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Middle man : On se voit la semaine prochaine… (1er épisode)

Dans le contexte actuel des banques d’investissement, un N+3 qui vous sort on se voit la semaine prochaine , le avec plaisir en guise de réponse est-il de rigueur ? Cela semble en tout cas assez loin de la méthode type qu’on commence à tous connaître par le bouche à oreille : entretien dans la journée d’un responsable direct, un tour aux ressources humaines, et… cartons.

L’histoire débute bien moins formellement. C’est le café annuel rituel avec le roi du département, nouvellement couronné. Il m’apprécie. Aurait-il une case pour un pion ? Mystère et credit-crunch, pardonnez le jeu de mots mais ça sonne un peu comme le noël du jeune banquier : on devine différents cadeaux possibles, rien n’est sûr, et la déception jamais exclue.

Car je suis toujours un gamin dans cette grande famille de la banque d’investissement. Trois années de bons et loyaux services pour une seule banque : stage middle-office (métier maintenant aussi connu que celui de trader chez les profanes lecteurs de presse), premier job en service post-trade aux key-clients, et à ce jour reporting pour managers. Finalement, des middle-jobs, gravitant autour du front-office – les grands -, et ceuvrant toujours après la bataille, le sacro-saint Trade. Après trois ans, fougue et motivation déclinent. Veulent-ils me donner une chance la semaine prochaine ?

Ce que ne raconte pas le CV, c’est un parcours basé sur le service au front (faire plaisir au boss du M-O, c’est bon pour le bonus, mais pas suffisant pour la carrière). En balade permanente sur le trading-floor, j’ai un job, mais je suis secrètement un super-héros sauvant des vies de banquiers tous les jours. Mes armes ? Avoir roulé ma bosse dans leurs systèmes et problèmes, et posséder pas mal de précieux contacts en interne. Son client exige une confirmation dans la demi-heure ? Besoin de chiffres dans 20 minutes pour un meeting avec son responsable ? Un contact énergique au support pour régler immédiatement ce problème ? Comment splitter ce trade sur cette application ? Je suis là.

Networking story : on a beau être en bas de la chaîne alimentaire, on a ses préférés, ou dans sa version plus calculée : ses poulains, ceux à qui on ne répondra pas ce n’est pas possible ou ce n’est pas mon périmètre . On leur vend du souvenir, un personnage, une réputation, un potentiel. Parmi eux, le N+3. Cet entretien est peut-être un des piliers théoriques d’une carrière : travail, opportunité et ambition (avec un gros soupçon de politique admettons).

Petit, on déclare rarement quand je serai grand, je serai banquier. L’ambition se développe plutôt une fois rentré dans ce petit monde où le jargon du business danse avec des chiffres irréels. Cent millions, et moi, et moi, et moi ?

J’ai un salaire et un bonus qui feraient rire ceux qui ont envie d’en rire (mais qui ne manqueraient pas de trouver mes horaires indécents). J’en suis content, la banque surpaye à tous les échelons, suffisamment pour couvrir la location d’un appartement, une vie outre-banque à base d’un peu de sport et de culture, beaucoup de sorties et de rigolades, les fleurs pour la miss et une épargne peu sérieuse (pour la faire courte : je ne suis pas responsable de famille avec un crédit sur le dos). Ok, on est un peu loin de l’imaginaire à succès du trader hollywoodien : mon vélo est bleu, ma poudre s’appelle Nescafé, mon resto sert de la bière, et les top-modèles de mes lieux de soirée sont suffisamment abordables pour ressembler à de vrais gens. Pour tout dire, je n’ai même pas de BlackBerry.

La division supérieure ? C’est toujours maintenant ou jamais. Ou la semaine prochaine…

Life is like high school with money. Frank Zappa

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commentaires (9)

Comments
  1. on attends la suite avec impatience

  2. “Ce que ne raconte pas le CV, c’est un parcours basé sur le service au front ” … bonne phrase.
    On attend la suite de cette histoire, interessante à plusieurs titres.

  3. Ce qui est navrant dans cette histoire, c’est que l’assistant trader semble avoir perdu toute illusion de pouvoir acceder à un “vrai” poste front dans un futur proche… alors que son experience pourrait tout à fait servir au front…il a la culture du business, la gestion du stress, la connaissance des produits. ..
    ah oui c’est vrai qu’on est en France, et le diplome compte plus que tout; FINIES les sucess story de faquins meritants accedant, apres plusieurs années de labeur, au job tant convoité. maintenant c’est X – ENSAE et rien d’autre, ou passe ton chemin

    Un conseil: jetez un oeil à l’étranger, ici le mérite paie…

  4. Ya du Kerviel dans l’air…le secteur est plein restructuration alors les ambitions, le calcul et tout le reste risquent d’être jeté aux ortis it’s time to be or not to be…. yourself

  5. The best article of the year, absolutely amazing.

  6. Article très réaliste, malheureusement ;=)
    Le combat est long …

  7. Le probleme avec les postes de Middle office….c’est qu’ils ne preparent pas du tout au front office.
    Les gens du front ont donc raison de ne pas considerer leur experience car savoir comment fonctionne tel ou tel options exotiques ne vous apprend en rien comment faire de l’argent avec.
    Les “wannabe” Traders devraient donc plutot essayer de developper leur propres strategies et de les backtester.
    S’ils trouvent quelque chose, le front office les prendra….
    Je suis rester au back et au middle pendant 2 ans avant d’acceder au front et cela m’a moins appris que 2 semaines en Front….

  8. Mouais…
    Le MO est trop pénible pour qu’on laisse les gens qui le font faire autre chose. En revanche, on peut le leur faire espérer, ça permet de gagner du temps.
    Reconnaître un parcours dédié au front, c’est pourtant déjà avouer son impuissance. Qui peut prétendre prendre la place du seigneur tout en glorifiant sans fin les services rendus à son maître ? Cela fait longtemps qu’on ne coupe plus les têtes…
    Soyons lucide, on n’attend rien d’autre de la petite main qui “splitte les trades”… qu’elle continue.
    Attention cependant, car j’entends déjà vociférer les contempteurs de ma prétendue superbe arrogance, je ne dis rien d’autre que ceci : on ne fait pas, foncièrement, du MO pour passer au FO ; il est certain que les banques françaises ont été bien malignes de le faire croire.
    Il existe d’autres moyens, mais qui demandent autrement plus d’imagination qu’il n’en faut pour splitter un trade.

  9. La vraie question, c’est comment faire disparaitre le stigma lié a un poste de MO? surtout aux yeux des “princes” du trading floor…. il suffirait juste d’un tout petit peu d’humilite de part et d’autre… et de simplement donner leur chance aux personnes qui le meritent.

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