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OPINION : Valoriser notre industrie, c’est rendre notre profession plus attractive

L’industrie financière est mal connue et reconnue, faute de données, constate Pierre-Henri Cassou*, associé chez Deloitte. Cette absence de visibilité menace l’attractivité de ses professions.

Par nature, toutes les professions financières font usage de chiffres. Cependant – et ce n’est pas l’un de leurs moindres paradoxes – on ne dispose, en France, que de peu de données globales chiffrées à leur sujet. Cette situation contraste avec l’abondance de statistiques publiées sur de nombreux autres domaines d’activités (bâtiment, tourisme, automobile, etc.).

Nous manquons d’outils de mesure et d’analyse pour l’industrie financière, qui mérite pourtant que l’on s’y intéresse. Comment susciter des vocations autrement ?

Le poids économique des professions financières sous-estimé

La contribution des professions financières au PIB français est vraisemblablement sous-estimée par les statistiques. La comptabilité nationale française, comme les documents publiés par Eurostat pour l’ensemble de l’Union Européenne, fournissent des chiffres sur la contribution au PIB du secteur financier. Dans le cas de la France, cette contribution était évaluée, pour 2005, à 70,9 milliards d’euros, soit 4,6 % du PIB.

Seul hic : le secteur financier est entendu au sens étroit du terme, c’est-à-dire comprenant les seules institutions financières. De plus, elles ne tiennent pas compte des activités financières exercées par des administrations publiques ou des entreprises non agréées.

Or, tant du point de vue de la formation de ses professionnels que pour des considérations de caractère économique, il convient de considérer qu’appartiennent aux professions financières, toutes les activités qui contribuent à la chaîne de valeur des opérations de banque, d’intermédiation, de gestion ou d’assurance, que celles-ci soient effectuées par des entreprises dont c’est la vocation principale ou par des organismes ayant d’autres vocations.

Une contribution à l’emploi national mal mesurée

Côté emploi, même souci : on ne dispose pas aujourd’hui d’une évaluation cohérente et méthodique des effectifs employés en France dans l’ensemble des professions financières.

D’après les statistiques publiées par l’INSEE, les effectifs employés dans les activités financières s’élevaient, en 2005, à environ 734 000 personnes. Mais ces chiffres ne concernent que les institutions financières stricto sensu. Or les professions financières comprennent également les activités exercées par des entreprises intervenant :

· En amont : On peut estimer qu’au total 75 à 100.000 personnes travaillent dans des entreprises sous-traitantes (sociétés de conseil en organisation et sociétés de services informatiques).

· En parallèle : Les services financiers de La Poste emploient plus de 30.000 personnes. Quant aux activités de recouvrement ou de paiement exercées par divers organismes pour le compte de l’Etat et celui des autres collectivités publiques (Direction Générale de la Comptabilité Publique, Direction Générale des Impôts, Direction Générale des Douanes et service des Pensions), on peut évaluer leurs effectifs à environ 70 000 à 80 000 agents.

· En aval : Toutes les entreprises atteignant une certaine taille sont dotées de directions financières (gestion de leurs emprunts, de leur trésorerie et, le cas échéant, de leurs prêts à la clientèle). Faute de chiffres disponibles, seule une estimation grossière des effectifs peut être dressée, soit une fourchette de 50 à 100.000 personnes.

Au total, on peut ainsi considérer qu’en 2005, de 970.000 à 1.065.000 personnes étaient employées en France dans des professions financières, soit de 3,9 à 4,3 % de la population active employée. Elles se situent à un niveau comparable à celui des activités de transport (1.076.000 employés) et à celui du secteur de l’agriculture (950.000) et bien supérieurs à ceux de l’industrie automobile (333.000).

Analyser les évolutions pour anticiper les besoins de demain

Compte tenu du développement de la demande de services financiers, du caractère novateur de ce secteur, en constante mutation et particulièrement compétitif, et de la structure démographique du secteur, les professions financières offriront en France de très importantes opportunités de recrutement au cours des prochaines années.

Il est temps de reconnaître à sa juste mesure la contribution tout à fait significative de ce secteur à l’économie et à l’emploi en France pour prendre la mesure des défis auxquels celui-ci est confronté, notamment en matière en matière d’éducation et de formation professionnelle. Il s’agit d’analyser les évolutions pour anticiper les besoins en termes de recrutement et attirer les talents.

Pendant des décennies, les professions financières partaient du principe qu’elles attiraient naturellement un nombre suffisant de candidats. . Les temps ont changé. Il leur faut maintenant se faire mieux connaître et comprendre, pour pouvoir remplir l’ensemble de leurs besoins de recrutement. Valoriser l’industrie financière, c’est aussi rendre chacune des professions plus attractive.

*Pierre-Henri Cassou est associé de Deloitte Conseil et membre du Comité exécutif du Centre des Professions Financières

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