne s’appuie pas sur des observations, mais sur des estimations), il n’est pas rare de voir des gens lui faire une confiance aveugle du fait du verni scientifique qu’elle revêt. Ces mêmes personnes se retrouvent donc particulièrement désemparées lorsque l’activité fait face à une situation exceptionnelle, qui va au-delà des estimations des experts et donc du maximum donné par le modèle.

Pour éviter ces désillusions, il conviendrait sûrement de revoir les méthodologies sous-jacentes à l’obtention de ces indicateurs (nouvelle réglementation ?), mais il serait sans doute plus sûr et plus simple de rappeler aux acteurs de la finance les limites de leurs outils…

* Manager chez Protiviti, cabinet conseil en audit interne et en gestion des risques de l’entreprise et de ses systèmes d’information, filiale de Robert Half International.

commentaires (6)

Comments
  1. Le problème n’est pas d’utiliser des modèles mais de les suivre aveuglément en croyant que la finance est une science dure…

  2. je dirai pareil sur les politiciens qui ont cru aveuglément les économistes néo-classiques (dérégulation, marché libre partout, pas de quota, pas de taxes sur les entreprises, libre circulation des capitaux, etc. …) car ils croyaient détenir une science dure basée sur les “agents rationnels” et “l’autorégulation”.
    regarder une livre d’économie avec ses courbes en X présentés comme paroles d’évangile est en ce sens assez éloquent. on parlait de “voodoo économics” sous reagan et tatcher ..

    les pseudo-sciences que sont les modèles financiers ss calcul d’erreur et l’économie néo-classiques sont les nouvelles idéologies du 21e siècles. l’excès d’idéologie est toujours dangereux … quelques formules vraies ou fausses ne les rendent pas + crédibles

    on pourrait aussi parler de l’effet de *corruption* intellectuelle des rémunérations incititatives des quants, économiste, politiciens, juristes qui poussent à ignorer les limites des prévisions. qui décident de ces incitations “biaisées” ? ceux qui sortent toujours indemnes des crises et qui profitent aux mieux des bulles générées …
    pauvre démocratie .. impossible de jeter le système quand on en a tant profité

  3. Peut etre faudrait il arreter de jeter la pierre sur les quants. Qui sont ceux qui ont gagné les plus gros salaires ? quels sont ceux qui ne comprennent rien à ce qu ils font ? et qui a le pouvoir decisionnel? … certainement pas les quants.

  4. Le probleme ne vient pas des quants. En général, les quants doivent suivre les ordres venant du desk et doivent construire des modèles qui produisent les prix du marché. Le pire est que l’avis des quants est le plus souvent ignore.

  5. Cité : “Bien que la quantification des risques extrêmes n’ait pas de fondements statistiques (dans le sens où elle ne s’appuie pas sur des observations, mais sur des estimations)”

    Aucun fondement statistique. Des estimations. Globalement, on décide en amont du résultat qu’on souhaite obtenir…. alors, on a beau mettre des formules tordues au milieu, ca ne cachera pas l’absence totale de pifomètre et d’a priori de la méthode.

  6. comme si on pouvait modeliser le comportement et l’interaction des individus intervenant sur les marchés financiers avec quelques équations…
    Les modeles, ça marche bien dans un monde de bisounours mais malheureusement les professionnels de la finance ne sont pas des bisounours.

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