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Middle man : Computer said no* (épisode 8)

En guise de bonjour, mon ordinateur m’exprime son dernier caprice : un nouveau password, afin que nos relations perdurent. Le ton est autoritaire, la date fatidique non précisée : j’obtempère et lance l’application.

L’absence d’indication m’indique clairement qu’il s’agit de l’un de ces passe-partout-ou-presque, genre unique pour 3-4 applications. Farfouillant dans mes archives, je trouve la marche à suivre. Sur un Intranet, je lui offre : 8 lettres minimum, deux majuscules, pas plus de trois lettres communes à l’ancien, des chiffres, des caractères spéciaux… Mon bouquet typographique en main, je dépasse l’accueil de l’appli (que je crois entendre soupirer un beau mouais). Ça ne marche pas.

Pas de problème, le support m’a laissé son numéro dans un email m’indiquant que le case 14523 du 03/03 était réglé (je me demande toujours ce que ça pouvait être). Hélas, l’unique spécialiste est en vacances. Mais j’ai la conscience tranquille. Désormais en situation régulière, je décide de jouer à autre chose.

Justement, on vient de m’installer un nouvel outil de monitoring développé en Inde pour notre équipe. Il a été désigné par notre chef de projet ISP (information sytem process, traduisez infirmier sapeur-pompier), tellement heureux de nous faire la surprise qu’il a imaginé nos besoins pour que la seule question finale soit : alors, heureux ?

Un nouvel ordi plus tard, c’est vrai que c’est ludique : les quantités sont exprimées en puissance, les dates en nombre (nous sommes ainsi le 39687.94), les périmètres aussi, mais sans virgule, les traders en initiale de prénom. Ça surprend au début mais ça stimule l’intellect.

Ma collègue, ce n’est pas son truc les énigmes. Branle-bas de combat, elle exprime son mécontentement en concluant qu’une release (nouvelle version) est nécessaire, que notre humaine équipe ne peut compenser les systèmes défaillants. Là où un support lambda aurait joliment parabolé le problème, notre ISP nous (ré)pond la perle du jour : Je ne suis pas d’accord sur ce point… sinon les avions seraient en mesure de voler tout seul ! Au contraire, il me semble que plus les avions sont performants et plus les pilotes, copilotes et autres ont une formation de plus en plus poussée. Tout reporter sur l’IT n’est pas une bonne chose. J’y médite toujours.

Les heures tournent. Une seule solution : la conf-call internationale. On sait que l’on doit appeler la salle parisienne 113, mais impossible de mettre la main sur le numéro de téléphone correspondant. Et déjà, la fin de journée approche.

L’organisation d’une grande société à but lucratif est un art délicat. L’intérêt de chacun étant censé se confondre avec ceux de la banque, chacun veut poser sa brique, de préférence voyante, à l’édifice des solutions. Le risque ? La prolifération de procédures indépendantes et inconnues, l’avènement d’une complexité qui exige des spécialistes non plus financiers, mais des us et coutumes.

Dans une organisation peuplée de managers spécialistes qui ne se comprennent plus, chaque équipe parle son propre langage. Subsistent quelques guides, baroudeurs ayant accumulé une connaissance des solutions détournées. Un sales bientôt à la retraite me disait que notre banque était reconnue pour former des débrouillards, capables avec les moyens du bord. Également, que ceux venus de banques plus carrées ne survivaient jamais longtemps.

Idiot cherche village – Pierre Dac

* en référence à la série anglaise Little Britain.

commentaires (2)

Comments
  1. Middle Man! Quel chef d’oeuvre!! tu viens de raconter mon quotidien! bravo! de la vraie poesie.. j’attend le prochain episode impatiemment

  2. Article décidément très intéressant. Ca parle de finance, c’est actuel, on apprend plein de choses. Non vraiment, très intéressant.

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