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La nouvelle autorité de contrôle prudentielle à Paris ne manque pas d’arguments pour embaucher et pourtant…

Avec notamment l’arrivée prochaine de Solvency II et de Bâle III, la nouvelle autorité de contrôle prudentielle (ACP), qui soufflait sa première bougie le mois dernier, a du pain sur la planche. Et pour répondre à ses missions de surveillance des établissements bancaires et d’assurance, le rapprochement des équipes de la Commission bancaire (environ 600 personnes) et de l’Autorité de Contrôle des Assurances et des Mutuelles (environ 200 personnes), dont elle est principalement issue, ne suffit pas.

Les concours ne créent plus un vivier de cadres suffisant

En outre, les deux principaux concours qui alimentaient traditionnellement ces autorités de contrôle ne permettent plus de répondre à tous les besoins. Du coup, la nouvelle institution s’exerce au recrutement externe sur le marché de l’emploi, avec plus ou moins de bonheur. L’an passé, pour sa première année d’existence, une petite cinquantaine de collaborateurs ont ainsi rejoint l’institution par ce biais. En fait, l’institution aurait voulu recruter plus.

Dans son premier rapport annuel, on apprend que l’ACP a dépensé moins que prévu pour ses frais de personnel. L’objectif de renforcement du niveau des effectifs sur lequel étaient assises les prévisions de charges de rémunération n’ayant pu se réaliser totalement au cours de l’exercice . L’institution compte 870 employés en équivalent temps plein fin 2010, contre plus de 890 anticipés lors de l’élaboration du budget en juin 2010.

Recrutement extrêmement sélectif

L’une des raisons expliquant cet écart est la forte exigence en matière de profils. Nous prévoyons entre 50 et 100 embauches pour 2011, cette fourchette est volontairement large car nous souhaitons rester extrêmement sélectifs , explique François Mouriaux, DRH de l’ACP.

Explication : la priorité de l’ACP est de recruter des contrôleurs assurance généralistes, idéalement une cinquantaine cette année. Elle s’intéresse quasi-exclusivement aux jeunes diplômés des 10 meilleures écoles d’ingénieurs françaises, ou des ingénieurs qui ont obtenu un master en finance ou en management ou fait Sciences Po, ou des HEC avec de solides compétences en mathématiques. Un vivier également très sollicité par l’industrie financière notamment.

Experts du middle-office et du consulting visés

Ensuite, si l’ACP ne recrute que très rarement des profils dotés de 10 ans ou plus, il y a toute une population de professionnels expérimentés qu’elle serait intéressée d’intégrer comme des spécialistes de la banque d’investissement, notamment du contrôle interne en middle office, ou des experts sur des niches spécialisées (contrôle des entreprises d’investissement liées aux infrastructures de marché) pour répondre, cette fois, aux exigences qui lui sont fixées en matière de contrôles bancaires.

L’ACP recherche aussi des profils de juristes ou de comptables pour sa mission de contrôle des pratiques commerciales qui se développe. Une expérience en conformité au sein d’une banque, une bonne connaissance de la MIFID, et des relations avec le régulateur, ou encore une expérience en cabinet d’audit sur des missions de révision de comptes de courtiers en assurance ou en cabinet d’avocats avec une spécialité sur la pratique assurantielle, par exemple, figurent parmi les compétences qui intéressent beaucoup la nouvelle autorité de contrôle.

L’argument de la formation pour compenser un petit variable

Il est quelquefois difficile de convaincre ces profils car nous ne pouvons pas nécessairement leur proposer des responsabilités managériales. Au-delà de 5 ans d’expérience, on s’aperçoit, principalement pour cette raison, que ça ne marche pas , témoigne François Mouriaux.

Y aurait-il autre chose ? Côté rémunération, l’institution affirme qu’elle est compétitive pour les recrutements de jeunes diplômés, et en phase avec le marché pour les profils expérimentés, sauf que la part du variable de la rémunération y est moins élevée que dans le privé, mais elle dit compenser avec une visibilité sur l’évolution des rémunérations proposée aux nouvelles recrues.

Au-delà, l’ACP ne manque pas d’arguments : nous investissons en moyenne trois fois plus dans la formation que la moyenne nationale, ce qui permet aux recrues d’être recrutées sur une spécialité puis ensuite d’évoluer vers une autre, ce qui est rare dans l’industrie financière aujourd’hui, assure François Mouriaux. D’ailleurs, à ce titre, les retours dans le privé sont rares.

30% des CV reçus méritent une première sélection

En outre, un passage à l’ACP ouvre les portes de la Banque de France, qui compte 12500 employés et vient d’afficher un résultat net record de plus de 2,5 milliards d’euros, exemple en matière de rentabilité. Il donne également accès à des carrières à l’international. L’ACP constitue en effet le vivier naturel des nouvelles autorités de contrôle européennes, qui prévoient des dizaines d’embauches dans les prochains mois et années. Autres arguments pêle-mêle : une émulation intellectuelle exceptionnelle grâce à des employés issus des meilleures formations ; un atout pour une carrière dans le privé du fait du réseau, de la connaissance approfondie du contrôle prudentielle et du fonctionnement du superviseur ; la sécurité de l’emploi ; des locaux intra-muros…

Et pourtant, le recrutement de professionnels expérimentés pour cette institution reste problématique. Et ce n’est pas faute de recevoir des CV. Seuls 30% d’entre eux méritent une première sélection des RH, avant de passer la rigoureuse sélection des opérationnels , confie François Mouriaux.

commentaires (7)

Comments
  1. J’apporterais quelques nuances à ces arguments :

    – 30% c’est déjà un taux énorme, le “seuls” est très surprenant.
    – l’émulation intellectuelle des meilleures formation est déjà présente dans les “concurrents” de l’ACP (les banques, les assurances, etc.)
    – une “visibilité” des rémunérations ne compense pas le variable
    – l’absence de responsabilités managériales et des rémunérations inférieures à la banque d’affaire sont prohibitoires.

    Quels arguments a l’ACP face à une Inspection Générale ou un département Compliance d’une banque privée en Suisse ? A part la sécurité de l’emploi (qui n’est pas non plus l’objectif numéro 1 des financiers), je ne vois pas.

  2. en tout cas l’ACP, je les connais un peu, recrutement selectif (lisez recrutement politique) ou pas…
    c’est bien car ca derange pas le business des banques..

  3. Le plus hilarant dans le recrutement de ce genre d’institution, c’est que ces juristes et autres consultants n’ont aucune idée de ce qu’ils régulent. Pas un d’entre eux n’a jamais tradé un futur ou une option de sa vie, ou alors, c’est en tremblant comme une feuille, à la lumière d’une chandelle, entre une heure et deux heures du matin, de peur de réveiller bobonne.
    On peut dire que le trader fait figure pour ces gens-là de vicieux absolu, à moins qu’il ne place ses ordres encadré par une escouade de CRS et truffé d’électrodes pour vérifier ses rythmes vitaux.
    Pas étonnant qu’il faille aux banques un capital monstrueux tiré des ressources illimitées offertes par les banques centrales sous le doux nom de liquidité pour générer un P/L décent. Et encore il y a fort à parier que tous ces Messieurs dorés sur tranche auront été retenus hors du saint des saints, les salles de trading, par les multiples barrières de contrôle et autres sas fonctionnels et techniques destinés à maintenir une barrière déontologique entre les fonctions, de peur que les règles comptables ne viennent interférer négativement sur la valeur d’actifs que des armées modélisateurs auront gonflé à bloc.

  4. @finance-hq
    Nos hiérarchies sont complètement à côté de la plaque. Le pire, c’est que ce n’est probablement pas en matière de RH que cela se voit le plus, et pourtant, les propos de notre responsable parlent d’eux-mêmes.

    @Operandi
    Je pense que vous avez de bonnes intuitions, mais vous tirez à côté.
    L’institution a du mal à recruter pour des raisons de corporatismes divers et variés. Il y a bien quelques personnes qualifiées et compétentes, uniquement dévouées à l’intérêt général, et dont j’ai l’immodestie de penser faire partie. Malheureusement, le pouvoir est si mal réparti qu’il est tout simplement impossible de faire bouger les choses. De vieilles pratiques, des procédures longues, inutiles et inefficaces tendent à transformer le contrôle financier en une activité littéraire. Et je pèse mes mots. Des responsabilités confiées à des incapables autoritaires, uniquement au bénéfice de l’âge, une absence de reconnaissance des compétences et des expériences, et un recrutement établi sur des compétences plus rédactionnelles que techniques – le concours est d’ailleurs une vaste farce. A l’ère d’internet, tout se sait extrêmement vite: leur opération de charme ne réussira pas.

  5. C’est sûr, embaucher des jeunes diplômés des écoles d’ingénieurs, ça va le faire en termes de connaissances/perception des marchés fi. et des contrôles à mettre en oeuvre. Autant demander à des diplômés d’écoles de commerce de construire une centrale nucléaire…

  6. Le problème qui se pose à l’ ACP, comme à l’ AMF, est qu’ avec la concentration des établissements et la médiatisation extrême des dossiers, le moindre sujet jugé sensible ou revêtant une quelconque importance, est géré sous un angle politique, ou bien au regard des intérêts de telle ou telle corporation nationale, et non d’abord comme un sujet à examiner à l’aune des textes juridiques ou comptables applicables en l’espèce.
    Donc, tout remonte au Président/Gouverneur/Secrétaire général (voire à Bercy ou à l’Élysée) et le rédacteur ou le contrôleur ou l’inspecteur en charge est immédiatement dépossédé.
    De plus, s’il a le malheur d’avoir écrit ou suggéré quelque chose qui ne va pas dans le sens souhaité par la haute hiérarchie, il est “cuit”.
    De la sorte, les recrutements extérieurs ne sélectionnent que les laisser pour le compte ou les béni oui-oui. Quant aux “internes”, heureusement qu’ils ont une sécurité de l’emploi, car cela leur permet de survivre aux coups de barre de droite ou de gauche.
    Quant à la focalisation sur les “matheux” et autres spécialistes des “modèles”, cela permet de se concentrer sur des détails et des querelles d’expert, …. et d’oublier les erreurs de fo

  7. @Drexter18 (ou à tous ceux/celles qui pourraient répondre)

    Comment obtenir une interview et quels conseils pour réussir un entretien ou une audition à l’ACP?
    Les niveaux de rémunérations sont-ils corrects, même s’ils semblent différents de celui des BFI?

    Merci par avance

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