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Pourquoi les grands hedge funds quittent la Suisse

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Pour les traders en fonds spéculatif, passer de Londres à la Suisse ne devrait en principe poser aucun problème : un cadre séduisant au cœur des montagnes, un faible taux d’imposition, un air plus pur et si l’on en croit les enquêtes annuelles, la qualité de la vie y est très supérieure.

Mais au bout de cinq ans, les tentatives pour attirer en Suisse les traders emblématiques des hedge funds londoniens commencent à tourner court. Les stars de Brevan Howard, incapables de convaincre leurs familles de les suivre, ont demandé à retrouver leur cocon doré de Mayfair.

Man Group, qui employait 500 personnes sur son site Suisse en 2012, n’en a plus aujourd’hui que 150 alors que 60 collaborateurs ont quitté l’antenne de Pfäffikon au cours des 12 derniers mois. Bluecrest Capital Management a un bureau à Genève, et Deepak Gulati, la star du trading pour fonds propres de J. P. Morgan, est parvenu à convaincre 20 traders de Londres de rejoindre la très calme cité de Zoug pour y lancer son hedge fund Argentiere. Mais la Suisse semble aujourd’hui perdre peu à peu de son attrait.

« Nous avons de plus en plus de demandes de candidats qui cherchent à quitter la Suisse », concède Barry Seath, directeur du cabinet de chasseurs de tête Mirage Recruitment. « De moins en moins de gens souhaitent venir s’installer en Suisse. Depuis 18 mois, le chemin est à sens unique ».

Les raisons sont nombreuses qui justifient l’hostilité des responsables de hedge funds à un poste en Suisse. Premier argument et non des moindres, la plupart d’entre eux sont payés en dollars – et les fluctuations à la baisse de la monnaie américaine par rapport au franc suisse au cours des derniers mois entraînent dans les faits une perte sèche en termes de salaire.

Par ailleurs, si échapper à la tranche supérieure de l’impôt sur le revenu au Royaume-Uni peut s’avérer très lucratif pour les multimilliardaires comme Alan Howard, l’un des co-fondateurs de Brevan Howard, ou le CEO de Bluecrest Michael Platt, les perspectives sont bien moins intéressantes pour des traders n’affichant ‘que’ des salaires à six chiffres.

Ajouté à cela le coût élevé de la vie, la compétition féroce pour trouver un logement ou une école pour les enfants sur place – voilà de quoi donner du fil à retordre aux professionnels des hedge funds dès lors qu’il s’agit de ‘vendre’ la Suisse à leurs familles.

Dans le même temps, à Londres, le marché du recrutement en hedge funds est en plein boom, comme le souligne Barry Seath. Les fonds spéculatifs installés en Suisse n’ont donc que deux options : accéder aux demandes de retour ou laisser partir leurs collaborateurs à la concurrence à Londres.

Les Suisses plutôt sereins face au retour des grands fonds spéculatifs outre-Manche

S’il est clair que les traders quittent les grands hedge funds installés en Suisse pour retrouver Londres, les locaux pour leur part restent plutôt impassibles face à la situation. Au contraire des grands noms en effet, des centaines de structures plus modestes emploient des traders et gestionnaires de portefeuille anglais.

« Il y a toujours des hedge funds qui viennent s’installer en Suisse », insiste, sous couvert d’anonymat, le CEO d’un fonds établi à Zoug. Il concède qu’il est certes difficile de trouver une place dans les bonnes écoles internationales, mais la qualité de la vie reste très appréciable.

Et d’ajouter : « je vais au bureau en dix minutes… à pied, et je peux même profiter de l’heure du déjeuner pour piquer une tête dans le lac ».

Les rues et les bars de Zug et Pfäffikon sont remplis d’anglophones, poursuit-il, qui apprécient le rythme bien moins effréné qu’à Londres, même s’il admet que « ce peut être un vrai choc culturel pour qui débarque tout droit de la City ou Wall Street ».

Thomas Bossard, du cabinet de chasseurs de tête Bianchi & Partners à Zurich, indique également que la Suisse offre de nombreuses opportunités pour les professionnels des fonds spéculatifs ; « Certains profils ne se trouvent qu’à l’étranger », précise-t-il. « Si vous cherchez par exemple un gestionnaire de portefeuille actions africain, ce sera difficile d’en trouver un sur place ».

Markus Fuchs, managing director de la Swiss Funds Association à Bâle, ajoute que le faible niveau d’imposition et la proximité des clients continentaux confortent « l’attractivité de la Suisse pour les hedge funds ».

Parallèlement, les nouvelles règles imposées fin juillet par l’Autorité européenne des marchés financiers (ESMA) autorisent les fonds spéculatifs établis en Suisse à commercialiser leurs produits à travers l’Union Européenne – c’est le fameux passeport accordé aux sociétés de gestion sur le territoire suivant les règles AIFMD. « C’est une étape décisive » conclut-il.

Quoi qu’il en soit, les fonds spéculatifs internationaux sont plus orientés vers les produits offshore, cette évolution est donc moins déterminant pour eux.


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