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Avec le rapport Liikanen et le projet de loi de réforme bancaire français, le scénario catastrophe pour l’emploi dans les BFI est-il écarté ?

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Le secteur bancaire européen est soulagé. Pas de scission des activités de retail et de BFI, mais une subtile mise à l’écart des activités de marchés dites « à hauts risques » dans des structures dédiées disposant de leur capitaux propres, voilà en résumé la principale conclusion du rapport d’Erkki Liikanen, publié mardi, et qui servira de base à la rédaction de nouvelles directives communautaires en matière de réforme bancaire.

Selon les recommandations du rapport, l’obligation de séparation de ces activités (sont principalement visés le trading pour compte propre, le brokerage, les activités sur les dérivés, ou encore véhicules d’investissement spécialisés (SIV) et les investissements en private equity) pourrait intervenir lorsque le volume de celles-ci dépassent 15 à 25% du total des actifs de la banque ou représentent 100mds d’euros.

Les banques françaises dans le viseur

Au moins 23 banques européennes seraient concernées, les banques françaises étant particulièrement visés. BNP Paribas, SocGen et Credit Agricole sont respectivement 3e, 5e et 7e banques ayant le plus d’actifs détenus au sein des activités de trading rapportés au total du bilan (Financial News).

La Fédération bancaire française craint « des mesures ayant pour conséquence une hausse disproportionnée des coûts, voire la disparition de certaines activités de marché utiles à l’économie, ce qui nuirait à la compétitivité de l’économie européenne, donc à la croissance et à l’emploi ».

Des coûts de refinancement plus élevés, des activités moins rentables = des emplois menacés

L’application des mesures prônées par le rapport Liikanen pourrait signifier pour les banques françaises une baisse de leurs revenus de l’ordre de 6%, souligne un rapport de JPMorgan.

Les banques d’investissement françaises, qui ont déjà 5.000 suppressions d’emplois à leur compteur, vont-elles être ainsi amenées à revoir à la hausse leurs plans sociaux ?

Bloomberg suggère que les activités des banques françaises sur les dérivés sont particulièrement sous surveillance. Ces activités n’ont en effet cessé de grossir sur les exercices précédents, au point de devenir un sujet d’inquiétude pour les régulateurs. Les activités de dérivés ont augmenté de 48% entre juin 2011 et juin 2012 pour BNP Paribas à 446.1 milliards d’euros et de 38% pour SocGen à 242.8 milliards d’euros, selon Bloomberg. Rappelons que le Credit Agricole a fait le choix en début d’année de cesser toutes ses activités au sein de sa branche Global Equity & Commodity Derivatives.

Mais c’est finalement moins les activités de dérivés à proprement dit que le fixed income, qui nécessite des coûts de refinancement plus élevés, qui risque de pâtir d’une potentielle nouvelle règle Liikanen.

Or BNP Paribas et SocGen ont recruté activement ces dernières années dans le fixed income. Elles pourraient devoir faire marche arrière sous la pression réglementaire.

Le scénario catastrophe cependant évité

Pour Christophe Nijdam, analyste secteur bancaire chez AlphaValue, cependant, le rapport – en l’état assez vague – provoquerait une casse sociale limitée, « quelques dizaines de postes de traders. C’est peu au regard des quelques 9.000 traders employés par les banques françaises dans le monde ».

L’option d’une scission à proprement dite aurait, quant à elle, davantage de répercussions dans la mesure où « elle conduirait probablement à terme les quatre banques françaises cotées à fusionner leurs activités de marché pour ne former que deux grandes banques de marché, un peu comme le rapprochement SGAM-CAAM dans Amundi dans le métier de la gestion d’actifs. Ce qui pourrait éventuellement et grossièrement diviser par deux le nombre de professionnels employés sur les activités de marchés par les établissements. Celles-ci emploient environ 25.000 personnes dans le monde aujourd’hui sur des effectifs totaux de 472.000 personnes. », explique l’analyste.

Le gouvernement français se montrerait-il plus clément ?

Le rapport Liikanen évacue un tel scénario catastrophe pour l’emploi. La bouée de sauvetage pourrait en fait venir du gouvernement français. Celui-ci a décidé de faire cavalier seul en annonçant qu’il présenterait son projet de loi de réforme bancaire d’ici à la fin de l’année. Beaucoup le pressentent comme plus édulcoré que le rapport Liikanen. L’Agefi suggère d’ailleurs que « l’approche française pourrait être moins restrictive » concernant le périmètre des activités jugées à hauts-risques.

« Ce sera une loi d’encadrement et d’interdiction », a déclaré hier le ministre de l’Economie Pierre Moscovici dans une interview au Parisien. Il a cependant ajouté que l’on « ne remettra pas en cause notre modèle de banque universelle ».

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