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Le trading haute fréquence contre vents et marées

On assiste aujourd’hui à une véritable levée de boucliers de la part des régulateurs vis-à-vis du trading haute fréquence, qui représente environ 35% de l’activité totale du trading en Europe et pourrait atteindre 60%, comme aux Etats-Unis, d’ici à 2012.

Bruxelles, Bercy, l’AMF… tout le monde y va de son couplet pour limiter – voire l’interdire dans certains cas comme l’a suggéré Christine Lagarde – le trading HFT accusé de provoquer des “micro krachs”, à l’instar du “krach éclair” du 6 mai dernier à Wall Street qui a fait plonger en quelques minutes le Dow Jones de -2% à presque -10%.

Bruxelles vient de lancer une consultation sur la révision de la directive Marchés d’instruments financiers (MIF) qui pourrait introduire l’idée d’un régime spécifique pour le trading algorithmique et à haute fréquence, avec des exigences en matière de contrôle des risques et un délai de validité minimum fixé pour les ordres, afin d’éviter les annulations abusives.

L’Europe pourrait également fixer une limite à leur présence sur le marché, en proportion des transactions. Quant à l’éventuelle obligation faite aux desks de livrer les détails de leur trading algorithmique aux régulateurs, elle sème déjà un vent de panique. “Il faut espérer que les régulateurs disposent d’importants moyens, sans quoi cela ferait peser sur nous un risque de propriété intellectuelle”, s’alarme Duncan Higgins, directeur du trading électronique chez le broker ITG (Financial News).

“Si nous ne voulons pas nous donner les moyens humains, financiers ou techniques, alors je plaide pour que l’on bride ces activités”, indique pour sa part Jean-Pierre Jouyet, président de l’AMF. Mais qu’en pensent les professionnels?

“Diabolisation” excessive ?

Vision erronée, aveu d’incompétence technique : la réaction du président de l’AMF est loin de faire l’unanimité. “Quand on ne sait pas, on diabolise”, déplore Hugues Morin, président de Mosaïc Finance, une entreprise indépendante qui propose des services d’investissement., qui était parmi les participants d’une conférence-débat organisée le 9 décembre par le Club des Jeunes Financiers et le Club ESG Finance et intitulée “La montée en puissance du trading électronique”.

“A ce que je sache, je ne crois pas que la crise des subprimes, l’affaire Madoff ou le krach de 1987 soient imputables au trading algorithmique”, relève François Bonnin, CEO de John Lock Investisments, une société de gestion de portefeuille alternative indépendante. D’après les intervenants, il faut relativiser: cela reste des épiphénomènes qui ne concernent après tout que quelques millions de dollars évaporés dans la nature.

“C’est une industrie jeune et il y aura encore des problèmes, reconnaît Pierre Feligioni, CEO de Quant House, un fournisseur de solutions de trading systématique. Mais tous les acteurs vont contribuer à améliorer le système”. Filtres, alarmes, détection de risques aberrants : progressivement, il y aura des coupe-circuits partout.

“On n’arrête pas le progrès”

“Peut-être interdira-t-on les batailles boursières mais on ne pourra pas revenir en arrière”, affirme François Bonnin. En effectuant des opérations plus rapidement, les algorithmes offrent en effet des possibilités de gain là où le trader ne peut intervenir. Il existe une trentaine d’algorithmes pour assister le trader lors de l’exécution, les plus connus sont le VWAP. Les algorithmes les plus récents offrent des stratégies décisionnelles et font l’objet de nombreuses recherches. Ces avancées dans la modélisation d’automates décisionnels permettent d’envisager un avenir riche pour ces technologies.

“La finance de marché est engagée dans une course technologique, reconnaît Pierre Feligioni. D’autant plus que les gains de productivité sont considérables : là où il fallait plusieurs traders, un robot suffit. La concurrence se fait à la milliseconde. L’avantage au premier est considérable : il rafle quasiment toute la mise.

Dans un tel contexte, guère étonnant que certains soient tentés de franchir la barrière de la légalité, comme l’illustre la récente condamnation par un tribunal américain de Samarth Agrawal, ancien trader de la SocGen, reconnu coupable du vol du code de trading algorithmique de la banque française. “Samarth Agrawal est un voleur, mais pas un voleur ordinaire, il n’a pas volé d’argent, d’or ou de diamants. Il a volé quelque chose qui a beaucoup plus de valeur. Il a volé un puissant outil capable de rapporter des millions de dollars sur les marchés financiers”, a déclaré le procureur Thomas Brown en charge de l’affaire (Next Finance).

Un frein au recrutement ?

D’où la volonté des régulateurs de légiférer dans ce domaine. Néanmoins, “les décisions réglementaires – parfois démagogiques – qui pourront être prises vont constituer un frein”, reconnaît un intervenant. “Si on l’interdit en France, il renaîtra ailleurs, six mois plus tard”, indique un autre.

En attendant, les recrutements vont bon train : stratégistes, développeurs quants et sales sont redevenus des profils très recherchés. C’est “la foi dans le progrès technologique, qui détermine les investissements, l’organisation et les recrutements”, rappelle Mosaïc Finance sur son site web, qui indique par ailleurs être “constamment à la recherche de collaborateurs juniors ou expérimentés, diplômés d’une grande école d’ingénieur complétée par un 3ème cycle en finance de marchés”.

Qui plus est, les traders algo seraient aujourd’hui parmi les mieux payés, à en croire le Financial News qui indique qu’un des leaders du secteur, Getco Europe, a accordé l’an dernier à ses traders une enveloppe cinq fois supérieure à celle accordée aux traders de Goldman Sachs. Un régime de faveur… mais pour combien de temps encore ?

commentaires (1)

Comments
  1. le mini crack de WS en mai dernier vient surtout des coupe circuits du NYSE qui n ont pas fonctionné.

    D’ailleurs ce meme NYSE est ravi que le HF et le VHF apportent une grosse part de la liquidité qui assure une efficience des marchés priceless pour les asset managers.

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