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EXTRAITS : « Les Français sont très forts en maths, mais manquent parfois de curiosité »

krach

« Au moment de la faillite de la banque Lehman Brothers, en septembre 2008, le DEA d’El Karoui compte 120 étudiants, un record. Il est cependant rattrapé par la crise financière, partie de l’éclatement un an plus tôt de la bulle immobilière américaine et l’implosion des produits conçus, en partie, par les matheux issus de Paris VI. « Nous avions trop d’étudiants, reconnaît-elle, parce que nous avions suivi la bulle financière. Nous avons donc resserré les effectifs, retombés aujourd’hui à une soixantaine d’inscrits. Permettre à nos étudiants de trouver un job, c’est tout de même de notre responsabilité. »

Les dérivés de crédit n’ayant plus la cote, il faut trouver de nouveaux débouchés. « Vers 2000-2002, « SG » ou BNP ont commencé à embaucher nos étudiants pour faire ce que j’appellerais de la petite haute fréquence, se souvient Nicole El Karoui. Il y avait encore très peu de modélisation. Parallèlement, des équipes universitaires commençaient à s’intéresser aux données hautes fréquences/ » Ce marché n’a cessé de grandir, et le DEA s’en est saisi. En 2006, le premier cours est monté. Deux ans plus tard, « nous avons créé une « filière » HF, un ensemble de cours structurés autour de cette activités, poursuit-elle. C’est la seule ou presque qui recrute en ce moment, la banque d’investissement ayant pratiquement gelé les embauches »

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[…] Nombre d’étudiants sollicités pour évoquer ces masters puis leur insertion dans le monde de la finance à haute fréquence ont préféré décliner. Comme s’ils avaient déjà intégré le code de la discrétion absolue qui prévaut dans le milieu. Thierry fait exception, à condition de garantir son anonymat. Son prénom a même été modifié. Il travaille à Londres, dans un hedge funds qui traite le pétrole à la microseconde. […]  « Diplôme en poche, il a « préféré partir à Londres parce que c’est là qu’il y a le plus d’opportunités. Je vais recevoir dix offres ici, quand je n’en ai guère qu’une à Paris ».

Thierry a trouvé son premier poste en deux mois, après un stage chez Goldman Sachs. Il a préféré une plus petite entreprise, pour être vraiment porche des gens qui décident, qui investissent, plutôt que de n’être qu’un junior dans une grande institution : « Ici, j’ai plus de responsabilité, j’ai l’impression qu’on ne me cache rien et c’est aussi mieux rémunéré. » Thierry travaille environ 60 heures par semaine, et peut « déconnecter le week-end ». Il ne dit pas combien il gagne, mais estime qu’un jeune diplômé peut se faire en moyenne 50 000-55 000 livres (62 000-68 000 euros) la première année, plus un bonus qui peut être du même montant. Une somme qui doit plus que doubler en trois ou cinq ans, si tout se passe bien. « C’est beaucoup, je sais, admet-il. Sans doute surpayé par rapport à ce que cela rapporte à la société dans son ensemble, mais c’est ainsi. »

À Londres, la réputation des formations parisiennes l’a aidé à percer. Il continue de recevoir « tous les jours la sollicitation de chasseurs de têtes. Pour mettre à jour leur base de données, ou voir si je pourrais être intéressé par un autre poste ». Tout n’est toutefois pas gagné d’avance. « La concurrence est rude, témoigne-t-il. Parfois, on est en compétition avec des personnes qui ont un doctorat de physique nucléaire du MIT. Comme on est déconnecté de l’économie réelle, on analyse les données et c’est tout. C’est pour cela qu’un docteur en physique peut s’y mettre de suite. »

Dominic Connor chasse les talents comme Thierry, pour le compte de P&D Quant Recuitement à Londres. Il relativise la percée des étudiants parisiens : « Je n’en vois pas tant que cela dans le HFT. Les Français sont très bien préparés, c’est certain. Mais je dirais qu’ils peuvent manquer de flexibilité, alors que c’est un univers en perpétuel changement. Ils seront très forts en maths, cependant ils manquent parfois de curiosité. Surtout, la demande va vers des personnes qui ont fait des sciences dures. Je connais un gars qui modélisait les étoiles. Il s’est fait recruter du jour au lendemain par une boîte de HFT. »

Cet extrait est tiré du livre Krach Machine – Comment les traders à haute-fréquence menacent de faire sauter la Bourse (Chapitre 7 –  « Doutes à Paris ») , de Frédéric Lelièvre & François Pilet, tous deux journalistes financiers en Suisse, publié aux Editions Calmann-Levy, en mars 2013.

commentaires (2)

Comments
  1. “Les Français sont très forts en maths” : traduction : les Français issus des grandes écoles d’ingénieurs et qui sont donc sélectionnés de façon sévère sur leurs capacités en maths, sont très forts en maths. Et il n’y a rien d’étonnant à ça si on y réfléchit, car le France est un des seuls pays développés où la filière d’excellence est encore l’ingéniérie, ailleurs (notamment aux USA) on privilégie ce qui fait de l’argent, business et droit.

  2. “Les Français sont très forts en maths” : traduction : les Français issus des grandes écoles d’ingénieurs et qui sont donc sélectionnés de façon sévère sur leurs capacités en maths, sont très forts en maths

    Retraduction: L’école mathématique française se porte bien, les éléves issus des grandes écoles si ils se spécialisent en mathématique font souvent leurs dernières années dans des DEA/DESS universitaires ( Master 2 de nos jours).
    Donc l’excellence mathématique n’est pas uniquement le graal des grandes écoles, les formations universitaires ne sont pas en restes.
    D’ailleurs pour la petite histoire le calcul stochastique était une affaire d’universitaire au commencement….

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