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OPINION : Ne me traitez pas d’ escroc pour avoir dit que les banquiers seniors devaient payer

En février 2008, j’ai écrit une chronique pour le Financial Times dans laquelle je remettais publiquement en cause le système de rémunérations à Wall Street. Plus précisément, je pensais que le moment était venu de réajuster les salaires variables des banquiers et des traders qui prennent des risques énormes avec l’argent de leurs actionnaires en vue d’obtenir un gros bonus, et que nous avions besoin d’un système de responsabilisation.

On m’a demandé de passer sur CNBC pour parler de ma chronique, où les deux présentateurs de la chaîne, Charlie Gasparino et Larry Kudlow, m’ont allumé pour avoir osé suggérer une telle mesure. Gasparino est allé jusqu’à me traiter d’ escroc deux fois pour avoir fait cette suggestion sur la télévision nationale.

Aujourd’hui, quinze mois après et une crise financière plus tard, les régulateurs des deux côtés de l’Atlantique discutent sur la réforme du système de rémunérations à Wall Street. La question n’est plus de savoir si cela se passera, mais quand cela se passera.

Certains établissements, comme Morgan Stanley, ont pris les devants sur la manière de payer leurs banquiers et de les tenir responsables de leurs comportements. La firme paie désormais son personnel avec un package d’actions et de cash, mais se réserve le droit de récupérer tout ou partie de cette indemnité pour une période de trois ans, si le comportement du banquier ou du trader justifie une telle mesure. Morgan Stanley a également décidé d’augmenter les salaires de ses plus hauts dirigeants et de diminuer la partie de leur rémunération versée habituellement sous la forme d’un bonus. L’idée, semble-t-il, permet de les satisfaire sans les inciter à prendre des risques inconsidérés avec l’argent des actionnaires.

C’est une bonne chose en soi. Mais le moment est venu maintenant pour Wall Street de faire un autre pas en avant pour corriger les lacunes du système de rémunérations : revenir à un fac-similé de l’ancien système de partenariat où les associés des banques de Wall Street se partageaient proportionnellement aussi bien les bénéfices avant impôt de la banque (s’il y avait) que le passif généré par les mauvais comportements des autres associés.

L’idée était d’éviter à certains associés de prendre des risques inconsidérés avec l’argent des autres associés. En gros, le système fonctionnait plutôt bien, ce qui n’est pas la même chose que de dire que les banques n’ont pas failli. Bien sûr, elles l’ont fait, et sur une base légale.

Car il ne s’agit pas de dilapider l’argent public injecté par les banques centrales, les partenariats ne peuvent pas être réactivés. Il doit cependant être possible de recréer un ersatz de cet ancien système de partenariat. Les dirigeants à la tête de ces grandes banques doivent être traités comme les associés d’antan. Si la firme prend des risques mesurés qui s’avèrent payants, ils doivent être bien rémunérés. Par contre, si les risques sont inconsidérés et les pertes élevées, non seulement ils doivent perdre leur emploi mais également une partie importante de leur patrimoine.

Une approche si draconienne de la rémunération des hauts dirigeants de Wall Street devra faire encore un bon bout de chemin pour qu’il y ait réajustement entre les intérêts de ces firmes avec ceux de leurs actionnaires publics.

Franchement, une telle responsabilisation se faisait attendre depuis longtemps.

commentaires (1)

Comments
  1. Cohan a travaillé dans quelle banque pour connaitre des traders qui prennent des risques ?
    Des gérants assets managers, oui, des gestionnaires de portefeuilles pour compte de tiers, toujours oui. Mais des traders ?
    Ceux qui côtoient comme moi des traders savent que leur boulot c’est le market making et que ce ne sont pas les limites de trading et les marges de manoeuvre pour faire du P.T. qui mettent les banques en expositions dangereuses. La preuve est que l’ensemble des déficits (hors le cas Kerviel/SG connu de tous) , les déficits viennent tous de l’exposition ALM global de la banque dans les ABS de credits foireux, géré en général pas la Direction Général des établissements bancaires.

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