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Pourquoi c’est une erreur pour les banquiers français de quitter La Défense

La-defense

Grande est la tentation pour les banquiers français de traverser la Manche pour y faire carrière. Londres vient d’ailleurs de repasser devant New York au palmarès des centres financiers préférés des professionnels du secteur, d’après le classement annuel du cabinet de conseil Z/Yen. En comparaison, Paris se trouve à la 37e place, loin derrière les autres places financières européennes comme Zurich (7), Genève (13), Francfort (14) et Luxembourg (19).

Pourtant, c’est une erreur que de croire systématiquement qu’il est plus facile de réussir sa carrière hors de France. En la matière, nombreuses sont les idées reçues. Voici donc, sur la base de témoignages de professionnels du recrutement et de la finance, les raisons qui font que vous feriez mieux peut-être mieux de ranger vos valises et rester « at home » , n’en déplaise aux adeptes – nombreux – du « french bashing ».

1/ Partir oui, mais encore faut-il en avoir envie…

Selon une enquête qui vient d’être publiée par le cabinet de recrutement Robert Walters auprès de 2.400 cadres français en CDI (dont 40% travaillent dans le secteur de la finance), 17% d’entre eux ne manifestent aucune envie de s’expatrier. « Ce dernier chiffre met à mal la croyance selon laquelle le cadre français est persuadé que l’herbe est plus verte ailleurs », expliquent les auteurs de l’étude.

Et cela vaut aussi pour la City de Londres. Si elle attire encore beaucoup de jeunes Français, le rêve s’est pour beaucoup d’autres étiolé ces dernières années. La crise a agi comme une piqure de rappel efficace pour ceux qui avaient occulté un temps le fait que l’emploi est à la City une variable d’ajustement redoutable en temps de crise. Au point que même les employés des banques françaises rechignent, eux aussi, de plus en plus à des mobilités internes vers Londres, comme en témoigne l’exemple de Natixis qui peine à transférer une partie de ses équipes des activités de taux Outre-Manche.

2/ Est-ce vraiment le bon moment de partir ?

Avouez qu’il serait peut-être dommage de partir au moment même où la situation semble (enfin) s’améliorer dans la banque de financement et d’investissement. « Après trois années de sclérose, le marché de la banque repart. Les candidats sont plus ouverts aux opportunités du marché et les entreprises davantage prêtes à recruter, bien que leurs recherches restent très ciblées », explique Amaury la Clavière, manager de l’activité Banque de Financement et d’Investissement au sein du cabinet Robert Walters.

« Un certain nombre d’institutions financières ont pu réouvrir leurs recrutements en externe sur les profils « haut de bilan ». Les acteurs de ce marché souhaitent consolider leurs équipes en attirant des talents sur des postes de vice-présidents et de directeurs », ajoute-t-il. Les profils de banquiers seniors devraient donc y réfléchir à deux fois avant de partir.

3/ Pas toujours facile de réussir dans un autre pays

Les exemples de success stories de frenchies partis à l’étranger abondent dans les médias. Mais derrière ces quelques réussites se cachent souvent des échecs, notamment dès lors qu’il s’agit de gravir les échelons et s’imposer dans une fonction de management. A ce sujet, une récente étude de la base de données d’eFinancialCareers montre que si à la City de Londres les banquiers français représentent une large proportion des banquiers juniors (14%), ils ont en revanche beaucoup plus de mal à s’imposer dans les postes de management où ils ne représentent plus que 6,7% du nombre total des managing directors dans les banques d’investissement à Londres.

Explication : un certain nombre de Français commencent leur carrière à Londres avant de retourner en France pour des raisons familiales notamment. D’autres hypothèses, moins avouables, peuvent être posées comme le style de management à la Française un peu old school, une maîtrise de la langue anglaise et des codes culturels anglo-saxons parfois hasardeuse…

4/ L’international, un « eldorado » relatif

Vous allez gagner plus d’argent à l’étranger. Vraiment ? Il est certes de notoriété que de grosses différences de salaires existent entre La Défense et la City de Londres. Cela dit, celles-ci sont surtout perceptibles en début de carrière. Plus on gagne en seniorité, plus il est intéressant de rejoindre un établissement français car les écarts avec leurs rivaux étrangers tendent à s’estomper, notamment dans le contexte réglementaire actuel visant à plafonner les bonus.

Et puis pour gagner plus, rien ne vous empêche de postuler dans un job de front-office dans une grande banque étrangère… basée à Paris (censée payer jusqu’à 70% de mieux que les banques françaises d’après le site Internet Emolument.com spécialisé dans les rémunérations dans l’industrie financière). Surtout que la demande est aujourd’hui bien réelle. « Les filiales françaises des banques étrangères cherchent elles aussi à renforcer leurs équipes, en intégrant des profils confirmés en ‘coverage’ », relève Amaury la Clavière.

5/ Sécurité de l’emploi  et qualité de vie, ça vous parle ?

« Le différentiel de rémunération peut s’expliquer par d’autres avantages perçus ou réels : atmosphère de travail plus relax, sécurité de l’emploi, congés… », rappelle dans nos colonnes Alice Leguay, ex-banquière chargée du développement commercial chez Emolument. Car l’argent n’est pas tout. D’après l’étude de Robert Walters, le cadre français est moins motivé par l’argent que par l’intérêt et la reconnaissance de son poste et, a fortiori, par son employabilité sur le marché.

Quand on interroge ces mêmes cadres sur leur désir de mobilité internationale, les réponses vont dans ce sens. « La plupart accepterait de partir à l’étranger pour une ouverture à l’international (36%), une plus grande richesse des missions (23%) et un meilleur équilibre vie privée/vie professionnelle (11,5%). Le salaire n’arrive qu’en quatrième position avec 11% », expliquent les auteurs de l’étude.

Selon le rapport annuel de l’Association Française des Banques (AFB), 99 % des salariés des banques bénéficient d’un contrat de travail à durée indéterminée (CDI). Qui dit mieux ? Enfin, parmi les principaux motifs de retour des expatriés dans l’Hexagone figurent un meilleur système de sécurité sociale, de soins médicaux et un coût de la vie (et notamment du logement) moins élevé que d’autres places financières comme Londres, Genève ou Luxembourg. Avant d’aller travailler vers ces destinations, il va falloir sortir vos calculettes….

6/ Certains font tout (ou presque) pour que vous restiez…

Les pouvoirs publics ont bien compris l’enjeu d’avoir une place financière forte pour éviter les départs.Le Comité « Place financière de Paris 2020 » s’est vu remettre cet été un rapport réalisé par Paris Europlace et le Cabinet McKinsey qui préconise 25 mesures fortes parmi lesquelles  « le développement de fonds de capital investissement d’une taille suffisante, la modernisation des marchés de la dette, la relance des marchés dérivés de couverture et le renforcement des infrastructures de marché ».

La place de Paris a par ailleurs décidé de lancer une action forte en s’appuyant sur le Pôle de compétitivité Finance Innovation et l’ensemble de ses membres pour favoriser le développement de Fintech innovantes. « L’idée est de garder nos start-ups en France afin que leurs innovations puissent contribuer à la croissance et à l’emploi », explique Jean Hervé Lorenzi, président du Pôle Finance Innovation.

Dans la même veine, des patrons de sociétés fintechs de premier plan (Lendix, Finexkap, Prêt d’Union, The Asset, SmartAngels, Lydia, Advize, Leetchi, Anatec) ont créé l’association France Fintech. « Les FinTech françaises s’imposent de plus en plus dans le paysage national et international. Leur importance nouvelle, leurs succès, l’émergence de sujets spécifiques rendaient nécessaire la création d’une association », indique son président Alain Clot qui observe notamment un retour de certains financiers français partis dans la Silicon Valley (et où travaillent 40.000 de nos compatriotes). Une tendance qui devrait donc être amenée à s’amplifier….

7/ Une fois parti, difficile de revenir…

Une grande majorité des « impats » porte un jugement sévère sur les administrations  au niveau des démarches de retour. « Il est plus difficile de rentrer que de partir. La méconnaissance des démarches à accomplir ainsi que les difficultés à trouver l’information compliquent d’autant l’installation en France », déplore Hélène Conway-Mouret, sénatrice des Français établis hors de France, qui a remis cet été un rapport intitulé Retour en France des français de l’étranger et qui avance des mesures pour simplifier le retour des Français expatriés avec notamment l’instauration d’un guichet administratif unique et la valorisation des compétence acquises à l’étranger.

Reviens Leon est une autre initiative censée faciliter le retour des patrons de start-ups expatriés en leur donnant des conseils sur le logement, le déménagement, la fiscalité… Reste à savoir si ces différentes incitations seront suffisantes pour faire revenir au bercail celles et ceux qui sont passées par la case étranger dans leur carrière professionnelle en finance.

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