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Les cabinets de recrutement replongent

Ludovic Melot

Pas de surprise ! Pas de miracle ! La crise a été d’une violence inouïe pour les cabinets de recrutement. Le chiffre d’affaires de la profession, qui avait encore progressé de plus de 20% en 2006 et en 2007, a plongé de 9% en 2008. Avant de s’effondrer littéralement en 2009 : – 25,6%. Autrement dit, le volume d’activité est quasiment retombé à son niveau de 2005. Or, dans une profession dans laquelle la masse salariale absorbe plus de la moitié des revenus, de telles variations de l’activité provoquent un effet de ciseaux immédiat sur les marges.

Illustration en chiffres : le résultat net d’exploitation des entreprises de notre échantillon est passé de 10,9% du chiffre d’affaires en 2007 à 6,4% en 2008 ; avant de carrément virer dans le rouge en 2009, à – 3,7%. Bref : un choc d’une violence impressionnante ! D’autant plus impressionnante que l’on ne parle ici que des cabinets qui ont survécu. Car les crises sont en effet traditionnellement très meurtrières pour la profession ; et celle-ci n’a pas fait exception à la règle, avec de très nombreuses disparitions de cabinets. Alors certes, l’activité des opérateurs a rebondi en 2010. Un rebond qui a eu un impact direct sur les marges, qui sont repassées dans le vert.

Cela dit, cette embellie (mais peut-on véritablement parler d’embellie après une claque aussi violente que celle de 2009 ?) mérite d’être relativisée. D’une part parce que le rebond est bien loin de compenser la chute de 2009. Le résultat d’exploitation de notre échantillon s’est ainsi établi à 2,3% du chiffre d’affaires en 2010. Rappelons qu’il frôlait les 11% en 2007. D’autre part, parce que le bon début d’année 2011 a vite été remis en cause par le retournement conjoncturel de l’été.

Autrement dit, les cabinets de recrutement auront certes terminé l’année 2011 sur une note positive, avec un nouveau rebond de leur activité et de leurs marges ; mais la dynamique pour 2012 est mauvaise. Sans compter que les perspectives de croissance de l’économie à l’horizon de 2-3 ans sont loin d’être optimistes. Les cabinets de recrutement devront donc encore patienter de longs mois avant de pouvoir envisager une reprise franche et massive. Dans ces conditions, ils devront impérativement continuer de remettre en question leur stratégie pour se différencier.

Difficile de dresser une liste exhaustive de tous les défis qui attendent les opérateurs, d’autant que tous n’en sont pas au même stade ; mais citons notamment : la nécessaire clarification du positionnement et de la promesse de valeur, l’impératif de réactivité et de flexibilité face à des demandes de clients qui évoluent de plus en plus rapidement, la capacité de gérer une situation récurrente de pénurie de compétences, la nécessité de passer du recrutement au conseil en recrutement. Sans oublier bien sûr l’élaboration et la mise en œuvre d’une véritable stratégie d’identité, d’image et de marque. Un passage obligé pour créer de l’attachement à la marque du côté des entreprises et des candidats, mais aussi du côté des collaborateurs.

Bref, l’activité finira naturellement par repartir, car l’environnement structurel reste globalement porteur pour les métiers du recrutement et des ressources humaines. Mais ceux qui auront profité de cette période de vaches maigres pour repenser leur positionnement et leur stratégie afin de mieux coller aux attentes de leurs clients auront naturellement un temps d’avance sur les autres. Ce sont donc eux qui seront aux avant-postes de la reprise…

Ludovic Melot est directeur du pôle services aux entreprises à l’institut d’études économiques Xerfi. Retrouvez ses interventions vidéo sur Xerfi Canal.

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