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Hong Kong futur paradis de la fintech française ?

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Vous avez une expérience dans la banque et voulez monter votre société fintech ? Alors pourquoi ne pas faire vos valises pour Hong Kong, l’un centres financiers majeurs qui compte sur de nombreuses ressources avec une expertise dans le domaine des services financiers depuis des dizaines d’années. Dans le contexte global d’innovation, qu’en est-il des FinTechs à Hong Kong ?

C’est pour tenter de répondre à cette question que le pôle de compétitivité Finance Innovation et Décision Performance Conseil ont organisé ce mercredi au Palais Brongniart à Paris une table ronde en duplex depuis Hong Kong sur l’écosystème des startups de Hong Kong, et plus particulièrement celui des Fintechs avec un ADN Français.

Début janvier déjà, une délégation française fintech, menée par Paris Europlace et Finance Innovation avec des startups, représentants d’entreprises et organisations dans le domaine des technologies et services financiers, s’était rendue à Hong Kong pendant trois jours pour participer à l’Asian Financial Forum ainsi qu’à la 11ème plénière du Hong Kong France Business Partnership.

Voici donc ce qu’il fallait retenir des échanges autour de cette table ronde animée en tandem par Jean-Philippe Godard, Manager chez DPC et Francois Courtin, Manager chez DPC Asia Ltd, sous la houlette de Frédéric Doche, fondateur de DPC, et à laquelle participaient banquiers, fondateurs de sociétés fintechs et représentants d’organismes professionnels, tous basés à Hong Kong :

Un écosystème très récent

« L’écosytème des start-ups est très récent par rapport à l’Europe et les Etats-Unis. Il s’est vraiment développé depuis deux ans et compte aujourd’hui une quinzaine de programmes d’accélérateurs et près de 2.500 start-ups », relève Karen Farzam, ex-trader exotic equity derivatives chez JP Morgan Tokyo et co-fondatrice de W Hub qui aide les startups à lever des fonds, se développer et recruter (et propose un rapport de 125 pages téléchargeable gratuitement sur l’écosystème des start-ups à Hong Kong).

A noter que les fintechs représentent près de 8% de cet écosystème, soit près de 200 sociétés dont une potentielle licorne, la plateforme de prêts peer-to-peer WeLend, et d’autres à fort potentiel, comme le robo-advisor 8 Securities.

Une porte vers la Chine, vraiment ?

« Si Hong Kong représente une porte d’entrée naturelle vers la Chine pour les grands corporates, c’est moins vrai pour les fintechs pour qui Hong Kong est plutôt une porte pour l’Asie du Sud Est », poursuit Karen Farzam qui est également co-fondatrice de Women who code et Community leader chez Techstars. Il est vrai qu’avec un marché domestique de 7 millions d’habitants, les fintechs se doivent de se tourner rapidement vers les marchés extérieurs.

En attendant, les fintechs peuvent toujours s’associer aux grands corporates désireux de nouer des relations. « Nous sommes très consommateurs de technologies », explique ainsi Stéphanie Marelle, CEO of Securities Services HK, Head of Clearing, Settlement and Custody Services APAC chez BNP Paribas Securities Services. Dans la pratique, les délais pour travailler avec les grosses banques restent cependant assez longs pour les fintechs.

Le paysage des fintechs à Hong Kong

« A Hong Kong, l’écosystème des fintechs est adossé au troisième centre mondial de services financiers », aime à rappeler Charles d’Haussy, ancien VP Sales & BD chez 8 securities et Head of Fintech chez InvestHK, l’agence gouvernementale chargée de promouvoir et de conseiller les investisseurs étrangers à Hong Kong.

« L’écosystème B to B financial services est très mature et offre de nombreuses opportunités. Crypto-monnaies, blockchain, paiement, transfert d’argent : le paysage des fintechs à Hong Kong est très varié », relève Aurelien Menant, ancien banquier d’affaires chez SGCIB, fondateur & CEO de Gatecoin, un échangeur de bitcoins basé à Hong Kong. Son entreprise est l’une des premières à avoir obtenu une licence d’opérateur de services monétaires à Hong Kong et la seule spécialisée dans le bitcoin à être incubée par Hong Kong Science and Technology Parks Corporation.

En janvier 2016, Gatecoin a également rejoint le programme d’accélération SuperCharger sponsorisé par la banque Standard Chartered et le leader de l’internet chinois Baidu. Ce programme d’accélération dans le domaine FinTech vise à accompagner les entreprises FinTech locales et internationales, early stage ou déjà bien établies, sur les marchés asiatiques. Selon l’équipe d’animation de l’accélérareur, plus de 240 candidatures ont été reçues pour sélectionner 8 entreprises lauréates parmi lesquelles 3 ont été créées par des entrepreneurs français : Microcred, Amareos et Gatecoin.

Pourquoi Hong Kong en particulier ?

« Politique favorable à l’obtention de visas, faible capital requis : il est très facile de démarrer une société fintech à Hong Kong, à la différence de la Chine ou du Japon », explique Philippe El-Asmar, ex-banquier de chez Barclays et SocGen, intervenant à la HK University et fondateur CEO de Amareos, une Fintech qui développe un algorithme capable d’analyser les émotions du marché concernant les décisions d’investissements.

« Pour créer votre société fintech, comptez un délai d’une semaine et un budget de 500 euros », note Delphine Colson, Executive director et Head of Business Services à la french chamber Hong Kong. « Il n’est même pas obligatoire de résider à Hong Kong », ajoute-t-elle. « Par contre, veillez à bien préparer la partie ouverture de compte qui peut présenter des difficultés »

« Hong Kong est plus pratique que la Chine pour les déplacements professionnels à travers le monde », ajoute enfin Arnaud Ventura, fondateur & CEO de Microcred qui offre des produits et services financiers à destination de populations sans accès au secteur financier et en particulier les micro et petits entrepreneurs. « Sans oublier la qualité de vie », complète-t-il.

Difficile de lever des fonds sur place…

Si la création d’une société fintech est plutôt aisée, les choses se compliquent dès qu’il s’agit de lever des fonds. « Il y a encore peu de ventures capitalists (VC’s) à Hong Kong et la plupart d’entre eux investissent plutôt en Chine et sont assez discrets. Les réseaux de business angels ne sont pas vraiment orientés fintechs et les family offices restent difficiles d’accès », résume Delphine Colson.

« Mieux vaut donc déjà se financer en France, auprès d’organismes comme Bpifrance Assurance Export (anciennement la Coface avec les assurances prospection) et Bpifrance financement (prêt export) avant d’accélérer en levant de l’argent avec des fonds français orientés vers les investissements franco-chinois et le soutien de Bpifrance Investissement ». conseille Médéric Demouchy, Trade Advisor – Tech & Services chez Business France à Hong Kong.

D’où l’intérêt d’être ‘connecté’. Mais Hong Kong est un petit monde et le networking y est sans doute plus aisé qu’ailleurs. « Pour lever des fonds, le background en finance aide énormément si bien que l’on rencontre davantage d’anciens banquiers que de jeunes diplômés chez les créateurs de fintechs », indique Philippe El-Asmar. Ce qui nous amène directement à la question du recrutement.

ainsi que de recruter des talents locaux

« Il y a un vrai manque de talents techniques IT à Hong Kong, notamment de développeurs, beaucoup de jeunes préfèrant travailler dans les services analytics pour les grandes banques », explique Philippe El-Asmar. Il est donc plus facile de recruter à l’international que sur place, d’autant plus que les locaux sont loin de tous maîtriser parfaitement l’anglais et le chinois comme on se l’imagine depuis la France. Certaines fintechs n’hésitent donc pas à mettre sur pied des équipes internationales, facilitées en cela par une politique des visas accomodante.

« Si 60% des fondateurs de start-ups sont des entrepreneurs locaux, 40% sont des entrepreneurs étrangers », rappelle de son côté Karen Farzam. Si vous voulez monter une fintech ou simplement y travailler, c’est peut-être le bon moment de faire vos valises pour Hong Kong.

La régulation, pas un frein

A Hong Kong, il n’y a pas de guichet unique. « Il existe un régulateur par grand domaine financier, ce qui est une contrainte à prendre en compte  », rappelle Stéphanie Marelle. Il faut y voir là l’héritage du Common Law britannique, ainsi que d’un système de licencing comme cela se pratique au UK. Qui plus est, « Hong Kong constitue une bonne préparation avant d’avoir affaire au régulateur chinois », poursuit-elle.

Cependant, pour certaines activités dans les fintechs (ex : cryptomonnaies), les régulateurs peuvent paraître conservateurs voire frileux, comme en atteste Aurélien Menant.

Il n’empêche, les instances de régulations entendent bien s’adapter à la nouvelle donne. Début septembre, elles ont ainsi lancé une ‘sandbox‘ (littéralement ‘bac à sable’) où la régulation y est assouplie pour les banques désireuses d’expérimenter de nouvelles technologies. « Six banques y ont d’ores et déjà été enregistrées », rappelle Charles d’Haussy. « Il y a une réelle volonté du gouvernement à faire de Hong Kong le hub fintech de l’Asie », complète Philippe El-Asmar. A bon entendeur.


Crédits photo : Maria Swärd / gettyimages

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