☰ Menu eFinancialCareers

Wall Street et la City vues par… un trader qui fait du rap sur son job chez Goldman Sachs

Rehan_FITB_6 fb cover photo

Lors d’un entretien chez Goldman Sachs, quand Rehan Islam a été interrogé sur ses centres d’intérêts, il a répondu sans détours qu’il aimait faire du rap. Plutôt que jeter un coup d’oeil rapide sur son CV pour vérifier, l’intervieweur lui a lancé un défi – montrez-moi ce que vous pouvez faire. Ce qui a fonctionné.

« Lors de mon premier entretien en trading, j’ai mentionné que j’étais rappeur et ils m’ont demandé de leur prouver. Ils ont apprécié », explique-t-il. «Vous pouvez penser que ceux qui postulent dans la finance doivent rentrer dans des cases, mais pour un banquier tous les CV des diplômés ont tendance à se ressembler et ils veulent voir quelque chose de différent ».

En 2010, Rehan Islam a rejoint Goldman Sachs en tant qu’analyst trading financements structurés avant d’occuper des fonctions similaires chez SocGen en 2013. Puis en septembre 2016, il quitte la banque pour lancer sa propre société fintech et en profite pour publier un nouvel album de rap basé sur son expérience en salle de marché. Rehan Islam a troqué ses vêtements sportwear et ses bijoux ostentatoires pour un costume gris avec en toile de fond Canary Wharf. Et l’album – Fire In The Belly – n’est autre qu’un regard introspectif du temps où il était à la City.

« Cela pourrait sembler ésotérique de rapper sur le trading et Wall Street, mais cela s’inscrit dans la tradition du genre », explique-t-il. « Ce qui compte, c’est de rapper sur votre réalité quotidienne, les émotions qu’elle suscite et une bonne part d’introspection. Cette réalité peut être le trading floor d’une banque d’investissement ou les projets immobiliers de Queensbridge à New York ».

Parfois, Rehan Islam rape sur l’excitation de travailler sur un trading floor :

I see plenty men that look wealthy and plenty that look with envy
and plenty that made a milly by their late twenties
High fives, cheers, boisterous sounds
Traders banging phones and kicking over tables it’s loud

A d’autres moments de l’album, il semble regretter sa décision de s’être orienté vers la finance :

There’s a kind of emptiness rotting my brain
And deep down in my belly I don’t feel any flames
But do I have the right to complain
I just followed the path that was placed in my way

Malgré cela, Rehan Islam dit qu’il ne ‘prend pas position’ sur la banque d’investissement. « Je voulais simplement savoir comment je me sentais et comment j’évoluais », précise-t-il. « Je me suis assis derrière les écrans de Bloomberg pensant à des rimes comme un moyen de me détendre. Je suis intéressé par l’idée d’utiliser le rap pour explorer les émotions et les drames dans les environnements professionnels comme le font les émissions TV et les films. En espérant que ce puisse être positif pour la City ».

Rehan Islam a grandi en Arabie saoudite, où il dit que le rap US est très populaire, avant de venir étudier en 2005 au Royaume-Uni à la London School of Economics (LSE) où il a décroché un Master en Management et Economie en 2009. En d’autres termes, il est le type d’étudiant que les banques cherchent à embaucher. « Les étudiants de la LSE sont rapidement sollicités par les recruteurs de jeunes diplômés des banques, et ils prennent la décision d’entrer dans la finance sans toujours vraiment savoir pourquoi », relève t-il.

Et d’ajouter : « Vous êtes toujours en compétition pour le prochain round dans un tournoi. Vous devez obtenir les meilleures notes pour entrer dans la meilleure université, pour décrocher un prestigieux job bancaire et puis le meilleur titre, ce qui aujourd’hui dans le trading requiert d’être ultra-spécialisé. Ajoutez à cela les perspectives sombres pour les jobs de traders et la donne devient subitement moins attrayante. Les mentalités de l’artiste et de l’entrepreneur sont plus adaptées à l’apprentissage de nouvelles choses, à la résolution de problèmes et à la créativité ».

Selon Rehan Islam, sa réflexion sur la vie dans la City devrait parler à beaucoup de jeunes analysts, mais pas seulement. « Ma musique peut interpeller les analysts sur leur trajet de travail en les amenant à se demander pourquoi ils travaillent en banque d’investissement. Mais je pense que mon propos est plus universel – nous poursuivons tous des objectifs, nous avons tous à payer des factures et notre travail est un facteur important de notre bien-être émotionnel. Je réfléchis sur les hauts et les bas qui en découlent », explique-t-il.

A présent, Rehan Islam est à la tête de plusieurs affaires : une agence de marketing en médias sociaux ainsi qu’une société de prêt peer-to-peer. Par ailleurs, il utilise le rap pour donner des conseils en carrière. Pour preuve, il vient d’enregistrer une série de vidéos sur Internet où il mixe des chansons tout en donnant des conseils de carrière sur fond musical. Présentement, son public est constitué d’associations universitaires en finance mais il espère bien également taper dans l’œil de sociétés de la City de Londres.

Des conseils carrières en mode rap visant les banques d’investissement ? Certes, on est bien loin du rap originel. Mais Rehan Islam n’est pas d’accord. « Le rap a mûri. Rien ne vous empêche de relier vos expériences à l’école, à l’université puis au travail à la musique que vous écoutez. Pour moi, le rap s’apparente à de l’art et de la poésie. J’aime l’idée de jouer un rôle – si petit soit-il – qui permette d’élargir les frontières, en dépassant les contextes habituels », conclut-il.


commentaires (0)

Comments

Votre commentaire est en attente de modération. Il apparaîtra sur le site une fois validé

Réagissez

Pseudo

Adresse e-mail

Consultez notre règlement concernant notre communauté ici