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Inutile de changer souvent d’employeur pour réussir

Les banques d’investissement ont beaucoup de cadres que les chasseurs de têtes considèrent désespérément comme des employés à vie. Le mot fidélité est rarement associé aux banquiers d’investissement. La carrière typique en banque comprend de nombreux changements d’employeurs, souvent motivés par un salaire plus élevé et des responsabilités plus importantes.

Mais pour une industrie réputée pour ces mercenaires, il est surprenant de constater que les banques d’investissements ont beaucoup de cadres que les chasseurs de têtes catégorisent comme employés à vie.

Il y a des personnes qui ont passé la plus grande partie, voire la totalité de leur carrière dans la même banque. En progressant dans la hiérarchie, ils accèdent souvent à des postes de seniors. Ils font souvent partie des employés les plus appréciés de la banque et pour la plupart, n’envisagent pas de la quitter.

Nigel Glaister, Directeur Administratif chez Lehman Brothers à Londres, a célébré la semaine dernière son vingtième anniversaire dans la banque américaine. Il explique qu’il est très heureux là où il est : Tout le monde reçoit des appels de chasseurs de têtes, mais je n’ai jamais considéré aucune proposition sérieusement. J’ai pu satisfaire mes ambitions dans cette entreprise.

Parmi les autres employés de Lehman, beaucoup sont aussi monogames. M. Glaister a partagé ce moment avec 50 autres collègues qui avaient passé 10 ans au sein de la banque. Dans six mois, un autre anniversaire est prévu. M. Glaister souligne que, chaque année, 80 personnes au moins fêtent leur dixième année au sein de la société Lehman.

Morgan Stanley est également réputée pour sa capacité à susciter la même fidélité. James Hickman, du cabinet de recrutement Russell Reynolds, précise que, pour certains, travailler dans cette grande banque américaine est plus considéré comme un mode de vie que comme un travail : Si vous rejoignez Morgan Stanley et que vous convenez au poste, vous risquez d’y passer la plus grande partie de votre carrière.

Jonathan Chenevix-Trench fait partie de ceux qui ont convenu au poste. Il a rejoint Morgan Stanley en tant qu’analyste en 1984, et dirige aujourd’hui l’activité mondiale des devises et des taux d’intérêt. Il explique : Pendant mon entretien, on m’a demandé combien de temps je voulais rester chez Morgan Stanley. Je me souviens avoir répondu deux ans et de voir ensuite ce que je veux faire. Vingt ans plus tard, je suis toujours ici.

Dans la plupart des banques, on trouve au moins quelques employés à vie. Chez Goldman Sachs, on en compte un certain nombre, dont le président, Lloyd Blankfein, qui est dans la société depuis 20 ans. Chez JP Morgan, John Mayne, co-directeur de l’activité dette pour l’Europe du Nord, qui a rejoint la société il y a 17 ans, est un autre exemple. UBS est fier de ses banquiers qui ont longtemps travaillé chez SG Warburg, tels que Lord Roll of Ipsden, 97 ans qui a rejoint la société en tant que président il y a 30 ans.

La question de savoir ce qui transforme un emploi classique en une embauche à vie avec le même employeur reste ouverte. L’idéal serait, semble t-il, de pouvoir enchaîner les nouveaux postes en interne avec succès et d’avoir droit à des stock-options.
M. Chenevix-Trench a commencé par travailler en corporate finance chez Morgan Stanley avant de rejoindre la division obligations. Il explique que la banque a tout fait pour le retenir : Vos managers veulent maintenir votre motivation intacte. S’ils s’aperçoivent que vous commencez à vous lasser, ils vont réfléchir aux prochains défis qu’ils peuvent vous donner.

Chez Lehman Brothers, M.Glaister précise qu’il a eu cinq postes différents en 20 ans de carrière. J’ai rejoint la société au sein du groupe finance, puis j’ai dirigé l’opérationnel, avant de devenir directeur administratif de l’activité actions. J’ai été détaché pendant deux ans sur un programme de réduction des coûts, puis j’ai occupé mon poste actuel.

Ni M.Glaister ni M.Chenevix-Trench ne reconnaissent explicitement que ce sont les stocks options qui les ont convaincus de rester, mais c’est une motivation importante pour retenir très longtemps son personnel -et souvent une finalité.

Paul Tapp, consultant pour le cabinet de recrutement Longbridge, confirme qu’il est difficile d’attirer des cadres qui travaillent depuis longtemps pour le même employeur, car pour eux, quitter l’entreprise signifierait renoncer à des stocks options accumulées sur plusieurs années: Peu d’entreprises seront prêtes à payer le prix pour vous faire bouger.

Le fait de travailler longtemps pour le même employeur devient parfois inhibant. M.Tapp ajoute: Plus vous restez longtemps dans une société, plus votre travail s’institutionnalise.

Un banquier qui a fait une longue carrière chez le même employeur confirme que votre fidélité à un employeur vous rend moins attractif aux yeux des autres. Il explique : En restant longtemps au même poste, votre valeur marchande baisse sur le marché. Aujourd’hui, les chasseurs de têtes appellent beaucoup moins souvent.

De nombreux banquiers réussissent leur carrière en passant d’un employeur à un autre. John Studzinksi et John Mack ont travaillé pendant plusieurs années chez Morgan Stanley avant de rejoindre, respectivement HSBC et Credit Suisse First Boston.

Néanmoins, M.Chenevix-Trench et M.Glaister soulignent qu’il y a beaucoup d’avantages à travailler longtemps pour le même employeur. M.Glaister indique : Une fois que vous avez imposé votre crédibilité, vous la conservez si vous changez de poste en interne. Vous n’avez pas besoin de reconstruire votre réputation.

M.Chenevix-Trench indique que ceux qui se précipitent sur les nouveaux postes ont rarement l’opportunité de révéler leurs talents : Il faut du temps pour connaître les rouages d’une entreprise et pour parvenir à une qualité de travail optimale. Si vous changez sans cesse en très peu de temps, vous n’êtes pas en mesure d’optimiser votre potentiel.

Il indique que les bénéfices financiers que l’on peut obtenir en changeant de poste sont la plupart du temps illusoires : Le plus souvent, votre désir de changement est motivé par une prime, puis quelques années plus tard votre salaire élevé est revu à la baisse pour s’aligner sur la moyenne du secteur. Mieux vaut identifier le meilleur endroit pour exercer vos talents. Si vous êtes performant, nous estimons qu’à moyen et long terme, vous pouvez gagner autant ou probablement plus où vous êtes que nulle part ailleurs.

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