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Saviez-vous que Bruxelles comptait entre 700 et 1000 lobbyistes financiers?

Avec 2.500 structures de groupes de pressions et plus de 15.000 lobbyistes recensés par le guide Lobby Planet, Bruxelles est le deuxième pôle de lobbying de la planète après Washington. La capitale belge est donc une destination toute trouvée pour les financiers désireux de se reconvertir dans ce métier et rejoindre ainsi les professionnels qui y défendent les intérêts du secteur bancaire et financier. D’autant plus qu’avec le retour en force des réglementations comme le remplacement du système actuel de notation, l’encadrement du trading haute fréquence ou la réglementation poussée des indices de référence, le lobbying financier est appelé à croître.

D’après l’association Alter EU, les services financiers figurent parmi les secteurs les plus fortement représentés à Bruxelles, avec entre 700 et 1000 lobbyistes financiers d’après l’ONG Finance Watch. La plupart d’entre eux sont des lobbyistes “maison” (lobbyistes internes) directement employés par des établissements financiers ou des organisations professionnelles. Les autres travaillent sur honoraires pour le compte de multiples clients dans des cabinets de lobbying. A côté des mastodontes comme Fleishman Hillard Brussels et Kreab Gavin Anderson qui comptent de nombreuses banques d’affaires parmi leurs clients (voir la liste du registre de la transparence de l’UE), on trouve de nombreuses petites agences de lobbying dont la plupart sont situées sur l’avenue Cortenbergh pas très loin de la gare Bruxelles Schuman.

Etre expert d’un domaine

Le lobbying consiste à procéder à des interventions destinées à influencer directement ou indirectement l’élaboration, l’application ou l’interprétation de mesures législatives, normes, règlements et plus généralement, toute intervention ou décision des pouvoirs publics. Le métier est souvent jugé passionnant tant d’un point de vue intellectuel que relationnel par ceux qui l’exercent. « Un lobbyiste est un expert dans son domaine. Pour y parvenir, cela veut dire compréhension des lois et réglementations, des modèles économiques, des réseaux d’influence… Difficile de faire mieux je pense en terme de développement de connaissances », indique l’un d’eux, qui travaille en indépendant sur des dossiers à forte connotation économiques (liberté de la concurrence, fiscalité…).

En ce qui concerne le lobbying financier, mieux vaut donc avoir une première expérience du monde de la banque d’investissement et un solide carnet d’adresse, d’autant plus la concurrence est rude. « Les formations en affaires européennes pullulent et de nombreux diplômés très qualifiés et polyglottes viennent de toute l’Europe tenter leur chance à Bruxelles », rappelle un lobbyiste installé à Bruxelles et en pointe sur les problématiques de finance durable. Le métier ne recrutant pas par petites annonces, et les chasseurs de têtes en finance que nous avons contacté n’ayant pas de missions de ce genre  à proposer, le mieux est encore d’aller spontanément frapper à la porte des organisations susceptibles de vous embaucher en fonction de vos compétences, sachant que certaines sont spécialisées sur une ligne de métier comme par exemple l’International Swaps and Derivatives Association (ISDA) qui a un bureau à Bruxelles et réunit des intervenants des marchés de produits dérivés. (Bref, à vous de cibler au mieux selon vos compétences…).

Niveau rémunération, les salaires variant en fonction des groupes d’intérêts pour lequel les lobbyistes travaillent comme de leurs succès personnels. En général, ces derniers n’aiment pas vraiment afficher leurs salaires au grand jour, ni leurs clients leurs dépenses de lobbying. D’après José Lalloum, ex-président de l’association des consultants en affaires européennes (Epaca) qui représente les lobbyistes du secteur privé auprès des institutions européennes, un consultant bilingue ou trilingue issu d’une grande école débute sa carrière à environ 2500 € bruts par mois et après 4 à 5 ans, ce salaire passe à 6000 € en moyenne dans les lobbies. Pour un senior compétent et reconnu, « on peut dire que son salaire est celui d’un très bon avocat », précise t-il, sachant que les salaires bruxellois sont régulièrement revus à la hausse, concurrence oblige.

Un job qui reste mal-aimé

En attendant, il n’est pas toujours évident pour les financiers de penser spontanément de se recycler dans le lobbying, étant donné la mauvaise image véhiculée par cette profession. Dire que l’on est banquier est difficile déjà à assumer alors dire que l’on est lobbyiste bancaire ! Vous pourrez toujours vous présenter sous un autre vocable : cercles de réflexion, affaires publiques, affaires européennes, groupement d’intérêts, groupe de défense, corporation, association, organisation professionnelle. Ou bien vous présenter comme un « diplomate d’entreprise » qui n’est autre qu’un intermédiaire entre l’entreprise et la sphère politique pour tout ce qui concerne l’impact de l’environnement réglementaire.

Car le problème, avec la crise financière, c’est que les pratiques des lobbyistes ont évolué négativement. « Des acteurs comme les hedge funds et les agences de notation ont investi massivement des moyens financiers et humains pour faire campagne contre la réglementation (…) Avant la crise financière, le lobbying visait à obtenir davantage de libéralisation du marché. Après, l’industrie a commencé de façon très claire à faire campagne contre l’intérêt général », déplore l’ancien lobbyiste pour l’industrie financière Tag Joost Mulder dans Der Tagesspiegel.

Enfin, celles et ceux qui n’arrivent pas à se débarrasser de l’image négative de ce métier pourront toujours tenter de passer de l’autre côté du miroir, à l’instar de Thierry Philipponnat qui, après vingt ans de carrière en banque, a préféré mettre cette expérience au service de l’intérêt général en créant l’association Finance Watch, véritable contre-pouvoir à la toute-puissance du lobby financier à Bruxelles. Son équipe de 13 salariés est essentiellement composée d’anciens professionnels du secteur. Et les candidatures affluent. « Il ne nous manque que les budgets pour pouvoir tous les engager ! », révèle Joost Mulder, l’ancien lobbyiste devenu… directeur des relations publiques de Finance Watch. Et d’ajouter « En réalité, c’est le même travail que je faisais avant, sauf qu’aujourd’hui, je dors mieux ! ».

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