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Conseils aux juniors par @GSElevator, le banquier poil à gratter au 700k abonnés sur Twitter

cigar + whiskey

Le monde de la banque d’investissement ne fait pas de cadeaux aux juniors qui les rejoignent. Les heures à rallonge, un travail exigeant, un environnement ultra-compétitif – tout le monde n’est pas fait pour ça. Qu’est-ce qu’il faut aujourd’hui pour réussir dans ce secteur ?

Pour un avis tranché et tranchant, on s’est tourné vers @GSElevator, (Goldman Sachs Elevator), le mauvais garçon de Wall Street, dont l’identité a finalement été révélée l’an dernier après qu’il ait annoncé son intention de publier un livre. Straight To Hell: True Tales of Deviance, Debauchery, and Billion-Dollar Deals paraîtra cet été.

Dans la foulée, il est apparu que John LeFevre ne travaillait en fait pas pour Goldman Sachs mais pour Citi en tant que trader sur le marché obligataire. Quoi qu’il en soit, il continue à avoir la langue bien pendue sur Twitter comme avec nous. À sa manière et avec son style, @GSElevator délivre quelques conseils pour les juniors qui se lancent en banque Share on twitter ou envisagent de le faire.

Quels conseils donneriez-vous aux analystes / associates qui viennent de commencer dans le secteur ? Quelle genre de personne faut-il être pour y réussir ?

1 – Si vous êtes analyste, attendez-vous au pire en matière de qualité de vie. Le bonheur n’est rien de moins qu’une forme d’attente au final. Lorsque j’étais analyste, j’avais l’habitude de travailler au moins 6 jours sur 7, d’annuler mes vacances, d’enchaîner les nuits blanches, et pourtant, j’ai adoré cette vie, tout simplement parce que c’était ce pourquoi j’avais fini

2 – Les jeunes trouvent super de décrocher un job à Wall Street, et sont aussi contents que s’ils gagnaient un marathon. En réalité, ce n’est que le point de départ, pas la ligne d’arrivée. Quand vous commencez, vous vous engagez dans une lutte constante avec vos collègues. Une compétition pour gagner le respect et l’attention de vos supérieurs, et pour accéder à l’un des postes très convoités d’associate.

3 – Avant de commencer, assurez-vous d’être au fait des différences culturelles entre les banques, mais aussi entre les divisions en leur sein. Je préfèrerais voir Shaquille O’Neal s’asseoir sur mes genoux que bosser chez Morgan Stanley, ou Gordon Ramsay me préparer un lavement à la sauce piquante que travailler en Fusions Acquisitions. C’est un trader habitué à l’effervescence et la hiérarchie horizontale d’une salle de marché obligataire qui vous parle.

4 – Faites attention à votre ligne. Les gros n’ont jamais de promotion à Wall Street, point barre. Les gens pensent qu’ils se laissent aller ou manquent de discipline. Récupérez auprès de sa secrétaire l’agenda de votre boss avec ses déplacements, et quand vous êtes sûr qu’il est dans l’avion ou à l’examen de piano de ses enfants, organisez-vous ainsi des séances de 45 minutes de sport dans la semaine.

5 – Ne refusez jamais une invitation hors boulot de l’un de vos supérieurs. Adaptez-vous à ses envies, et garder le rythme. S’il veut y passer la nuit, faites avec. Assurez-vous juste d’être au bureau avant lui le lendemain matin.

6 – Si votre boss fume, fumez. Vous gagnerez ainsi du temps précieux en tête à tête avec lui chaque jour. Prenez soin d’aborder des thèmes extra-professionnels. Branchez-le sur des discussions de juniors, cela lui rappellera le bon vieux temps où il était simple stagiaire.

7 – Soyez suffisamment intéressant pour que vos collègues seniors ne voient aucun inconvénient à se retrouver coincés avec vous dans un lounge d’aéroport ou au bar d’un hôtel.

8 – Sachez garder un secret. Quelques semaines après un déplacement professionnel aussi mouvementé qu’arrosé à Amsterdam avec un collègue senior, personne n’avait fait le moindre commentaire autour de la machine à café. À compter de cet instant, il était clair qu’il pouvait me faire confiance – j’étais devenu en quelque sorte son compagnon incontournable pour ses déplacements – y compris pour les soi-disant déplacements !

9 – Pourrissez la vie de vos collègues directs. Faites-les boire dans les soirées professionnelles. Faites main basse sur la cravate qu’ils laissent dans le tiroir de leur bureau pour les réunions de dernière minute.

Que pensent les banquiers vétérans de toutes ces nouvelles initiatives visant à améliorer la vie des banquiers juniors : sont-ils jaloux de ne pas avoir profité de tels traitements de faveur ou pensent-ils que ces nouvelles règles ne sont rien de plus que de la poudre aux yeux ?

La seconde option apparaît comme la plus vraisemblable. Lorsque j’étais analyste, notre qualité de vie était quasi nulle et nous n’avions pas le choix. De nos jours, les banquiers juniors ont plus de latitude et de souplesse pour profiter de leurs soirées et de leurs week-ends. Mais ils sont toujours partants pour travailler des nuits entières, voire renoncer au mariage d’un proche. Qui d’après vous pourra prétendre à une promotion ? Ce n’est pas parce qu’on vous propose plus de temps libre qu’il faut en profiter.

La genèse de certaines de ces mesures se trouve dans l’incapacité ponctuelle de Wall Street à conserver bon nombre de ses talents, partis vers le buy-side ou la Silicon Valley. Mais la fête touche à sa fin.

Il n’y a aucune jalousie du style « quand j’avais votre âge… », juste une certaine tristesse. Les mauvaises blagues, la pression ou encore le bizutage des petits nouveaux sont des éléments qui forment le caractère, point déterminant pour une réussite à long terme dans une salle de marchés. J’ai mis des gens sous pression et j’ai été sous pression, et à l’arrivée, je ne m’en porte que mieux.

Comment / quand savoir que vous n’êtes pas fait pour la banque d’investissement ?

Si vous avez fait de bonnes études mais que vous n’avez aucune idée de ce que vous voulez faire de votre vie, la banque est parfaite pour vous. Vous avez une super formation et vous allez passer les deux prochaines années au milieu de gens incroyables, avec certaines des personnes les plus brillantes et les plus ambitieuses du monde. Vous bénéficierez (par l’intermédiaire de vos clients) d’une exposition incomparable à des secteurs très variés de l’économie.

Il n’y a pas de meilleur moyen que la banque pour parvenir à vous représenter ce que vous voulez vraiment faire. C’est la plateforme idéale pour suivre l’un de vos clients préférés (buy-side ou corporate) ou même une start-up. Vous ne savez toujours pas quoi faire dans la vie ? Faîtes une école de commerce. Et au pire, vous ferez carrière dans la banque. Vous finirez avec une carrière tout à fait honorable, et pourrez même sûrement prendre votre retraite à temps pour entraîner l’équipe de foot de vos enfants.

Si vous entrez à Wall Street et restez aussi frustré et malheureux qu’un analyste, sans être prêt à faire le nécessaire, ou si vous n’êtes pas en tête de classe, vous devriez envisager une autre option. Vous serez viré rapidement quoi qu’il arrive, et la vie est trop courte.

Vous avez travaillé dans le monde entier. Quelle est la différence entre les banquiers d’investissement à New York, Londres et Hong Kong ?

Pour citer @GSElevator, « À New York, ne faites jamais confiance à un type qui porte une pochette. À Londres, à un type avec une bague rosée. Et en Asie, ne faites confiance à personne. »

En d’autres termes, la culture bancaire est plutôt homogène au niveau international – c’est plus une question de degré de maturité. Sur les marchés moins bien établis, il y a clairement moins de règles. Nous avons fait des choses pas très recommandables en Europe et en Asie – au bureau, avec nos clients, et en fin de soirée !

Pensez-vous que votre livre incitera vos lecteurs à entrer dans la banque ou à prendre leurs jambes à leur cou ?

Il peut être source d’inspiration pour certains, qui seront tentés par Wall Street. Les autres peuvent prendre la tangente en priant pour que leur fille ne tombe jamais amoureuse d’un banquier. Dans les deux cas, chacun appréciera l’éclairage sur une culture très particulière, exposé d’un point de vue unique et pittoresque.

Je ne peux pas dévoiler trop de détails à ce stade ; je préciserai seulement que ce livre est une compilation d’histoires vraies, liées à mon expérience de la banque dans de nombreux pays. Ce que je peux vous promettre en revanche, c’est qu’au-delà de ses aspects aussi excessifs que pertinents, ce sera sans doute l’un des plus drôles que vous aurez lu depuis bien longtemps.

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