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PORTRAIT d’une pasionaria des mathématiques financières

PORTRAIT. C’est une pionnière. Une spécialiste des mathématiques financières, reconnue mondialement aussi bien par le monde de la recherche que par les professionnels de la finance de marchés. Nicole El Karoui, qui nous accueille dans son modeste bureau de l’université Paris VI, évoque pourtant son parcours et son travail avec une passion des premiers jours et une lucidité rares. Comme si tout était encore à faire !

Innovation, innovation… Ils n’ont que ce mot à la bouche ! Peut-on raisonnablement penser que la France fera le poids – aussi innovante soit-elle – face à des géants comme les Etats-Unis, qui attirent les meilleurs chercheurs, y compris les Chinois… , lance agacée Nicole El Karoui. La chercheuse, qui a reçu la légion d’honneur en octobre dernier, ne craint pas de bousculer les bien-pensants.

Responsable du mastère probabilité et finance de l’Université Paris VI et professeure à l’Ecole Polytechnique, la chercheuse juge essentiel de se confronter sans cesse au marché . Voilà pourquoi depuis 1998, elle collabore régulièrement avec Calyon en tant que consultante du service Risk Mangement. Et a formé encore et toujours des générations de quants français, dont la réputation sur les marchés n’est plus à faire.

Une passion : Modéliser le hasard

Équations différentielles stochastiques rétrogrades sont sa spécialité. Personne ne s’étonnera donc d’apprendre que Nicole El Karoui, fille d’un ingénieur nancéen, était une élève douée. En revanche, au lycée, c’est plutôt en Littérature qu’elle excelle. En terminale, toutefois le choix s’opère : Si je devais passer 4 heures à travailler, les passerais-je sur une dissertation ou sur un problème de maths ? Réponse : un problème de maths ! . En Classe Prépa puis à l’Ecole Normale Supérieure de Paris, elle se découvre une passion pour les probabilités, au point d’y consacrer sa thèse. Modéliser le hasard résume son quotidien d’étudiante puis d’enseignante.

1988, qui voit la création du Matif et le développement des produits dérivés, marque un tournant dans sa carrière. A la faveur d’un semestre sabbatique à la Compagnie Bancaire, elle découvre l’univers de la banque. J’ai dû alors ouvrir un dico pour savoir ce qu’était une obligation ! , se rappelle-elle aujourd’hui. Puis, les missions de conseil s’enchaînent auprès de la Caisse des Dépôts et du Crédit Lyonnais. Cette mère de cinq enfants promeut le recours aux mathématiques au sein d’un monde de la finance en prise avec des risques croissants (Krach de 87, scandale de la gestion frauduleuse de la banque Barings en 1995, crise asiatique et quasi-faillite du fonds LTCM en 1997).

Le mastère El Karoui

De fait, elle contribue à la présence – désormais exclusive – des ingénieurs dans les salles de marché en créant, en 1990, un DEA dédié à la probabilité financière à Paris VI. Une première, qui rencontre rapidement un grand succès non seulement auprès des étudiants mais également auprès des professionnels, un temps sceptiques… Très vite, la mayonnaise prend , se réjouit Nicole El Karoui, une centaine de publications au compteur. Au départ timides, les banques viennent désormais chaque semaine, à tour de rôle, faire une présentation en amphi de leurs activités et séduire ces futurs talents. Le mastère El Karoui a fait entre-temps des petits. Des formations analogues ont vu progressivement le jour.

Aujourd’hui à trois ans de la retraite, Nicole El Karoui, qui n’est pas avare de son temps, se consacre de plus en plus à son combat pour une meilleure reconnaissance du rôle des chercheurs dans la sphère économique et financière. Et sa ténacité commence à payer, si l’on en croît les avancements apportés par la création du pôle de compétitivité industrie financière. Dernier en date : la création de la chaire Risques Financiers, en partenariat scientifique entre la Société Générale, l’Ecole Polytechnique, l’Ecole des ponts et sous l’égide de la Fondation du Risque. Pour la mathématicienne : Rapprocher les professionnels et le milieu universitaire est une tâche extrêmement prenante mais ça en vaut la chandelle car son impact est durable .

commentaires (12)

Comments
  1. Une référence et l’exemple des mathématiques utiles et appliquées.
    Dire qu’elle est venue à la finance par hasard et a du apprendre ce que c’est qu’une oblig sur le tard. Oui, les Normaliens sont vraiment génialement “anormaux”.

  2. Comme quoi rien n’est jamais impossible et que la passion pour le savoir est payante.

  3. Je pense que les mathématiques financières dénaturent les mathématiques, les problèmes en mathématiques financières se ressemblent tous, la difficulté dans ce domaine vient du vocabulaire financier et de la “mauvaise” façon d’utiliser les mathématiques en finance.
    Et aussi, la plupart des articles qui se ressemblent tous sont illisibles et mal écrits, un peu comme en maths, sauf qu’en maths le champ est plus large et il y a plus de créativité. Et ces ingénieurs financiers, qui sont diplomés des écoles d’ingénieurs et non des facultés de mathématiques ont une approche trop reductrice des mathématiques.
    De toute façon ces ingénieurs financiers sont plus recrutés grace au réseau et à la réputation de leur école que grace à leurs réels aptitudes à comprendre les mathématiques. Ce qui n’est pas très grave puisqu’en réalité ce qui compte dans ce métier c’est de pouvoir bien utiliser l’informatique (pas très difficile) et d’avoir l’équivalent d’un niveau bac+2/3 en maths même si sur toutes les offres on demande un niveau minimum de bac+6, 2ans d’expérience, et surtout un diplome d’ingénieur de rang A! Pour finir, je salue le talent de NEK que je respecte énormément.

  4. En reponse a Serge:
    Je pense que Serge a une vision limitee du niveau à avoir: bac+2/3 ne suffit pas pour modeliser des produits tres complexes (Geometrie hyperbolique…).
    Les maths phi sont une petite partie des maths en generale, et se rapportent aux maths appliques, comme la physique se sert des maths pour avancer…

  5. Toujours pour Serge, Ce n’est vraiment pas honnête de partir comme ça sur des clichés! Et un peu de respect pour les autres quui travaillent dans ce domaine!!!! A moins que vous ne soyez Laureat de la médaille Fields, vous ne pouvez pas vous permettre de telles affirmations.
    Je connais des Docteurs en MAths (parcours pur Fac sans piston) et des Normaliens (Ulm, Cachan ,etc) qui s’arrachent les cheveux sur des problemes de maths fi. Et je vous assure, les problèmes sont vraiment complexes d’un point de vue mathématique.
    Les banques ne vont tout simplement pas communiquer sur la pointe de leur technologie dans un environnement aussi concurrentiel ! Leurs méthodes mathématiques ne vont pas être exposées au vu et au su de leurs concurrents.

  6. Bonjour, Je voudrai préciser quelques points concernant l’utilisation des mathématiques en finance de marché. On peut situer leur intervention à deux niveaux : l’un dans la pratique quotidienne de la finance de marché, où les modèles mathématiques, si possible simples à implémenter sont utilisés après calibration aux prix de marchés pour calculer des prix de produits exotiques et surtout mettre en place la stratégie de couverture.
    Les problèmes mathématiques ne sont pas nécessairement très complexes, et les problèmes numériques souvent dominants. Mais la reflexion sur ce qu’on fait exactement, comme selectionner tel modèle ou tel autre renvoie à des problèmes mathématiques complexes de choix de modèles et résolution de problèmes inverses.
    L’autre niveau auquel les mathématiques ont joué un rôle déterminant, est celui des ruptures méthodologiques qu’on voit appraitre régulièrement dans le métier associées au changement des conditions de l’activité, comme la création des marchés financiers en 1973, la transformation du marché des taux d’intérêt…
    La méthodologie du hedge n’aurait pu etre developpée si l’intégrale stochastique n’existait pas, la théorie de HJM sur les taux.

  7. Pourquoi vous nous écrivez ce portrait ?
    Elle n’a rien compris a la finance. la finance ce n’est pas des modeles math a outrance , qui justifient le comportement avide d’une poignée de fils de papa et autres X , prétentieux et arrogants les un que les autres.

  8. Comme une mayonnaise qui tourne mal

  9. Bonjour, je suis un peu surpris des commentaires sur le site. En tant que responsable du risk management investissement d’une grande compagnie d’assurance, je peux vous affirmer que le problème ne vient pas des mathématiques financières, qui relèvent plus d’une technique en finance que d’une science, mais de leur utilisation. ex j’ai demandé un pricing de cdo à plusieurs quants de banque, on m’a dit qu’au vu des corrélations et des spreads la valo est égale au prochain coupon, ce n’est pas la peine d’avoir fait une grande école pour se rendre compte que la valorisation est “économiquement aberrante”.
    Et des cas comme celui là je pourrai vous en citer des dizaines, clairement un peu plus d’économie et un peu moins de mathématiques, c’est ce que je préconise….d’ailleurs pour les matheux, un taux d’intérêt continu n’a aucune existence contrainte, alors qu’on l’utilise dans tous les modèles….à méditer vous qui êtes responsables de cette crise et avez gagné plein de bonus….

  10. Madame, vous dites dans un commentaire “la méthodologie du hedge n’aurait pu etre developpée si l’intégrale stochastique n’existait pas, la théorie de HJM sur les taux.”

    Non Madame, c’est faux. On peut hedger sans modèle stochastique. Le marché des futurs et contrats à terme ne repose pas sur le calcul stochastique.

    C’est bien là le signe de l’hubris actuelle des quants : sans eux la finance n’existerait pas.

  11. Je pense que lorsque Nicole El Karoui parle de hedge, elle fait allusion à la couverture dynamique telle qu’on peut l’utiliser pour une option dans le cadre Black-Scholes. Dans ce cas-ci, il est bien nécessaire d’avoir fait un peu de calcul stochastique (formule d’Itô) pour établir le résultat fondamental d’une couverture en delta-neutre.

    D’autre part, elle utilise le terme “développé” et non pas “inventé”. Je ne pense pas que les analystes quantitatifs aient la prétention de penser que “sans eux, la finance n’existerait pas”. Néanmoins, il est certain que certains pans de la finance ne pourrait pu prendre un tel essor (produits dérivés complexes), en bien ou en mal d’ailleurs, sans le recours aux mathématiques financières et donc aux analystes quantitatifs.

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