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L’analyse financière face au défi de l’indépendance

Aux Etats-Unis, la SEC a condamné 10 grands établissements à financer la recherche dite indépendante, c’est à dire d’un point capitalistique. Et ce pour 1,4 milliard de dollars sur une durée de 5 ans. De 50 bureaux indépendants il y a deux ans, on est passé à plus de 300 aujourd’hui, dont il est vrai bon nombre de boutiques montées par des analystes seniors, explosion qui augure d’une concentration à venir.

Les agences de notation de crédit se sont engouffrées dans la brèche. Forte de 70 analystes actions, l’agence Standard & Poor’s assure la couverture de 1 500 valeurs à New York. Cette alternative à la recherche classique, intégrée aux banques a même commencé à convaincre en Europe continentale, puisque la banque scandinave Nordea a récemment externalisé sa recherche en la confiant à S&P. Le bilan humain de cette opération de sous-traitance donne une idée des embauches et débauches à venir dans le secteur. Nordea s’apprête à fermer son bureau de 30 analystes et compte monter une cellule spécialisée dans différents types d’analyses transversales : sectorielle, quantitative et conjoncturelle. Cet élan profite naturellement à S&P qui compte embaucher 20 analystes pour suivre depuis Stockholm les valeurs scandinaves.

Pas de révolution majeure

Pour autant, l’analyse equity ne saurait se calquer sur le modèle des agences de notation, car l’essence même de la profession, du moins celle d’analyste sell-side qui représente 90 % environ des analystes financiers en France, c’est de faire gagner de l’argent au client en dénichant la perle rare susceptible de fortement s’apprécier. Chaque broker tient à disposer de sa propre force de frappe, car c’est ce qu’il vend au client. Si le client paie le broker pour son exécution, c’est aussi la qualité de la recherche qu’il rémunère. Au Royaume-Uni où le rapport Myners a soulevé cette question, la FSA s’apprête à entériner que la recherche peut être rémunérée à travers le courtage , rapporte Jean-Pierre Pinatton, président du conseil de surveillance d’Oddo et Cie, qui estime par ailleurs qu’il ne saurait exister de systèmes subventionnés pérennes, quels qu’ils soient. Pas de révolution donc.

Avec un temps de retard sur ses homologues britannique et américain, le régulateur boursier français – l’Autorité des marchés financiers (AMF) – s’est saisi de la question et annoncé la semaine dernière l’ouverture d’un chantier prioritaire, consacré à l’indépendance de l’analyse financière. Il ne s’agit pas de promouvoir l’indépendance capitalistique des départements de recherche vis-à-vis des brokers, mais bien de s’assurer de l’indépendance intellectuelle des analystes , décrypte Jean-Pierre Pinatton. Le groupe de travail qui sera constitué sous peu cherche donc à pérenniser le système dans sa structure actuelle, en édictant des règles de fonctionnement propres à assurer l’indépendance (pas la neutralité) des recommandations d’analystes. Un analyste chez Goldman Sachs constate : je n’ai vu aucun de mes collègues partir pour un bureau indépendant. Autant que je sache, ce ne sont pas les plus dangereux concurrents de notre employeur .

Tassement en 2004, idem en 2005 ?

Ce statu quo ne doit toutefois pas masquer une conjoncture morose. Après les années de bulle, la profession est obligée de regarder son compte d’exploitation et dégraisser. Le nombre de postes en France n’a cessé de croître jusqu’en 2002. 2003 aura marquée le retournement puisque selon une étude de Thomson I/B/E/S, le nombre d’analystes a chuté de 1 133 à 1 045 cette année là. Et la fusion de bureaux d’analyses tels ceux d’Exane et BNP Paribas ou Oddo et CLSE pour évoquer les plus récentes, sont au final destructeurs de postes En terme d’effectifs, l’année 2004 sera meilleure que 2003 en ce sens qu’elle aura permis à la profession de se stabiliser. Mais au vu des perspectives économiques, 2005 ne s’annonce pas meilleure que 2004 . Au final, c’est bien la conjoncture économique et boursière qui va continuer à donner le la dans la profession.

En terme de traitements, les analystes ayant deux ans d’expérience peuvent revendiquer un salaire fixe compris entre 60 et 70 000 euros par an. Le montant du bonus, variable directe de la qualité de leurs recommandations, va de 0 à 100 % de ce montant annuel. Les seniors disposant de 10 à 20 années d’expérience, peuvent négocier un bonus garanti et aspirer à un niveau de salaire annuel très confortable, compris entre 100 et 150 000 euros.

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