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Comment se préparer aux entretiens d’embauche en Salle des Marchés

Olivier Bossard, directeur exécutif du Master Finance d'HEC

Olivier Bossard, directeur exécutif du Master Finance d'HEC

En septembre dernier, Olivier Bossard, vétéran des marchés boursiers, prenait la direction exécutive du Master Finance d’HEC. Passé des trading floors aux amphithéâtres de cours, il nous confie ses recettes pour préparer les étudiants d’HEC aux entretiens d’embauche en Finance des Marchés.

Professeur Bossard, quels conseils génériques donner aux candidats au Trading pour réussir leur premier entretien d’embauche ?

La préparation technique est évidemment primordiale, c’est pourquoi à HEC nous insistons inconditionnellement pour maintenir dans notre programme un contenu académique riche et intense.

Ensuite, comme pour un athlète de haut niveau, la préparation physique et mentale compte également beaucoup !

Enfin, il est tout aussi indispensable de développer une culture financière et d’être au top de l’actualité économique et financière.

Conseillez-vous aux jeunes candidats de lire le Financial Times de A à Z tous les matins ? Leurs recommandez-vous aussi de suivre les grands indicateurs boursiers et économiques ?

Idéalement oui, mais il faut rester humble et accepter qu’on ne puisse pas développer une culture financière de zéro en quelques mois seulement.

Plutôt que de tenter de retenir des tableaux d’indicateurs boursiers chaque jour, j’encourage mes élèves à étudier en profondeur l’évolution d’un sous-jacent particulier. Maitriser à fond les problématiques de valorisation d’un actif spécifique et les fluctuations de son cours boursier, ainsi d’ailleurs que sa cotation en termes optionnels, crédibilisent considérablement la candidature d’un jeune trader.

Ensuite, son agilité mentale et sa capacité à absorber et analyser de grandes quantités d’information se développeront patiemment, au fil des années d’expérience.

Est-ce la raison pour laquelle vous postez quotidiennement sur Twitter des billets sur l’actualité financière ?

Précisément ! La fluidité et le format de ce réseau social sont idéaux : 140 caractères suffisent tout juste pour interpeller chaque matin mes étudiants sur un sujet d’actualité, exciter leur curiosité, et les inviter à explorer plus en profondeur les enjeux sous-jacents et leur dynamique d’évolution.

Egalement, je joins à chacun de mes posts un graphique, une infographie ou un tableau, voire même une simple photo, car je suis convaincu que cette « accroche » visuelle aide beaucoup à assimiler de nouvelles informations.

Votre compte Twitter, créé il y a 2 mois à peine, compte désormais plus de 1.600 followers. Visiblement vous êtes suivi bien au-delà d’HEC !

Au-delà du microcosme de mes 170 étudiants au MSc Finance d’HEC, sûrement, oui. Mais j’ai encore de la marge, car la population d’étudiants sur le campus d’HEC est loin d’être entièrement couverte (ndlr : 4.000 étudiants).

Cependant, vous savez, les followers vont et viennent ; au-delà de ces chiffres éphémères, c’est le taux d’engagement qui compte.

Mais ne craignez-vous pas de dévoiler ainsi publiquement vos analyses aux étudiants concurrents à votre programme ?

Absolument pas ! Tout d’abord, l’information financière est déjà présente à 100% dans le domaine public. Ensuite, je suis un grand partisan des systèmes d’éducation ouverte ; nous vivons à l’heure du numérique et des MOOCs.

Mon modèle dans ce domaine reste Charles Vest, ancien Président du MIT, qui a réussi à imposer avec l’OpenCourseWare une diffusion numérique gratuite sur internet de l’intégralité des supports de cours du MIT.

A mon humble niveau, mes supports de cours sont d’ailleurs disponibles pour tous, en Anglais, Français … et même en Mandarin depuis l’an dernier.

Par contre, évidemment, je garde en privé les débats et échanges que suscitent mes tweets au sein des étudiants du programme dont j’ai la responsabilité.

Comment trouvez-vous le temps de suivre ainsi quotidiennement l’actualité financière, en plus de votre charge de cours et de travail ?

Les bonnes habitudes de trading ne se perdent pas après vingt ans de métier ! La passion des marchés fait partie de mon ADN, et mon horloge biologique toujours ainsi réglée : réveil naturel à 5h tous les matins, puis une heure trente d’analyse quotidienne des marchés, entre la douche et le café, avant de partir au travail.

Avant votre reconversion dans le milieu académique, vous avez interviewé et embauché des dizaines de jeunes traders de la City. Gardez-vous en mémoire le souvenir d’un de ces entretiens en particulier ?

Oh, il y en aurait certainement beaucoup ! L’anecdote la plus tragique est sans nul doute une session d’entretiens que je menais en 2006 sur le campus de l’IIT de Kharagpur, alors que je montais en Inde une large équipe d’Ingénierie Financière pour assister la plateforme mondiale de Trading Dérivés que je dirigeais chez Lehman Brothers.

Après quatre heures de route chaotique depuis Calcutta, nous étions arrivés à l’aube dans cet IIT, une des universités les plus renommés d’Inde, développée sur le site de l’ancienne prison de l’Empire Britannique à Kharagpur.

Dans la moiteur suffocante des moussons d’été du Bengale Occidental, sous le toit brûlant d’un immense gymnase converti pour l’occasion en forum de recrutement, j’enchainais toute la journée des entretiens avec des dizaines de candidats, pré-sélectionnés parmi le top 1% des mathématiciens et informaticiens du pays. En fin de soirée, alors que je signifiais à un brillant ingénieur son embauche, il s’est effondré au sol, inanimé d’épuisement pendant quelques minutes. Il me confia des années plus tard qu’il avait fait la queue pour cet entretien depuis le matin, sans prendre la moindre collation pendant plus de 8 heures !

Une dernière question à propos d’entretiens d’embauche : en tant que Managing Director à Lehman Brothers, vous aviez cette redoutable réputation de terroriser les jeunes candidats au trading avec votre Rubik’s cube. Comment préparez-vous maintenant vos étudiants à ce type de défis lors de leurs entretiens d’embauche ?

Cette légende dépasse largement la réalité : je n’ai jamais imposé la résolution de mon cube pour devenir trader, et je n’utilisais ce Rubik’s Cube qu’au seul dessein d’évaluer la résistance au stress de mes candidats.

J’ai d’ailleurs cessé de m’en servir depuis qu’un candidat averti a relevé mon défi : il avait passé deux semaines pleines à maîtriser les algorithmes de Fridrich, et a su résoudre mon cube en moins de 40 secondes !

Par la suite, mon représentant Bloomberg m’avait offert une dizaine de cubes : ils sont restés pour moi des souvenirs collectors, qui trônent toujours sur mon bureau dix ans plus tard à HEC !

Pour en revenir aux entretiens d’embauche, il est vrai que les « casse-tête » ont encore la part belle dans les interviews pour des postes à forte composante analytique. Alors j’encourage aussi mes étudiants à prendre l’habitude de dérouiller quotidiennement leurs neurones avec des « brain-teasers » en tous genres !


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