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Pourquoi les financiers devraient s’inspirer des rappeurs

hip hop management

Kanye West et Jay Z sont aussi des financiers hors pair

Il est des thèmes en sciences de gestion peu orthodoxes. Mais celui-ci n’est pas aussi fantaisiste qu’il n’y paraît. L’ouvrage « Introduction au hip-hop management » a été récompensé la semaine dernière par le très sérieux « Prix académique de la Recherche en Management » parmi 130 travaux. Son auteur, Jean-Philippe Denis, en est convaincu : la finance est probablement l’industrie auprès de laquelle son travail sur les ressorts de l’industrie du hip-hop entre le plus en résonance.

Les parallèles entre les deux industries sont nombreux. Et pour ce professeur de l’Université Paris Sud et rédacteur en chef de la Revue Française de Gestion, les financiers devraient parfois s’inspirer des méthodes entrepreneuriales et organisationnelles de cette industrie avec des stars comme Drake, Puff Daddy, Jay Z ou encore Dr Dre devenus des businessmen multi-millionaires.

Deux industries qui se font miroir

Après tout, ces deux industries ont émergé dans les années 80 et 90 dans le nid d’un capitalisme américain débridé. Ils sont partis de rien ou presque et ont conquis le monde Share on twitter, en se jouant parfois des lois, à la Jordan Belfort. Et Jean-Philippe Denis de citer le journaliste spécialiste du rap en France qui a préfacé son ouvrage : « Le hip-hop a réussi à vendre l’invendable et à créer du rêve à partir du cauchemar américain ». Le hip-hop et la finance se sont construits sur des mythes (argent, drogue, femmes…), un attachement très fort au groupe (« la famille », « le gang »…), qui suppose pour y entrer d’être adoubé par ses pairs.

L’image de mauvais garçons leur colle à la peau.« Ils ont mauvaise presse – suscitent la peur et la fascination, rappelle le chercheur. Ils cultivent un même rejet de la politique : pour les financiers, l’argent est apolitique et les rappeurs savent que toutes les voix ne comptent pas de manière identique, aussi on ne peut compter véritablement que sur soi et son groupe ». Même si les liens avec le politique peuvent être tissés de part et d’autre pour des motivations diverses : Jay Z, meilleur soutien de Barak Obama pour sa réélection, ou encore l’exemple des carrières des financiers français très liées à l’Etat et au politique (« pantouflage »).

Une nouvelle finance plus « entrepreneuriale »

La finance est extrêmement respectée par les rappeurs pour son pouvoir et sa puissance de frappe Share on twitter. « Comme dans le cyclisme, ces deux-là fonctionnent au dopage : des subprimes pour les uns, des clashs et de la provoc pour les autres », explique Jean-Philippe Denis. Sauf que l’argent n’est pas une fin chez les rappeurs mais bien un moyen de créer, d’être son propre patron, de développer de nouveaux modèles entrepreneuriaux à la manière d’un Booba.

Si la finance peut apprendre quelque chose de l’industrie du hip-hop, c’est bien d’embrasser à nouveau un esprit entrepreneurial évanescent. Ces deux industries – immatérielles, globales, aussi rapides que les voitures de sport qui hyptnotisent financiers comme rappeurs – doivent constamment se réinventer. « La finance est par nature au service du futur, à travers les investissements qu’elle finance, les calculs de rentabilité et de risques qu’elle fait, analyse Jean-Philippe Denis. Mais elle a pu perdre un moment cela de vue… Les banquiers savaient que les subprimes n’étaient pas franchement viables dans le futur ».

Façonner l’avenir

Le premier des pouvoirs, c’est le pouvoir d’orienter le futur. Et cela, l’industrie du hip hop l’a très bien compris : le futur, ça se crée, ça ne se subit pas. Il faut savoir solder ses comptes et faire si besoin son mea culpa : « J’ai vu l’passé kidnapper l’avenir », prévient Booba.

En outre, le futur de l’industrie financière n’aura rien à voir avec son passé, martèle le chercheur. Aussi l’anticipation, l’expérimentation, le courage et l’audace sont clés. Car finalement, les deux industries font face ensemble aux mêmes défis : révolution numérique et phénomène croissant de désintermédiation. Les rappeurs, eux, ont su se libérer des organisations (maisons de disques) et surfer sur les nouvelles technologies. Au point même de ne plus avoir non plus besoin des médias grâce à une utilisation redoutable des réseaux sociaux.  « Le monde, c’est notre bureau », revendique Kanye West.

Assumer ses erreurs sans excès de mea culpa

Et puis, tant pis si on fait des erreurs. Il faut assumer qui l’on est, ce que l’on fait et prouver sa légitimité. Dans la culture hip-hop, on n’échappe à ses erreurs, mais quel intérêt de tomber dans la culpabilité ? « Pour les rappeurs, la finance s’est faite avoir ! Share on twitter Elle a servi de bouc-émissaire idéal pour tous les problèmes économiques en dédouanant le politique de ses responsabilités », analyse Jean-Philippe Denis.

L’industrie du hip-hop a fait du ghetto un business. « Qu’il est bon d’être mauvais », résume bien ce principe assumé. C’est aussi le nom d’une étude de Thomas Roulet, chercheur à Oxford et HEC, sur les banques d’investissement américaines. L’étude montre que plus les banques sont attaquées par les médias plus elles sont considérées comme prestigieuses par leurs pairs, biberonnés au « greed is good » d’Oliver Stone…

Il n’y a rien de pire que les certitudes

Sommée de s’excuser en permanence et assommée de nouvelles réglementations, « la finance doit au final réapprendre à communiquer, à faire de la pédagogie, à tenir un discours de vérité et surtout à innover », propose Jean-Philippe Denis.

Le tout, sans certitude, ni reniement. Un jour Jay Z a raconté qu’il était caché dans un coffre d’une voiture avec de la drogue alors qu’un policier procédait à un contrôle. Si le policier avait ouvert le coffre, il serait probablement en prison. « À la place, je suis dans le Bureau ovale », a lâché la star du hip-hop, tout en assumant « je sais gérer un budget, puisque j’ai été dealer de drogue »…

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