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Middle Man : Faits d’été (4eépisode)

C’est l’été londonien, le mythique, l’irréel, celui où il fait beau, chaud même.

À ma droite, ma fenêtre, privilège concédé de manière hasardeuse lors de l’une de ces impénétrables réorganisations spatiales du business. La vue autorise au pseudo-anthropologue que je suis quelques égarements : les Anglaises s’habillent presque aussi chaudement qu’une soirée d’hiver, les parcs de La City, à la pause déjeuner, ressemblent à une plage du Midi au mois d’août (pas de pelouse interdite ici), idem, en version verticale, pour les trottoirs de pubs.

Permettez-moi de faire une spéciale dédicace aux deux Anglaises commandant leur deuxième bouteille de blanc en terrasse le vendredi midi. Ça me rappelle ce que les plus anciens me content souvent à propos d’un temps que je n’ai pas connu, celui du dernier après-midi de la semaine qui n’était travaillé que pour la forme (c’était il y a dix ans).

À ma gauche : le calme. L’impression d’une grande machine en révision. Les téléphones sonnent moins ou dans le vide, les salves d’emails deviennent presque gérables en temps réel, les meetings les plus rituels sont reportés, les voix les plus bruyantes de l’étage parties s’époumoner ailleurs, tout comme malheureusement nos préférés, ceux qui ne nous laissent jamais tomber…

Les opérateurs de marchés, au sens large, déplorent un tel calme. Considérations économiques mises à part, ils paraissent globalement en sous-effectif, manquant de joueurs. On ne s’étonne pas de retrouver en terrasse ceux qui ont hiberné tout l’hiver sur le trading-floor. Les autres, eux, ne trouvent à se plaindre que d’une climatisation trop efficace et/ou défaillante, on ne sait plus très bien. Appel régulier aux services centraux pour le geste, mais la possibilité d’une gestion individualisée de la température d’un étage me fascine autant qu’elle dépasse mon entendement.

La chaleur déboussole les Anglais, comment alimenter la traditionnelle discussion météo ? Quant aux Français, ils restent scotchés sur la même blague : ah, trois jours de beau temps, d’affilée, profitons-en, c’est bientôt la fin de l’été… Le sarcasme coule dans nos veines, que voulez-vous !

D’ailleurs, ce n’est pas un été comme les autres : le credit-crunch est passé par là. Le j’en ai marre, je pose ma dém’ ! et son jeté de téléphone se font plus rares. Les annonces de réorg’, en cette période, passent pour une mesure gouvernementale estivale classique (i. e. en cachette). On a appris à vivre avec. Et puis, la crise justifie le recours à l’humour et les tenues casual. On va même jusqu’à parler ouvertement avec envie du nombre de jours congés en France. L’Angleterre va passer de 20 jours à 28 jours, comment va-t-on entretenir le mythe ?

Les vacances, c’est bien, et en plus, c’est obligatoire. Deux semaines d’affilée pour tous, quelle que soit la fonction. L’administration est devenue aussi impitoyable à ce sujet que l’audit qui vérifie la légitimité de nos accès aux différents systèmes. En même temps, il faut les comprendre, dans le genre en mai, fais ce qu’il te plaît , un employé de 25 ans de la HSBC a détourné 72 millions d’euros en utilisant les codes d’accès de ses collègues. Leur service de sécurité malaisien a découvert l’arnaque, les caméras ont confondu le coupable, l’argent a été récupéré, l’affaire peu médiatisée.

Mon inquiétude à moi a récemment pris le visage de mon stagiaire. Chacun sa croix. La cohorte estivale des aspirants banquiers nourrit chaque année la discussion. Fair enough ! Mais lui, il est à part : intelligent, efficace, indépendant, pourvu d’un humour plus mauvais que le mien (ce qui relève d’un certain talent). Surtout, il arbore chemisette quotidiennement (il fallait oser !). Que dois-je en penser ?

commentaires (8)

Comments
  1. Qu’il n’est pas fait pour ce métier!

  2. Il ne se passe vraiment rien cet ete dans ton bureau? Le premier episode partait bien mais la on a l’impression d’un employe qui a de la chance d’etre dans une banque francaise car son desk est surstaffe…

    Pierre

  3. c’est le b.a-ba: chemisette à proscrire! il est bon pour l’IT

  4. Middle man est a la rue, je bosse moi meme dans le middle d’une grande banque et je puis vous assurer qu’en ce moment, ca bosse dur pour nettoyer les portefeuilles des banques et autres “bricolages” pour optimiser les fonds propres et autres ratios reglementaires avant les resultats semestriels…

    Quelqu’un peut expliquer qu’il etait a la base chargé de decrire l’effervescence bancaire dans le middle et non Londres en plein été…
    Petit conseil a middle man : Si tu n’as que ca comme infos, fais gaffe, tu es peut etre dans un placard…
    Ciao !

  5. on ne peut pas nier que c’est le premier ete qui ressemble a qq chose depuis lgtps, activite divisee par deux, ouverture tardive des marches etc…
    ca fait du bien

  6. Je vous trouve tres severe avec notre mysterieux Middle Man. Il n’y a pas a nier que l’activite est vraiment moindre actuellement. Je prend meme le tp de venir lire cette chronique… chose qui serai quasi-impossible dans une journee ‘normal’.
    vacances, marche calme…. on en profite pour nettoyer les vieux dossier, chose que Middle Woman a l’air d’apprecier.

  7. les resultats semestriel c’est un poil trop tard, c’etait le 30 juin!
    Il nous decrit bien l’ambiance d’ete, celle ou tout se calme et la moitie des envoyeurs de mails sont absents… ca existe, le trading est un business comme les autres!

  8. Je trouve vraiment excellente cette petite “chronique d’été”.
    Je gage que Middleman trouverais son bonheur dans l’écriture à défaut de s’empoussiérer dans un bureau Londonnien…Les deux sont pas incompatibles notez-bien. …une différence tout de même: Pas de stagiare pour assombrir le tableau.
    Gaffe à tes notes Middleman que l’on retrouve pas ta prose a la rubrique nécrologique signée : “un ancien stagiaire devenu Middle officer”.

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