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Une toute nouvelle réalité pour les jeunes banquiers d’investissement

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Les banques d’investissement sont amenées à travailler toujours plus dur pour attirer les meilleurs diplômés des grandes écoles, mais sont aussi souvent déçues par les compétences que ces derniers leur apportent. Les banques veulent que leurs jeunes recrues soit numériquement agiles pour conduire les changements nécessaires dans ce secteur, bien avisés des nouveaux barrages réglementaires, et surtout avec une tête bien faite et une forte capacité d’adaptation face à l’environnement changeant de l’industrie financière. Il se trouve qu’un certain nombre de nouvelles recrues ne se montrent pas à la hauteur de ces attentes, ont expliqué des banquiers seniors et de gestionnaires de fonds s’exprimant à une table-ronde organisé par HEC Paris à Londres lundi soir.

Les banques d’investissement ont mis dernièrement l’accent sur le recrutement de juniors, avec un certain nombre d’établissements anglo-saxons revalorisant jusqu’à 20% les salaires de leurs analystes, tout en limitant leur charge de travail. Le tout dans l’espoir de contrer la concurrence que leur font les grands groupes de l’Internet, les startups de la FinTech, ou les leaders du consulting. Malgré toutes ces attentions, l’intérêt des diplômés pour le secteur bancaire faiblit.

Sévère tableau que celui dressé par Matthieu Wiltz, managing director, responsable des ventes et du marketing pour la France, la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg chez JPMorgan : « Le nombre de CV de jeunes diplômés ou d’étudiants que nous recevons a diminué de manière spectaculaire depuis la crise financière, les carrières bancaires ne sont plus à la mode chez les jeunes. Nous travaillons vraiment très dur pour attirer les diplômés, nous passons plus de temps sur les campus pour communiquer sur les changements en cours dans notre industrie et en quoi ce contexte rend particulièrement passionnante une carrière dans ce secteur ».

Nouvelle génération, nouvelles attentes

Dans le même temps, les experts témoignent d’une évolution des attentes que les banques ont à l’égard des jeunes recrues. Et ces employeurs sont de plus en plus obligés d’investir sur la formation, moins sur le plan technique et métier comme c’était le cas auparavant, mais davantage sur les « soft skills » au sens large.  «  Il y a trop de diplômés qui arrivent avec une palette de compétences très étroite, or nous avons besoin de professionnels pluridisciplinaires, capables d’intégrer les valeurs de la banque, les changements technologiques et un environnement réglementaire plus complexe », explique Jean-Eric Pacini, managing director, responsable de la distribution des actions pour la région EMEA chez BNP Paribas. Pour lui, les compétences techniques ne sont pas en cause, bien au contraire. Mais l’industrie attend plus encore d’eux désormais. « Du fait des transformations de notre industrie, nous sommes de plus en plus sensibles à une bonne appréciation du contexte général qu’à la maîtrise de compétences données », insiste le banquier.

La capacité d’élargir le spectre des compétences et de s’adapter à un large éventail de fonctions possibles va surtout être bénéfique à la carrière de ces jeunes, suggèrent les panélistes. Devenir l’expert d’un sujet très technique peut à l’inverse être dommageable pour sa carrière. « Quand j’ai commencé à 21 ou 22 ans, je faisais le même travail qu’un collègue qui en avait 40, témoigne Ole Rollag, managing principal chez Murano Connect. Soit j’étais un jeune employé à fort potentiel, soit le travail de cette personne était franchement déprimant ».

Ceci signifie en fin de compte que les parcours professionnels dans la banque ne sont plus linéaires comme ils l’étaient par le passé. « Vous n’allez plus commencer comme vendeur, puis passer à la tête d’une équipe de vente pour ensuite espérer rejoindre la direction », illustre Jean-Eric Pacini. La promotion à des postes de senior managers ne repose plus sur la performance individuelle mais sur un large éventail d’expériences. « Vous aurez plutôt besoin de vous déplacer de manière latérale. Par exemple, commencer par la vente, aller dans la structuration, acquérir une expérience dans un service informatique, puis dans les risques ou la conformité, et seulement alors vous pourrez être considéré un poste de direction ».

Mascottes

Les banques d’investissement ont longtemps nourrit l’idée que les banquiers juniors sont leurs dirigeants de demain, mais la réalité quotidienne est bien différente – en particulier dans les M&A, où le rythme de travail quasi punitif rime avec une défection élevée d’analystes, que l’on parvient par ailleurs sans mal à remplacer grâce des rémunérations toujours attractives.

Les mentalités semblent néanmoins évoluer. Poussées à la réaction par la mort de Moritz Erhardt, stagiaire chez Bank of America l’été dernier, les banques d’investissement ont mis en place des règles de « time off » le weekend et ont recruté plus de juniors pour alléger la charge de travail.

Le CEO de Jefferies Richard Handler a envoyé il y a quelques jours un mémo à ses managers en leur demandant de porter une attention particulière aux nouvelles recrues, à apprendre à les connaître personnellement, ne pas les frustrer.    « Attendre la dernière minute pour confier un travail, créer des projets ou des délais inutiles, ou tout simplement vous montrer insensible fait de vous un imbécile, a-t-il dit.  Nous n’avons pas et nous ne voulons pas ce genre de personnes chez Jefferies ».

Cela peut passer pour une technique de drague un peu grossière pour séduire les représentants de la génération Y, qui ne sont plus prêts à voir leur vie dévorée par le travail. Il n’empêche, cette exigence commence bel et bien à être entendue, assure Matthieu Wiltz. « Avec cette nouvelle génération, nous devons faire plus de compromis afin de créer un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. De plus en plus, les jeunes diplômés veulent travailler pour une entreprise qui ne va pas continuellement saper leurs projets personnels. Ceci est un changement considérable, mais un changement positif », a conclu le banquier.

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commentaires (2)

Comments
  1. Les nouvelles générations ont surtout intégré amèrement qu’elles n’étaient pour les entreprises guère plus que de la chair à chomâge, corveable au besoin et ejectable au moindre retournement de tendance. La dure réalité du marché du travail, injuste et ingrat…

  2. Tout cela ramène en fait à la quête de sens. Nombres ont eu l’illusion de croire que la crise financière de 2008 avait changé d’obscures pratiques qui restent encore très développées dans l’ensemble du monde bancaire. Ce tant sur le non-sens de certains projets, que les interêts très particuliers, (pour ne pas dire personnels) qui sont (bien trop) souvent encore le moteur de la décision d’y investir le temps & l’énergie d’une équipe, pour satisfaire l’intérêt (quand il ne s’agit pas de l’ego, voir les deux) de celles/ceux qui sont pourtant censé(e)s donner du sens… Ainsi cette generation Y que l’on fustige (car plus et mieux informée que celle de ses parents) est capable non pas de renoncer, mais bien de ne pas accepter d’être passivement complice de ces pratiques d’un autre âge, que les parodies d’efforts déployées par des services de Compliance et de Risques plus ou moins innéficients tentent de rendre transparents par des processus si complexes qu’ils ne les comprennent meme plus. Ainsi les secteurs des High Techs, Clean Techs, …ont-ils à tout le moins pour eux d’offrir à cette génération Y le loisir de croire qu’elle peut participer à faire évoluer le monde, tout en étant relativement bien payee, ce qui fait que consécutivement la meme generation Y ne compte alors plus ses heures…. Bref, qui est donc gagnant : Le secteur financier qui engoncé dans ses vieux reflexes de profit immediat renchérit de manière inflationiste le coût de la masse salariale nécessaire à la satisfaction de ses besoins, ou les secteurs des nouvelles technologies qui en offrant du sens par un management participatif attirent immédiatement à elles les talents et démultiplient leurs puissances de travail, ce tout en maîtrisant leurs coûts et stimulant la créativité de leurs equips… ??? Vaste et sempiternel dileme qui va aller crescendo au fur et à mesure des evolutions technologiques accelerant la mutation par obsolescence du secteur de l’investissement et du financement

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