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L’effet potentiel du Brexit sur les plans de carrière des jeunes diplômés en finance

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Le Brexit va-t-il remettre en cause l’attractivité de la capitale britannique auprès des stagiaires et jeunes diplômés en finance ? Voici, sur la sur la base de témoignages d’étudiants et de responsables de formations en finance, ce qu’il pourrait advenir dans les mois et les années à venir…

Quid des stagiaires en finance…

Parmi les premiers concernés figurent les étudiants en finance. Frais de scolarité, visas, reconnaissance des diplômés : nombreuses sont les interrogations à ce jour. Mais au delà du cadre de leur scolarité, les étudiants risquent également d’être impactés dans leurs stages. Si pour l’instant, il n’y a pas eu d’impact sur ceux d’entre eux qui sont en train de faire leur Summer Internship à Londres, les choses pourraient être amenées à changer pour les prochaines promotions.

A terme, « la géographie des stages va probablement évoluer en fonction des déménagements d’équipes. Dublin ou Paris sont des destinations considérées », rappelle à ce sujet Michael Ohana, fondateur d’AlumnEye, structure de préparation aux entretiens en Banque d’Affaires, Finance de Marché et Conseil en Stratégie pour les “Summers“,”Off-cycle” et “Graduates“.

Quant à celles et ceux qui auront la chance de se voir proposer une proposition ferme d’embauche à l’issue de leur stage, là aussi des déplacements ne seront pas écartés. « La géographie pourra changer pour les futures recrues qui commenceront en juillet 2017 », poursuit Michel Ohana

Londres certes concurrencée …

« Si Londres conserve son passport européen, les changements seront minimes. Dans le cas contraire, j’imagine que d’autres places européennes vont être amenées à se développer – et toutes s’y préparent : Paris mais aussi Francfort, tout comme Amsterdam, Dublin, Luxembourg », nous indique Gaëlle Le Fol, responsable du Master 203-Financial Markets de l’Université Paris-Dauphine, dont 47,8% des diplômés de la promotion 2014 (derniers chiffres précis disponibles) décrochaient leur premier job…. à Londres.

Les grandes écoles se sont pour l’instant plutôt fait discrètes sur les effets éventuels du Brexit, ce qui n’empêche pas certaines d’entre elles de prendre les devants. Hasard du calendrier ? Toujours est-il que l’IDRAC Business School, par exemple, a annoncé fin août la redéfintion de sa stratégie à l’international à l’horizon 2020. Les possibilités de séjour à l’étranger sont fortement renforcées, avec de nouvelles destinations proposées aux étudiants.

En attendant, un classement publié par Eurostat deux mois après le vote en faveur du Brexit montre qu’en termes de diplômés, toutes disciplines confondues, la région parisienne reste loin derrière Londres. Avec 46% d’habitants titulaires d’un diplôme supérieur au baccalauréat, Paris et sa région se situent en quatrième position, très loin de Londres qui truste la première place (69,7%). L’excellence des universités londoniennes et les débouchés qu’offre son secteur de la finance expliquent en grande partie cet écart.

… mais Londres reste une valeur sûre

Quoiqu’il en soit, Londres reste une destination de premier choix chez les étudiants en finance. « Tant que les banques et les centres de décisions financiers resteront à Londres (ce qui est, à moyen-terme le plus probable, et même à long terme si les banques conservent leur passeport européen), il y a peu de raisons pour que les jeunes diplômés s’en détournent », reconnaît Anatole Lizee, étudiant à l’ESCP Europe en Master Corporate Finance et actuellement en stage Analyst M&A dans une grande banque d’investissement française.

D’après lui, deux explications à cela. La première est structurelle et liée au fonctionnement des institutions financières européennes : les grandes banques ont leurs sièges EMEA à Londres, et l’intégralité des deals traités en Europe continentale y passent encore, puisque c’est là-bas que sont centralisées les équipes métiers/secteurs.

De plus, concernant la finance de marché, les infrastructures nécessaires au fonctionnement d’une place européenne se trouvent à Londres, et il est difficilement envisageable de les transférer à Paris ou à Francfort, ce qui renforce évidemment la City. « Ce phénomène, illustré par la suppression de 15 postes en Investment Banking chez UBS à Paris, dont certains seront transférés à Londres, ne pourra que s’amplifier avec la fusion entre Deutsche Boerse et le LES », anticipe notre étudiant en Master Corporate Finance.

Et de nous faire remarquer que ce phénomène est aussi renforcé par les charges prohibitives qui pèsent sur les salaires, et par le manque de flexibilité des contrats de travail à Paris. « A ce sujet, la question du statut des travailleurs français en finance à Londres devrait se poser prochainement, selon l’avancée des négociations sur la libre circulation des personnes », poursuit-il.

Londres, au cœur du process de recrutement

En termes de carrières plus particulièrement, la deuxième raison pour laquelle il est difficile pour un jeune diplômé en finance de « sauter » la case Londres est que les process de recrutement, structurés autour des Summers et des Graduates, très formateurs et rémunérateurs, se déroulent pour la très grande majorité à Londres.

« Il est possible une fois intégrés ces programmes de demander un retour à Paris, mais ce retour est soumis à examen des RH et dépend de la performance du junior dans ses premières années londoniennes », nous fait remarquer Anatole Lizee. « D’ailleurs, on dit que certaines banques acceptent parfois d’aider un junior à s’installer dans son pays d’origine, en lui faisant perdre un an ».

Démonstration concrète : un Analyste 3 à Londres demanderait à rentrer sur Paris, et en cas d’acceptation arriverait au bureau parisien comme Analyste 2, et donc naturellement avec un salaire largement amputé, non seulement par le taux de change, mais aussi par la perte d’un grade. « C’est dire le niveau de la demande de jeunes français à Londres désireux de retrouver le 8ème arrondissement de Paris ! », conclut notre étudiant de l’ESCP.


Crédits Photo : franckreporter / gettyimages

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